LA MOUE
On rit, on chante ici... et là-bas, là-bas, on vole les enfants, et les mères pleurent.
ANDREA
Dehors, la folle! *
LA PILLE DW TINTORET
TOUS
Oui, oui, dehors!
LA NIOBÉ
Taisez-vous! laissez-moi !... Oh! non, je ne suis pas folle! Les larmes n’ont pas emporté toute ma raison, et d’étranges lueurs traversent mon cerveau!.. Je ne suis pas folle quand je vous crie que cet homme est un infâme! je ne suis pas folle quand je vous crie qu’il m'a volé ma fille! (uomemeat.)
d’arezzo.
Laissez donc, mes amis... L’ombre manquait au tableau pour que la fête fût complète ! et voilà treize ans, Messieurs, que la pauvre Niobé m’accuse de lui avoir dérobé ce trésor précieux, treize ans que je la laisse dire avec une patience inaltérable... Vous croyez peut-être que la victime était une jeune beauté faite pour inspirer l’amour... Pas du tout, c’était un enfant au berceau... (on rit.) Allons, la Niobé, approche... Veux-tu la retrouver, ta fille?
LA NIOBÉ
Oh! oui!...
d’arezzo.
Eh bien, cherche-la... (on rit.) Cherchons-la ensemble... Est-ce Paola? Non, car sa mère, une Gitana, me l’a vendue cent sequins. (on rit.) Serait-ce Zafetta? C’est possible, on n’a jamais connu ses parents... Alors, c'est donc Laura?.. Mais non, Laura est Juive, et nous la ferons brûler un de ces jours... (on rît.) Voyons, cherche, regarde, examine... Si tu la trouves, je te la rends.
LA NIOBÉ
Écoute, Pierre d’Arezzo, écoutez tous, car je vois l’avenir!... Lâche insulteur de femmes, bouche de fiel, cœur de fange, voici la vengeance qui vient... tous les désespoirs que tu as causés vont se réunir contre toi et te déchirer les flancs comme des éperons aux pointes de feu ! .. Comme tu n’as épargne personne, bourreau, Dieu n’aura pour toi ni pitié ni merci, et ne laissera pas même la prière à celui qui n’a pas eu la foi!.. On te verra pâlir et chanceler, on entendra sortir de tes lèvres un rire monstrueux, terrible, infernal, comme celui qui a répondu à mes sanglots quand tu m'as volé pion enfant !.. Et ce rire-là, Pierre d’Arezzo, ce sera la mort!
d'arEZZO, épouvanté.
Assez, la folle, assez !.. qu’on me débarrasse d’elle !..
ANDREA , la poussant.
Holà! dehors!..
LA NIOBÉ
Je ne veux pas sortir.
ANDRÉA
Eh bien!.. «