‹ La fille de trente ans;Chapitre 76 sur 140 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

URSULE

Tu viens de voir mon père.

HÉLÈNE

Oui, pour lui faire mes adieux... je pars.

ROBERT, revenant.

Vous partez ?

HÉLÈNE

Je viens d'en demander la permission à mon tuteur, à qui j'ai fait comprendre que le pays où j'avais été élevée convenait mieux à ma santé que celui-ci.

ROBERT

Allons donc! quitter la France pour une cause semblable, mais vous vous portez à merveille... c'est un prétexte!

HÉLÈNE, naïvement.

C'est vrai!., avec vous, mes amis, mes meilleurs amis, je n'ai pas besoin de feindre... il faut que je pai;te.

Pourquoi?

HÉLÈNE

Ursule le sait bien.

URSULE, à part.

Petite sotte !

HÉLÈNE

Ma bonne Ursule comprend bien que je ne peux pas faire autrement, que je ne peux pas rester ici.

URSULE, très -troublée, voulant la faire taire.

Oui... oui... je sais... je comprends... il suffit.

ROBERT, avec impatience.

Eh! non, il ne suffit pas ! (a. Hélène.) Pourquoi?

HÉLÈNE

Ursule est de mon avis, j'en suis sûre.

URSULE

Certainement, chère enfant, je comprends tes motifs; (^vec intention.) mais, pour toi, pour d'autres, il est inutile qu'on les connaisse.

HÉLÈNE, vivement.

Tu as raison... Adieu donc, mon amie; adieu, mon frère... pardon de n'avoir pu vous donner un autre nom, de ne pas vous avoir donné mon affection tout entière : cela ne m'était plus possible.

Vous aimez donc quelqu'un ?

HÉLÈNE

Oui!

URSULE, avec effroi.

Qu'oses-tu dire ? Quelle inconvenance !

HÉLÈNE, vivement, avec des larmes »

C'est vrai! c'est vrai! .. je dois me taire... Mais toi, à ton tour, promets-moi...

URSULE

Tout ce que tu voudras.

HÉLÈNE, pleurant.

On dit tout à son mari... Eh bien! quand il sera le tien...

ROBERT

Qu'enlends-je?

HÉLÈNE

Promets-moi... jure-moi de ne jamais lui avouer...

URSULE

C'est convenu !

HÉLÈNE

Que je t'avais chargée..

URSULE

Tais-toi !

De lui offrir ma main.

URSULE, la faisant passer vivement devant elle.

Mais tais-toi donc!...

HÉLÈNE

Ah ! qil'ai-je dit! (Elle va tomber en chancelant dans un fauteuil à droite. Ursule, pâle, immobile, est debout au milieu du théâtre. Robert, près d'elle, la regarde en souriant.)

ROBERT

Ah ! vous vous étiez chargée de dire à Raoul que cette enfant l'aimait, et vous avez religieusement gardé ce secret, et vous avez détourné à votre profit... ce mari que vous deviez demander pour elle ?

URSULE, troublée.

Monsieur...

Page 1