ACTE III
URSULE^, le retenant.
Qu'avcz-vous donc?
LAMORINIÈRE, se contenant.
Rien! continue... Que t'a-t-il dit?...
URSULE, avec joie.
Il me demande en mariage.
L'AMIRAL, cherchant à modérer sa colère.
Ah! tu appelles cela une demande en mariage ?
URSULE
Qu'est-ce donc?
Tout à l'heure... chez moi, dans un accès de toux et de colère, j'ai renversé sur mon bureau une boîte, au fond de laquelle se trouvait ee billet... Tiens, vois toi-même... (Pendant qu'Ursule parcourt le billet.) Oser écrire une pareille lettre à ma fille!... je le tuerai... Je vais chez lui, chez mes témoins, et ce soir ou demain...
URSULE, poussant un cri et tombant assise près de la table à droite.
Ah ! quelle humiliation !... Là où je croyais un hommage... il n'y avait qu'une insulte ! Où allez-vous, mon père?
L'AMIRAL, froidement.
Chez le ministre, qui m'a fait demander. Quant à de pareils outrages, il faut les mépriser.
URSULE, vivement.
Oui, oui, et surtout ne pas leur donner de retentissement.
l'amiral.
Tu as raison.
LE DOMESTIQUE, paraissant.
La voiture est en bas.
l'amiral.
C'est bien. ~(n fait un pas pour sortir et revient.) Tu recevras en mon absence... (cherchant.) Qui donc?... Ah! Hélène d'abord, que je fais sortir du couvent pour lui parler de la demande de M. de Yallombreuse, que nous protégeons maintenant...
(Il fait quelques pas et revient encore.) Ah!... et puis Raoul, à deux
heures.
URSULE, surprise, et avec joie.
Il va venir...
Je l'ai rencontré ce matin chez mon banquier, où il venait chercher de l'argent.
URSULE
Lui!
l'amiral.
Monsieur, s'est- il écrié en me voyant... des courses, des démarches pour la délivrance d'un ami ont absorbé hier toute ma journée ; mais aujourd'hui, grâce au ciel î Robert va être libre... moi aussi... et si vous voulez me permettre de vous rendre ma visite à vous et à mademoiselle Ursule... De grand cœur, me suis-je écrié; à deux heures, je vous attendrai...
URSULE
Et vous sortez?
L'AMIRAL, furieux.
Je ne puis donc pas sortir quand il me plaît ?
URSULE
Mais, mon père...
l'amiral, Ne m'irrite pas davantage !... il faut que je sorte... Reçoisle.., et adieu, adieu, ma fille ! (il l'embrasse et sort.)