PREMIER OUVRIER
Soyez tranquille, maître Andrea, je viens de rencontrer Valerio au bord du grand canal... il rêvait, assis sur une pierre, et, à la façon dont il regardait couler l’eau noire, il avait plutôt envie de s’y jeter que de rentrer chez lui... Nous avons bien le temps.
ANDREA
C’est égal, dépêchons... Faites toujours bonne garde, vous
autres. (On entend un craquement épouvantable.) Mille diables!.. Ne
sais-tu donc pas ton métier, misérable Paolo!.. que t’ai-je dit?...
DEUXIÈME OUVRIER
Vous m’avez dit de faire en sorte que, sur l’ordre du mailrc et d’un seul coup de hache, cette cloison pût voler en éclats et s’écrouler dans le canal.
A LA FILLE DU T1NT0RET
ANDREA
Eh bien?..
DEUXIÈME OUVRIER
Vienne l’ordre, et la chose se fera.
ANDREA
Tonnerre ! j’ai cru que toute la baraque allait nous tomber sur la tête.
DEUXIÈME OUVRIER
Dame! je ne peux pas l’empêcher de craquer... ces maudites planches ne tiennent plus guère...
ANDREA
Pourvu qu’elles restent debout jusqu’au signal convenu...
UN LAQUAIS, en vedette au foud.
Un homme se dirige de ce côté...
ANDREA
Silence partout!.. Au diable l’importun!... Dites-lui de rebrousser chemin, et jetez-le à l’eau s’il refuse. — Mais, attendez! cefte face de hibou, cette désinvolture de sacripant... Eh! Dieu hie damne, c'est le camarade Spalatri...