ACTE III. 7r
LAMORINIÈRE.
Avec toi... c'est possible, mais avec lui... si je désavouais la lettre, si je faisais des excuses...
ROBERT
Il ne les recevra pas.
LAMORINIÈRE.
Si j'offrais des réparations...
ROBERT
Des réparations! (a part.) Ah!., quelle idée! (Haut.) Son honneur ne peut en admettre qu'une... une seule... et vous ne le ferez pas.
LAMORINIÈRE.
Dis toujours.
ROBERT
Ce serait d'épouser...
Moi? jamais!
ROBERT
Vous avez raison. Il vaut mieux vous battre. Pour quelle heure demain? Est-ce convenu?
LAMORINIÈRE.
Ce n'est pas convenu.
ROBERT
Et le choix des armes?..
LAMORINIÈRE.
Il me l'a laissé.
ROBERT
Je vous préviens qu'il tire bien l'épée.
LAMORINIÈRE.
Nous... nous choisirons le pistolet.
ROBERT
Mais il tire encore mieux le pistolet.
LAMORINIÈRE, effrayé.
Nous verrons... nous réfléchirons... tu crois qu'il n'y aurait pas d'autres moyens... que d'épouser?
ROBERT
Aucun, et c'est tout au plus encore si on consentira à vous accepter.
LAMORINIÈRE, vivement.
C'est vrai, on peut me refuser, c'est une chance! et la ré< paration aura été faite.
ROBERT, à part.
Ah ! Raoul ! j'ai de l'espoir.
LAMORINIÈRE.
Voyons, voyons, toi qui es mon neveu, mon ami, conseille-moi... Qu'est-ce que tu ferais à ma place?
ROBERT, après un instant de silence.
Voyons, mon oncle, qu'avez- vous d'années?
LAMORINIÈRE.
Cinquante ans.
ROBERT
Franchement!.. (Lamorinière lui parle à l'oreille.) Malpeste ! mon oncle, je vous fais compliment... et de fortune?
LAMORINIÈRE.
De cinquante à soixante mille francs de rentes.
ROBERT, le regardant et secouant la tête.
Il est de fait qu'il serait dommage de se faire tuer.
LAMORINIÈRE," effrayé.
N'est-ce pas? d'autant que par une spéculation... une combinaison que j'ai faite depuis quelque temps, et dont je ne t'ai pas encore parlé, j'en ai maintenant quatre vingt mille à dépenser par an.
ROBERT
Quatre-vingt mille francs de rentes... et vous hésitez, et vous vous exposez à me laisser tout cela dès demain ? Merci, mon oncle, merci; vous êtes bien bon, bien généreux.
LAMORINIÈRE.
C'est ce que je me dis... mais épouser... épouser !..
ROBERT
Une femme charmante, vous en êtes convenu avec moi.
LAMORINIÈRE.
Je ne dis pas non.
ROBERT
Elle n'a qu'un défaut, celui de vouloir se marier; épousezla, elle sera parfaite. Du reste, me voilà encore, je suis votre témoin, toujours votre témoin.
LAMORINIÈRE, préoccupé.
Je te remercie.
ROBERT
Mais je vous en préviens, mon oncle... si vous faites les choses, il faut les faire sur-le-champ, spontanément, de vous-