‹ La Fille du juif-errant [microforme]Chapitre 10 sur 89 · NOUS · texte numérisé non relu

NOUS

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comme tous les gens qui ne sont pas du même avis et qui parlent politique. L'abbé défendait le trône et l’autel, Galapian demandait ce que cela rapporte. Les opinions de ce galant homme devançaient son époque. Il était déjà libéral à la façon d’un compte courant de 1848.

Devant le colonel il gardait une prudente mesure, mais le colonel n’était pas là, et le chambertin délie la langue.

Les petits paysans tourangeaux s’en donnaient à cœur joie et parlaient tous ensemble. Sapajou racontait les malheurs de sa famille. M. Galapian, dévoilant des tendances factieuses, criait : Vive la charte, à bas le charretier! Joli-Cœur racontait ses campagnes, dame Fanchon radotait son jeune temps; le vicomte Paul eût donné la maison tout entière et la préfecture aussi pour que Wellington débouchât sur la route avec cent mille Anglais. Il leur eût jeté les bouteilles à la tête.

Lotte seule était froide et douce comme toujours. Il n’y avait eu que de l’eau pure dans son verre. Ses paupières tombaient demi-closes sur l’azur de ses grands yeux qui rêvaient. Ses longs cheveux encadraient de boucles légères la diaphane blancheur de sa joue.

— Chante, ma nourrice ! ordonna le vicomte Paul qui voulait avoir toutes les joies.

Fanchon ne demandait pas mieux. Elle prit dans sa poche un gros rouleau de complaintes et mit ses lunettes sur son nez.

— Silence ! commanda Paul. N ourrice, une bien jolie, et pas de celles que je connais !

Quant au silence, c'était beaucoup demander. L'abbé, M. Galapian, les petits Tourangeaux et Joli-Cœur protestèrent en chœur de leur obéissance. On ne s’entendait plus !

— Une bien jolie ! répétait Fanchon la nourrice, une que tu ne connais pas. cherchons... C’est que je n’ai . plus mes yeux de quinze ans |

Elle feuilletait, mouiliant son pouce pour faire glisser les feuilles volantes, ornées d'images.

Tout à coup, le vicomte Paul s’écria :

— Oh ! que celle-là est belle jamais je ne l’avais vue

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