‹ La fille mal élevéeChapitre 7 sur 34 · SCENE lîl · texte numérisé non relu

SCENE lîl

Les Mêmes, LÉONIE , FANNY ; puis aiADAME DE PRAKGEY

(En entrant Fanny et Léonie se débarrassent de leurs schalls qu'elles donnent à Annette.

DESORMES , à Lconie. Eh bien ! s'est-on bien amusé?... le bal était-il beau?

FANNY. Oh I je vous en réponds... c'était délicieux... figurez-vous des salons magnifiques des toilettes oh ! mon Dieu !

les jolies toilettes ! et un orchestre!... Mu-

sard et Dufresne, rien que cela c'était

entraînant !

DESORMES. Et tu t'es laissée entraîner.

FANNY. Oh ! je n'en avais pas besoin; j'aime tant la danse... je sauterais au son

d'mie musette, moi fliais ça ne gâte

rien... si vous saviez , les drôles de figures

que se font certains jeimes gens! des

coiilures ! . . . des barbes surtout ! . . .

LÉONIE. Que tu es bizarre , ma chère !.. , dès que c'est la mode.

FANNY. Oh ! c'est toujours ce que tu me réponds cjuand je trouve quelque chose de

ridicide C'est égal, j'en ai bien ri

Dieu! que j'en ai n ! mais pas devant

eux.... oh! non, en cachette avec deux

ou trois de mes danseurs seulement... enlin , jamais je n'ai vu un plus joli bal

il ne manquait que vous, mon oncle.

DESORMES. Pour te gronder... as-tu été bien étourdie;'

FANW, einhrassant son oncle , et tout bas. Peut-être bien... le moins que j'ai pu toujours.

DESORMES. Elle est naïve au moins

( Saluant de la main M"'" de Prangry qui entre.) Ma sccur.

MADAME DE l'RANCEV. lionsolr , mon frère.. . monsieur Raymond, je vous salue.

RAYMOND. Madame... mesdemoiselles.

(Léonie f:iit une révérence cérémonieuse.)

LE MAGASIN THEATRAL

FANXV, à Rurmond*. Comment? vous

êtes ici, monsieiiil jo gage que vous

n'en avez pas boup,é de la soirée.

MADAME DE PUA\UEY. Quand cela serait, Fanny, que vous importe?

FANVY. Mais il m'importe que les messieurs viennent au bal. . . j'aurais dansé une contredanse de plus , peut-être.

RAYMOND. Assurément , mademoiselle , vous avez dû vous trouver entourée de trop d'hommages pour avoir remarqué mou absence.

FANXY. Eli bien ! c'est justement ce qui vous trompe.... j'avais compté sur ce bal pour vous apprendre la galope.

RAYMC|,\D. Oh ! combien je suis fâché... Certes, si j'avais pu soupçonner une si bonne intention...

MADVMC DE PUWOEY. Comment l'auriez-vons pu, monsieur?... comment prêter une idée si déplacée à une jeune personne?

LÉOME. C'est vrai.... tu dis tout ce que tu penses.

F.\N\Y. Dam I que veux-tti... je ne peux pas m'en désliabituer.

(En ce moment Desormes passe auprès (ie Leoiiic.)

MADAME DE PRANGEY. Vous ne prendrez donc jamais des manières plus convena-

ble

, Vovez Léonie , votre cousine.

FAANY. Oh ! Léonie je voudrais bien

ressembler à Léonie mais ça n'est pas

facile..... elle est parfaite , elle ; et je sens bien que je ne le serai jamais.

RAYMO\D, à M"'" Je Prungey. Je vous eu prie, madame, ne grondez pas M"° Fanny à cause de moi.

( Desormes repasse :t droile du tlicàtre auprès ùe Raymond.**)

HAD.AME DE PRAMGEY. Oh I mais c'est

que vous ne savez pas comme elle s'est conduite pendant toute la soirée.

DESORMES. Fainivl — qu"a-t-elle donc fait?

MADAME DE PRAM'iEV. Toutes sortes de

folies! elle ])arlait aux cavaliers avec

une légèreté, une inconvenance... et quelquefois à ceux qui ne lui adressaient pas la parole.

