‹ La fille du mauditChapitre 79 sur 117 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ROCII ESTER, CR.AFF, puis BROOK.

CRAFF.

Or ça, milord, il n’y a respect qui tienne! Votre Grâce me permet-elle de lui dire ce que je pense?

ROCHESTER, de sa voix naturelle.

Qu’est-ce que tu penses?...

CRAFF.

Je pense que, non content d’éire banni de la cour, vous avez résolu de nous faire déporter, vous et moi, dans la Nouvelle-Angleterre?

ROCHESTER

Ehl vive Dieu I qu’on me déporte chez les Algonquins, pourvu que je me venge!... ne snis-tu pas que la vengeance est le plaisir des dieux, et crois-tu que lord Rucnesler se serait affublé de celte barbe postiche et de ce nom gothique de Cornélius, s’il n’y trouvait la douce compensation de dire pis que pendre de ceux qui l’ont réduit à celte extrémité!... Retiens bien cette vérité, Platon, qu’un courtisan en disgrâce sent aussitôt se réveiller en lui sou patriotisme, et que celle belle vertu lui dure jusqu’à ce qu’il soit rentré en faveur! quelle joie de flétrir des abus dont- on a cessé de profiter, de stigmatiser une corruption dont on n’a plus le bénéfice, et de s’épanouir dans une honnêteté qui ne vous coûte rien !

CRAFF.

Fort bien ! j’en conclus que Votre Grâce ne désire rien tant que de retourner à Wilhe^Hall.

ROCHESTER

Oui ; mais avec les honneurs de la guerre, corbleu! Jusque-là, maiire Cornélius est le commensal assidu des bons bourgeois de la cité! il s’indigne avec eux contre les maiiresses du roi et prend le ciel a témoin qu’un honnête homme a déjà bien assez d’une femme! Il appelle le feu du ciel sur Wilhe-HaU, où l’on souffre des garnements comme Rochesier, qui soutient effrontément que tous les maris de Londres sont des sols et que leurs femmes savent pourquoi!... Il prend patience enfin, en se divertissant aux dépens des uns et des autres, et en espérant toujours qu’un signe de son roi, qu’il ne peut se défendre d'aimer, en dépit qu’il en ait, l’arrachera aux adorations de toute cette canaille!...

CRAFF.

A la bonne heure! Du moment que c’est par amitié pour le roi que vous ameutez contre lui toute la ville, je n'ai plus rien à dire .. Il ne me reste plus qu’à mettre Votre Grâce au courant des nouvelles.

Quelles nouvelles?... la disparition de miss Wilson, la désolation du roi. les ardeurs de lady Muskerry pour Jacob Hall, celles de lord Muskerry pourNel! Gvvm, l’ü ibil du chevalier, le sable mouvant du seigneur Termes? Sont-ce là tes nouvelles?...

CRAFF.

Oh ! oh!... est-ce que vous seriez véritablement sorcier?

ROCHESTER

Tu en doutes?

CRAFF.

Nous allons bien voir! Que Votre Grâce devine seulement ce qu’il venait me dire, le seigneur Termes!

ROCHESTER, riaot.

Par ma foi! tu es moins sot que les autres; c’est la seule chose que je n’aie pas entendue.

CRAFF, riant.

Aht...

ROCHESTER

Eh bien?...

CRAFF.

Eh bien, milord, il venait vous annoncer, pour ce soir, la visite de M. de Gramont avec quelques-uns de ses amis.

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