SCÈNE IV
D’AREZZO, SPALATRI.
d’arezzo.
A nous deux maintenant, l’homme aux scrupules, que pensestu du cachot d’où tu sors?
SPALATRI.
Que c’est un fort vilain gîte, Monseigneur.
d’arezzo.
Donc, lu ne te soucies guère d’y retourner.
SPALATRI.
Non, de par tous les diables!... et pourtant. Monseigneur, dans ce trou d’enfer un ange est descendu près de moi!...
Vraiment?
SPALATRI.
Un ange qui, sous les traits d’une belle jeune fille, est venue deux fois apporter au pauvre captif des paroles de consolation, des sourires d’espérance : son nom est Metazza.
d’arezzo.
Metazza!
SPALATRI.
Oui, Monseigneur, et c'est à elle sans doute que je dois ma grâce, car elle m’avait promis de vous la demander...
d’arezzo.
C’est vrai, Spalatri, elle a tenu parole.
. SPALATRI.
Que Dieu la récompense!
d’arezzo.
Tu ne lui as rien dit, au moins; elle ignore toujours que je m’appelle d’Arezzo.
SPALATRI.
J’ai prouvé souvent à Monseigneur que je savais garder ses secrets...
d’arezzo.
Bien. Somme toute, la leçon a été suffisante pour toi, et lu ne t’aviseras plus de me désobéir!
LA FILLE DU TINTÛREÎ
SPALATRl. . ,
Mon poignard et nia rapière sont, comme toujours, au service de Monseigneur. ,
d’arezzo.
Laisse !à ta ferraille... Tu n’es donc pas moindrement poète, Spalatri, que cette radieuse fête d'été ne dit rien à ton cœur? Voyons, ne serait-ce pas grand dommage d’ensanglanter une aussi belle nature? Écoute ces harmonies divines, regarde ces étoiles brodées au bleu manteau de la nuit, aspire ces senteurs enivrantes qui s’échappent des fleurs, étoiles de la terre!.. Comment trouves-tu ce lis qui se balance avec tant de grâce?..
spalatri.
Je trouve, Monseigneur, que c’est un lis plus grand que les autres...
d’arezzo.
Barbare!... c’est une fleur admirable!..
•• SPALATRI.
Je le veux bien.
d’arezzo.
Et cependant il fui manque encore quelque chose pour être parfaite, une seule goutte de rosée dans le calice... (u »erse sur
le lis le contenu d'une fiole.)
SPALATRl.
Ah ! très-5ien ! respirer céttc fleur, c’est mourir!
d’arezzo. '
Tu vas cueillir ce liset, selon la coutu me de Venise, le porter à. ..
SPALATRI.
A qui?
d’arezzo.
Mais, à Marietta, la fiancée de Valerio.
spalatri.
Infamie!
d'arezzo.
Plaît-il?
SPALATRI.
Je croyais vous avoir dit que je n’étais pas un bourreau de femmes !..
d’arezzo.
Je croyais pour cela t’avoir fait jeter dans une hasse-fosse.
Allez! j’abhorre encore plus ce vilain métier-là depuis que la jeune fille à laquelle j’avais fait tant de inal est venue me visiterai! fond de mon cachot! . Oh! point de menaces, maître... j’ai humé le grand air, et je ne veux plus de la prison. Sur ce, puisque nous ne pouvons plus nous entendre, je vous donne
respectueusement Congé .. (il se dirige vers les marches du péristyle} d’Arczzo fait un mourement zers la hyène de bronze.) Ne VOUS dérangez
pas... je connais le ressort... Tenez, maître, écoutez-moi... car je crois que vous ne m’avez pas bien compris... Je quitte votre
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service; mais, comme vous, m’avez toujours bien payé, je vous jure d’être discret... d’autant mieux, qu’en vous perdant, je me perdrais aussi... Je vous jure également que, si par un mot, par un geste, par un signe, vous cherchez jamais à me nuire, je vous plante mon stylet dans le ventre! J’ai dit... et vous savez que Spalatri n’a qu’une parole... Quant à mon avenir, ne vous en inquiétez pas. .j’ai trouvé une condition... de bravo je me fais sbire, de coquin je deviens honnête homme, (il »’éioignc à ira-
Ters-l«s arbres.)
d’aREZZO, à part.
r Celte brute!.. Eh bien, j’irai moi-môme!., (il cueille le lit.) Folie I offerte par moi, cette fleur serait foulée aux pieds avec mépris I Eh ! vive Dieu ! mon bon ami Luizzi me rendra encore ce service!., (u sort.)