FANNY. C'est que c'est si ennuyeux d'èlre

à côté d'un danseur (jui ne dit rien ou

quelquefois moins que rien.

* Raymond, Kanny, Dcsormcs, M"" de Prangcy,Lc'onic, Aniicllc.

** Dcsormc-s, Raymond, Fanny, SI'"'' de l'rangcy, Léonie, \nnc[lc au/ond.

,\IR de i-alse de la Chatiolncssc.

Comment faire ; hélas!

Jt- ris tout b.is De leur triste éloquence, Lt romps ce silence, Oui , pour ne pas Doubler leur embarras.

D'un ton fl.ittcur.

Avec douceur, L'un dit que la semaine est belle ; jNIais qu'il craint de l'eau par mallicur, Ouatid viendra la lune nouvelle.

(".omiTjcnt iViirc, hélas î Je ris tout bas De leur triste éloquence, l'A romps le silence , Oui, pour ne pas Doubler leur embarras.

Enfin un dernier plus hardi , En fait de remarques piquantes, l)se trouver le bal joli , Et lei glaces r:ilraichlssantcs.

Comment iaire , hélas! etc. , etc.

( .\uiictle porte au fond du théâtre la petite table qui était sur le deiant.)

LÉOME. Alors on se tait.

FAWY. C'est bien amusant... Enfin , lu as raison... une autre fois je tâcherai.

RAYMOND. Ces demoiselles doivent avoir besoin de repos.

FANNY. Oh I pas moi, monsieur... Je serais toute prête à recommencer.

RAYMOND. Vous souhaiteriez donc que la vie fi'tt un bal continuel.

F.VNW, ctourdiment. Oh I si cela se pouvait !.. ce serait trop fatigant pour beaucoup de personnes... mais moi, je crois que je m'y ferais.

RAYMOND. ÏMademoiselle Léonie n'en dirait pas autant... Je vois ses yeux prêts à se fermer.

FANNY, riant. Vous croyez cela , parce qu'elle les tient baissés... Vous oubliez donc que c'est son habitude.

I.LONIE. Parce que les convenances et la retenue iialtirelle .'i une jeune personne le veillent ainsi, ma cousine.

FANNY. Je u"ai pas dit cela pour te faire de la peine.

LÉOME. Oh ! je sais bien que tu en es incapable... aussi, loin de me fâcher...

FANNY, <uier iiiiiilic. Tu as raison , ne m'en veux pas... tu sais comme je suis é'tourdie... c'est jiassé en proverbe dans la fantille.

RAYMOND , bus à Desormes. Un excellent cniiM'!

DU.SORMES, de mcmc.Om, mais quelletète!

MVDAME DE PRANt.EY. Allons , il est teins de se retirer , je tonil)e de fatigue. ( Fanny rt Léonie embrassent Mme de Prangry. ) Et VOUS , mes cnfans , soyez

h\ FILLE MAL ELEV£E.

raisonnables, ne vous faites pas de mal... Au lieu de causer toute la nuit, comme cela vous arrive quelquefois , rentrez bien vite... Tous amez tout le tems de babiller demain.

LicoME. Comme il vousplaira , maman.

(Elle va lui préscnlcr son front à baiser.) FANNY, luisaulimt au cou. Dormez liien, ma bonne tante. . Pour moi', je suis bien sûre que je vais danser toute la nuit , en rêvant.

MADAME DE PRANGEY. Petite loUe !..

Annette, des flambeaux.

ANNETTE. Voilà celui de monsieur.

, (Elle le donne, puis sort, et rentre un instant après, portant deux autres flambeaux allume's.)

DESORMES. En m'en allant , mon cher Raymond , je vais vous éclairer jusque chez vous.

RAYMOND, l/us à Fiinny . Quand vous voudrez une autrefois que j'aille au bal , dites-le moi.

FAW'Y, gaimenl , mettant un doigt sur la bouche. Il ne faut jamais parler aux messieurs.

( Pendant la rilournelle du morceau suivant , les deux jeunes filles ont embrasser leur oncle. )

Air Final du premier acte d'un Duel sous Ilitltclieu.

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