‹ La fille du mauditChapitre 48 sur 117 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

HEWLET, ANNA, puis DOUGLAS

ANNA, revenant à Hewlct.

Cher père!

HEWLET, l'arrêtant du geste, et lui prenant les mains.

Je suis bien malheureux! La reine me demande comme une grâce de lui laisser ma fille et j’entends dire par toute la ville que ma fille est la maîtresse du roi.

ANNA, regardant fixement son père.

Vous l’avez cru! Vous l’avez cru! Ainsi il ne suffit pas que je sois en bulle aux lâches insultes des valels, aux calomnies de la cour, aux railleries de la ville; il faut encore que ces infâmies aillent jusqu’à vous, mon père, et vous fassent douter de moi.

HEWLET.

Le monde appelle ces infamies d’augustes faiblesses; le roi est si haul.

ANNA

L’honneur est plus haut que lui. Que diriez-vous si je doutais du vôtre?

HEWLET.

Le mien! Ah! le mien est tout entier dans mon amour pour toi; dans mes craintes, dans mes angoisses! Ton honneur est mon honneur, ta vertu est ma vertu ; j’ai mis en toi ma conscience, j’ai cessé de regarder dans mon âme pour voir dans la tienne, et si je suis jaloux de sa pureté, c’est qu’en cessant d’y croire je serais comme un malheureux qui perd son unique espérance, sa foi en Dieu... et pour qui le ciel est vide ! (Il presse Arma dans ses bras.)

ANNA

Eh bien, regardez dans mon âme!

HEWLET, l’embrassant au front, a plusieurs reprises.

Ma pauvre enfant! ma chère fille !

Mais le bruit en est donc bien public? Que faire, s’il suffît d’un regard qu’on veut fuir, pour vous noter d’infamie! Ce soir encore, à cette fête, sous les yeux de la reine, il me faudra subir ces hommages qui déshonorent, et ce respect des courtisans qui me fait mourir de honte!

HEWLET.

Ce soir, dis-tu? quelle fête? Hélas I c’est la nuit de Noël. Autrefois elle nous rassemblait à la même table auprès

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