‹ La fille du mauditChapitre 102 sur 117 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Hall, il faut bien que le roi vienne trouver miss Wilson à Tyburn! — Daignera-l-elle du moins y voir un témoignage des sentiments qu’elle inspire et des regrets qu’elle a laissés ?

ANNA, tremblante.

Sirel...

LE ROI

Vous tremblez!... suis-je si malheureux que mon aspect seul vous épouvante, et dois-je croire, en effet, que c'est pour me fuir que vous avez choisi un pareil refuge.

ANNA

Sire, mon père...

LE ROI

Aht votre père n'avait pas le droit de vous enlever à l’amitié* de la reine, et c’est un crime de haute trahison, dont je devrais lui demander compte. En vérité, je crois réver en retrouvant ici celle qui devrait être l’orgueil et l’enchantement de ma cour, et il faut que M. Wilson ait l’esprit tant soit peu bizarre, pour préférer justement à l’hospitalité du roi celle du gardien de Tyburn, d’un homme qui ne doit guère avoir d’autre compagnie que celle des pendus, ou de celui qui les pend.

ANNA

Sire, il y a des vertus chez ceux-là même où l’on en soupçonnerait le moins. Le vieillard qui nous a reçus ici, remplit de tristes fondions, sans doute; mais la loyauté habile sa demeure et l’on n’y craint pas de trahisons.

LE ROI, riant.

C’est-à-dire que le séjour de Withe-Hall n’est pas à beaucoup près aussi vertueux, n’esl-il pas vrai? vous êtes injuste, miss Wilson; l’appartement de la reine était pour vous un asile inviolable, où votre liberté était à l’abri de toute atteinte.

ANNA

Où me poursuivaient la calomnie, sire, les outrages, les basses jalousies, les respects insultants, et plus que tout cela...

LE ROI

Achevez?... l’amour du roi, n’esl-ce pas? et vous avez cru que vous n’aviez qu’à disparaitre pour l’éteindre? connaissez mieux votre pouvoir, miss Annal l’impression que vous faites sur les cœurs est plus profonde et plus durable. Cet amour vous poursuit jusqu’ici, plus tendre, plus ardent que jamais, et ce pauvre roi qu’on dédaigne, n’a d’autre

ambition, à Tyburn comme à Withe-Hall, que de devenir votre esclave, (il veut prendre la maia d’Anna.)

ANNA, retirant sa main.

Sire!

LE ROI

Quelles preuves vous en faut-il? je suis prêt à vous sacrifier toutes choses: vous parlez d’outrages, de jalousies, de trahisons? je vous éleverai si haut, que les passions ni les haines nesauront vous altcindre ; vous régnerez seule enfin, et je vous donnerai du trône tout ce que l’amour et le pouvoir des rois leur permettent d’en donner.

ANNA

Ce trône appartient tout entier à la reine, sire; ses bienfaits ne me laissent pas le droit de l’oublier.

LE ROI

Enfant! les miens méritent-ils moins de reconnaissance?

ANNA

Sire! voilà justement le langage que je n’entendais plus ici.

LE ROI

Ah! je supplie, et l’on me brave! j’humilie là majesté royale, et l’on m’accable de mépris! ne me faites pas souvenir que je suis roi, miss Wilson! (Saisissant la main d’Anna.) Mais non, je ne veux rien devoir qu’à ma tendresse, à mes prières! (Mettant nn genou en terre.) je vous aime Anna, et je suis à vos pieds.

ANNA

Sire, vous êtes chez mon père!*

LE ROI

Ah! pardon, cette maison est au domaine royal; votre père est chez moi! Mais je vous fais donc horreur? Ah! vous n’étiez pas si cruelle pour lord Douglas, ingrate! est-ce encore lui qui me dispute votre cœur? Voyons, vous reviendrez à Wilhe-IIall, n’esl-ce pas? il m’en faut un gage, Anna, un baiser de ces lèvres charmantes., est-ce trop demander ? Ah! voyez la petite rebelle!

ANNA

Sire! vos violences ne sont pas d’un gentilhomme! la reine m’avait confiée à votre honneur, sire!

LE ROI

Ah! vous n’êtes plus sous la sauve-gardc de la reine; en me fuyant vous avez donné l’exemple de la trahison 1 n’invoquez pas des devoirs dont vous m’avez délié I

Sire 1 par pi lié l

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