ACTE II, SCÈNE VI
d'arezzo.
Fais entrer la fille du Tintoret. {a part.) Enfin ! elle est à moi!..
ANDREA, introduisant Mariella.
Entrez, signora. (il s'éloigne sur un signe de d’Areno.)
MAR1ETTA.
Ah! c’est vousl... Je devais m’y attendre... Monsieur, c’est une lâcheté dont vous rendrez compte à mon père, c’est une violence dont vous rendrez compte à mon fiancé!.. Et maintenant, que voulez-vous de moi?..
d’arezzo. *
C’est à regret, signora, que j’ai employé la force, mais c’était le seul moyen de me trouver seul avec vous, pour vous dire...
MAR1ETTA.
Quoi donc?..
d’arezzo.
Écoutez-moi, et, ensuite, vous sortirez d’ici librement... Écoulez-rooi.
MARIETTA
U le faut bien.
d’arezzo.
Pourquoi votre père m’a-t-il outrageusement fermé sa porte?
MARIETTA
Ah! ne me forcez pas de vous le dire.
d’arezzo.
Si je le démande, c’est pour qu’on me réponde.
Vous le voulez?..
d’arezzo. ✓
Oui.
MARIETTA
Parce que mon père est un honnête homme.
d’arezzo.
Le Titien me reçoit, lui.
MARIETTA
11 vous subit, plutôt.
• d’arezzo.
Soit. Mais vous, pourquoi êtes-vous mon ennemie?
MARIETTA
Je ne suis point votre ennemie, Monsieur. Je ne fais pas l’honneur de ma haine à ceux que je ne connais pas.
d’arezzo.
Oh! vous me connaissez... ou, du moins... vous croyez me connaître... maison vous a trompée sur moi, car jamais personne n’a eu pour une femme plus de respect et d’admiration.
(il s'approche de Mariella qui recule.)
LA FILLE DD TINTOBET
MARIETTA
En revanche, jamais femme n’a en pour personne plus d’aversion, plus de mépris!...
d’arezzo.
Ahl... vous m’insultezl...
MARIETTA
Croyez-vous que cela soit possible?.,.
d’arezzo.
Madame!... (a p»rt.) Contiens-toi, ma colère!
MARIETTA
Ah! vous m’avez fait entrer de force dans votre palais!... Ah! vous désirez m’entendre!... Eh bien! vous m’entendrez!.. Oui, je vous méprise, parce que tous les vices et tous les crimes se résument en vous, parce que vous êtes l’incarnation monstrueuse (le la honte et de l’avilissement. Je vous méprise enfin, parce que, lâche en face des forts, vous avez tout juste assez de courage pour outrager une femme qui sort de l’église, sous la protection de sa prière.
d’arezzo.
Courage, implacable!., méprise-moi! insulte-moi!., marche sur moi ! je ne te répondrai qu’une chose : Marietta, je t'aime!..
MARIETTA
Vous!...
d'arezzo.
Je t'aime... à perdre le sommeil et la raison!...
Et il ose me le dire!.. Oh !.. la hardiesse est vile autant que bouffonne!..
d’arezzo.
Je t’aime... et cet amour grandit encore de tout le dédain, de toute la colère dont tu m’accables!.. Eh bien ! oui... ces regards pleins d’éclairs, cette bouche frémissante, cette audace de s'attaquer à moi que chacun flatte et redoute... oh !... tu ne peux pas savoir, jeune fille, l’émotion que tout cela me produit!.. Je te vois si belle, si noble, si fière, que je t’admire comme une divinité ! Je ne me défends pas, je courbe le dos sous le fouet de tes injures, chacune de tes paroles me cause une souffrance horrible... et pourtant, Marietta, cette souffrance est un bonheur que je payerais de toutes mes richesses, de toute ma vie! Si lu voulais inc croire! si tu voulais m’aimer!,..
MARIETTA
Assez!...
d'arezzo.
Aimé de toi, Marietta, je deviendrais vertueux, je deviendrais bon...
MARIETTA
Fausses paroles !