ACTE II, SG-ÈNIJ IV
LUIZZI
Je viens. Monsieur, vous demander publiquement compte de votre conduite.
d’arezzo. \
Cet œil sévère, ce geste menaçant, ce front superbe !.. Grand Dieu!... ai-je eu le malheur de déplaire en quelque chose à Votre Excellence ?
LUIZZI, très-insolent.
Monsieur, nous avons à Venise desendroits faits exprès pour imposer silence aux gens de votre espèce.
d’arezzo.
Les plombs 1...
Oui...
d'arezzo. ./
Les salles de torture !
LUIZZI
Oui.
d'arezzo.
Le pont des Soupirs, peut-être?.. »
LUIZZI. t
Prenez-y garde.
d'arezzo.
Malheureux!., que le ciel ait pitié de moi!
LUIZZI. '
C’est qu’en vérité votre impudence passe toutes les bornes, et il est temps que ces scandales aient un terme!... Renfermé dans Venise, protégé par le doge, abrité derrière le réseau de nos lagunes, vous avez fait de ce refuge, pour vos brigandages littéraires, une citadelle inexpugnable!... De là, plus insolent qu’un condottiere, armé de votre plume comme un bandit de son escopette, flattant et médisant tour à tour, spéculant sur la vanité ou la crainte, toujours à acheter j toujours à vendre, vous avez fini par abuser honteusement de l’hospitalité que Venise vous avait offerte... Maître Pierre d’Arrezzo, vous êtes un homme infâme!...
d’arezzo.
Le mot est dur, Monseigneur, surtout venant de vous...
11 est juste autant que mérité. Si encore vous vous borniez à décocher vos satires acérées comme des flèches contre les étran-
f jers nos ennemis L. Mais oser s'attaquer à nous, les magistrats, es premiers de l’État de Venise, voilà ce qu’on ne peut tolérer plus longtemps!..
d’arezzo.
Êtes-vous sûr que je sois coupable d’un tel crime?..
LUIZZI
Si j’en suis sur!... Vous n’avez pas Signé le pamphlet dirigé
LA FILLE DO TINTORET
contre moi, mais il a été écrit par vous. Croyez bien, du reste, que je méprise ces injures...
D'AREZZO, très-plat.
Je le crois! Monseigneur est trop baut placé pour qu’on puisse l’atteindre!...
LUIZZI
Vous l’avez dit... Je sais, maître Pierre, que vous comptez beaucoup sur l’indulgence du doge, et j’ai voulu vous prévenir moi-môme... Une autre fois, choisissez mieux yos adversaires.
, d’arezzo.
Choisir mieux, Monseigneur, ce serait impossible.
Plait-il?.. Vous relevez la tète, il me semble.
d’arezzo.
Oui, Monseigneur.
LUIZZI
Vous n’ètes ni étonné, ni épouvanté de ma présence? d’arezzo.
J'avais l’audace de vous attendre... Le pamphlet en question n’avait pas d’autre but que de vous faire venir ici.
LUIZZI
Misérable !
d’arezzo.
C’est vrai, Monseigneur, je suis un misérable.,, mais je vous attendais.
LUIZZI
Pourquoi?
D’AREZZO, baisiant la voit.
Pour vous demander... c’est bien indiscret à moi... ce que vous avez fait des dépêches de l’ambassadeur d’Espagne.
LUIZZI, stupéfait.
Grand Dieu!.. Plus bas. Monsieur, plus bas...
d’arezzo.
Pour vous demander encore ce qu’était devenu le courrier chargé par ledit ambassadeur de porter ces dépêches à Charles- Quint. Ce courrier a disparu brusquement... mais de quelle manière?., par un meurtre, sans doute... Voilà ce que je désirais apprendre de votre bouche... Comment sc fait-il encore que le paquet scellé du sceau de l’empire ait été vendu à François 1 er ... et certes, c’était chose grave; car, s’il était parvenu au roi de France, Charles-Quint ne serait pas sorti de Paris.
LUIZZI
Que sont devenues ces dépêches?...
d’arezzo.
On m’a certifié que le voleur et l’assassin se nommait Luizzi, procurateur de Venise; mais je ne l'ai pas cru, je ne le croirai que si vous me le dites.
fl