HÉLÈNE, URSULE
HÉLÈNE, se laissant tomber sur la causeuse .
Ah! le courage me manque !
URSULE
Allons donc... y penses-tu?... Est-ce que Robert ne te plaît pas ?
HÉLÈNE
Je ne dis pas cela... j'étais si en colère... que, dans le premier moment, je ne sais pas qui j'aurais épousé ; ne fut-ce que pour prouver à M. Raoul... que je n'avais jamais pensé à lui...
URSULE
Robert n'est-il pas charmant pour toi?
HÉLÈNE
Eh 1 mon Dieu, oui... par malheur... il est si aimable... si complaisant... qu'il cherche à me faire rire quand j'ai envie -de pleurer. Il se doute, j'en suis sûre, que je ne suis pas heureuse... car l'autre jour encore il me disait avec un regard triste mais plein d'amitié : « Ma future, j'ai idée que vous aimeriez mieux être ma sœur. »
URSULE
11 a dit cela!..
Et, le plus étonnant, c'est qu'il a dit juste... Oh! oui, que j'aimerais à l'avoir pour frère, comme je lui confierais toutes mes peines!., car plus le moment approche et plus j'hésite... et plus je pense... à l'autre.
URSULE
Il ne faut pas.
HÉLÈNE
Je le sens bien! Heureusement, il est loin... car s'il était là... si je le voyais... tout mon courage m'abandonnerait.
URSULE
Allons, allons, quel enfantillage! Voici ces Messieurs. SCÈNE VII.
HÉLÈNE, URSULE, L'AMIRAL, entrant par le fond, appuyé sur le bras de Robert; puis M DE LAMORIN1ÈRE.
L'AMIRAL, brusquement.
Merci, Monsieur, merci ! (s'adressant à Ursule.) J'aurais trèsbien monté l'escalier sans bras. Je n'ai pas encore besoin, grâce au ciel, d'être remorqué.