‹ La fille mal élevéeChapitre 34 sur 34 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Mêmes, ANNETTE , accourant, et à mi-voix à M"^' de Prangey.

ANNETTE. IMadame , madame... (Liu remettant un billet. ) Tenez , voilà qui prouvera si j'ai menti , ce matin.

ERNEST. Ah ! ah ! mon billet.

ANNETTE , allant du côté d'Ernest. Oui , monsieur... remis par votre domestique entre mes mains.

MADAME DE PRANGEY , donnant le billet il Desormes. Mon frère, lisez... lisez vousmême.

ERNEST. J'avais cru devoir prévenir de ma démaiche la personne qu'elle intéresse.

lÉOME , tremblante. Allons-nous-en, ma mère.

MADAME DE PUANOEY. "Non , non il

faut que monsieur Raymond sache qu'il offre sa main un peu légèrement.

RAYMOND. Monsieur Desormes... je vous renouvelle ma demande.

FANNY , vivement. Non , monsieur Raymond , non trop d'apparences m'accusent.

RAYMOND. Je ne dois pas y croire, mademoiselle ; et je n'y crois pas... n'est-ce pas ce que vous m'avez demandé ce matin?

FANNY. Oh ! attende/, , attendez.

DESORMES, qui a parcouru la lettre.

Qu'ai-je lu?

(Léonie passe auprès de Desormes.)

ERNEST , à part. Ah ! enfin , voilà un des chers ]>arens qui comprend... ce n'est pas malheureux.

MADAME DE PRANGEY'. Eh bien .' mon frère?

DESORMES. Pauvre Fanny!... inoi, qui l'accusais...

LÉONIE. Ciel!

DESORMES , à Léonie. Il vous écrit : ma Léonie.

* Erncsl, Desormes, Léonie, Raymond, Fanoy, M"" de Prangey.

lÊONIE , qui a jeté les yeux sur le hillet. Mon oncle , qu'allez-vous faire ?

DESORMES. J'auiai pitié de vous... tenez, mademoiselle.

(Il lui rend le billet.)

LÉOME , vivement. Ah! merci, mon oncle.

(Elle le déchire.)

MADAME DE PRANGEY. Eh bien! VOUS déchirez ce billet, Léonie, pourquoi donc ?. . il faut qu'on sache.

LÉOME , revenant auprès de sa mère. Il

faut de l'indulgence, ma mère chacun

en a besoin.

MADAME DE PRANGEY. Ce n'est pas toi ; toujours, mon enfant toi, tu es parfaite va , tu peux t'en rapporter à ta

mère... elle s'y connaît.

DESORMES. Raymond, vous voulez donc épouser Fanny ?

RAYMOND. C'est mon plus cher désir.

DESORMES. Vous faites bien.

FANNY. Ah! monsieur Raymond

mais non, mon oncle, non je refuse

son offre généreuse... c'est par compassion qu'il voulait... il ne m'aime pas.

RAYMOND. Ne pas vous aimer, Fanny, quand on vous connaît aussi bien que moi; et pourtant , il ne m'est pas permis de croire que vous puissiez partager mon amom-.

FANNY. Et qui vous l'a dit?

RAYMOND. Eh! mais ces dessins.... où, dit-on, vous reproduisez sans cesse les traits d'une personne...

FANNY. Quoi ! vous me croyiez légère , étourdie à ce point et votis consentiez?....

R.\YMOND. Oui, mademoiselle, parce que je vous estime... et que je me fie à la reconnaissEuice d'un bon cœur.

FANNY, comme hors d'elle-même. Ah !

vous êtes... oui, vous êtes digne de la réponse que je vais vous faire. "^ ( Elle prend son album des mains d'Amicite tfui était allée le cherr.lier, et le donnant à llayniond. ) Voici... il faut me pardonner encore.

RAYMOND. Quoi donc , :uademoiselle ?

FANW, ouvrant l'album. IMais, d'avoir

dessiné bien souvent, un militaire

oh ! toujours le même et cela, depuis

deux ans... le voilà.

* Eroeit, Detorra«t,FaoDj, Raymond, Le'onic, M°" de Prangey.

hh FILLE MAL ÉLEVÉE, 23

RAYMOND. Que vois-je .' mon portrait!

TOL'S. Son portrait!

ANNETTE. Ma foi , Oui...

RAYMOND. Mon portrait!

FANNY. Oui , le portrait du plus généreux des hommes... de celui que, depuis deux ans, j'aime sans le dire... et que je sens que j'aimerai toujours... (Elle se jette dans ses Iras , et s 'écrie en se retirant vivement : ) Ah! mon Dieu! je crois que je viens de faire encore une inconséquence.

DESORMES. Pour celle-là , il te la pardonne.

FANNY. Oh ! parce qu'elle est pour lui... mais ce sera la dernière.

DESORMES. La leçon a été assez bonne pour cela.

FANNY. Oh ! oui , soyez tranquille.

RAYMOND , tendant la main à Fanny.

Bien tj-anquille... bien heureux !

ERNEST, (jui est passé à la gauche de Raymond et qui se trouve entre lui et Léo- 7i;>.* Monsieur Raymond... c'est très-bien ce que vous avez fait là... parole d'honneur, j'en suis touché... jusqu'aux larmes! moi aussi, je ne demandais pas mieux que d'être admirable ; mais je n'ai pas produit d'effet... c'est dommage... recevez

mon compliment vous épousez ime

femme qui vous aime c'est im grand

boni

LÉO.ME , bas à Ernest, et rapidement. Ce bonhem* - là , il est à vous , si vous le voulez.

ERNEST. Si je le veux il y a plus de

dix minutes que...

LÉONIE. C'est bien demandez-moi,

je consens... à ma mère, en particulier.

ERNEST, à lui-même. Pourquoi donc en particulier?

BESORMES, vivement à Fannj. Embrassemoi, toi , ma nièce.

FANNY. Vous me pardonnez?

DESORMES. Non, je te demande pardon.

ERNEST, i par/. Ali ! j'y suis... un sentiment exalté, des convenances... la femme de César ne doit pas même être soup-

j'épouse.

connée. .. c'est très-flatte

* Desormes, Fanny, Raymond, Ernest, Le'onic, M°c de Prangey.

LE MAGASIN THEATRAL

Ara: O destin prospère. (Dernier chœur d'Estelle.)

O moment prospère î O jour trop heureux!

Où chacun espère L'objet de ses vœux.

FANKT t ou pub/iC' Air : f'audevtile de la Somnambule.

Ah! quel plaisir! bientôt je me marie.

Messieurs, d'abord je vous prie à mon bal...

{S^arrétani court.) Mais qu'est-ce donc?.. Allons, ji: le parle, J'ai dit encore quelque chose de mal.

Kas ! dans un jour change-l-on la nature ? Elle revient à toute orcasion...

Prenez du tems, messieurs, et j'en suis iùrc, Vous huirez raon éducation.

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