RODOLPHE, HÉLÈNE
RODOLPHE
Près de moi , viens , ô ma hien-aimée !
HÉLÈNE
Rodolphe 1
RODOLPHE
La tendresse en mon cœur renferme'c Me disait que bientôt tu serais près de moi.
HÉLÈNE
Mon cœur battait d'amour en s'approchant de toi.
RODOLPHE
De Ion doux souvenir je flattais ma mémoire.
HÉLÈNE
Tu m'aimes, je le crois, j'ai besoin de le croire; Mais puisque tu te fais un bonheur de me voir, Pourquoi me quittes-tu si souvent?
RODOLPHE
. Un devoir, Une promesse sainte et sur l'honneur jurée , M'éloigne bien souvent de ta vue adorée; Mais de près ou de loin , mon cœur qui t'appartient N'est plein que de toi seule et reste avec le tien.
HÉLÈNE
Une promesse sainte!., ami, pourquoi me taire Un secret qui m'afflige? écoute : ce mystère, Ces entretiens fréquents avec mon père, et puis Ces sombres visiteurs , ces rendez-vous de nuits , Ont jeté bien souvent le trouble dans mon âme. Pardonne, ami, pardonne à mes terreurs de femme ; Pardonne ; mais j'ai peur; je pressens un danger Rodolphe, et c'est pourquoi j'ose t'interroger.
RODOLPHE
Tu veux m'interroger, à quoi bon?., mon cher ange , Bannis de ton esprit cette frayeur étrange ; Rien ne la justifie et la raison défend De croire, chère Hélène, à tes craintes d'enfant.
D'Hermann de Blumenfeld chacun sait la largesse ;
Son austère vertu, sa profonde sagesse,
Ses libéralités amènent en ces lieux.
Ces fréquents visiteurs, si sombres à tes yeux.
HÉLÈNE
Âmi, dois-je te croire et dissiper ma crainte ?
RODOLPHE
Crois-moi... puis, n'ai-je pas une amulette sainte. Un talisman sacré qu'avec moi chaque jour.
Je garde?
HÉLÈNE
Un talisman?
RODOLPHE
Oui.
Lequel?
RODOLPHE
Ton
amour.
n met la main sur son cœur.
Ton amour que j'ai là, ton amour qui m'inspire Le bonheur idéal , le bonheur où j'aspire ;
Ton amour pour lequel je voudrais m'élever A toutes les grandeurs qu'un homme peut rêver. Oui, je voudrais pour loi gagner toutes les gloires ; Savoir mon nom gravé dans toutesles mémoires ; Être sur chaque lèvre et dans chaque entretien , Pour qu'en disant mon nom le monde dit le tien.
C'est là le talisman !.. eh bien I moi je préfère L'amour qui se complaît dans une moindre sphère ; Rodolphe , le bonheur n'est pas ambitieux ; Qu'importe que mon nom s'élève jusqu'aux cieux? Avoir ton cœur, voilà ma plus belle victoire, Car le mien plein d'amour n'a pas besoin de gtoire.
RODOLPHE
Que je t'aime !.. ainsi donc, rassure-loi; demain , Demain je recevrai les serments et ta main ; Alors, et dès longtemps c'est ma plus chère envie , A tes pieds adorés je veux passer ma vie.
HÉLÈNE
J'ai besoin de flatter mon cœur de cet espoir.
A ce moment , un .son de trompe retentit au dehors ; Hélène va ouvrir la fenêtre du fond , à travers laquelle on voit la place publique. — Un Crieur, acconipa^é de deuxliommcs, ayant chacun une trompe, et de quatre hallcbardiers, s'arrête au fond de la scène; il déroule un parchemin auquel est suiipcndu le sceau impérial.