LÉONIE, FANNY
EASXY, h Léonie. Allons, dépêchonsnous... veux-tu que je t'aide?
(Elle ùte >a ;;uirlandj de fleur,;, qu'elle pose sur le canapé, ainsi que son buuipict.)
LÉOME. Pourquoi donc tant te presser?
FANiVY'. Puisque ma tante le veut,
LÉOME. Oh ! ma chère maman croit toujours qu'on a besoin de dormir... Causons un peu.
FANNY. Tu as raison... C'est si bon quand on revient du bal... Quel dommage que nous l'ayons quitté sitôt!
LÉONIE. Au moment oià j'y trouvais le plus de plaisir.
FANNY^ Tu t'y es donc bien amusée ?..
C'est singulier , tu n'avais pas l'air gai du tout.
LÉOME. Ce n'est pas une raison... Tu n'as donc pas vu Ernest ?
FANNY. Si vraiment.... Il ne t'a pas quittée.
LtOME. Eh bien! alors...
FAWY. C'est que tu semblais à peine faire attention .'i lui... Tu détournais la tète quand il te parlait... On aurait dit que sa conversation n'avait aucun intérêt pour toi... C'est au point que si je ne savais pas que tu as ime correspondance avec lui , chose dont je ne puis douter , puisque c'est moi qui écris tes lettres , depuis cette coupure que tu as eu la maladresse de te faire... juste le jour oi'i tu as reçu son premier billet.
LÉONIE. Oui, et si tu n'avais pas été assez bonne...
FANNY'. C'était si facile... mais à présent te voilà {;ui'rie... et la première fois , tu pourras toi-même...
LÉONIE. Y penses-tu!.... avouer que je t'ai prise pour confidente!., cela ne serait pas convi'nable... pour toi.
FANNY. Ah !... mais dis-moi doncpour- (|uoi tu le traitais si froidement ce soir ?.. on aurait dit que vous ne vous coiinaissi<?z pas.
Ain d'Ycha.
Mr)i-mèinc, en \o\antla figure, l'.t surtout Ion gra c maintien.
J'en tlonlais [ircsqiic, j<* te jure...
LK.DXIE.
Pauvre enfant , tu n'y ronnais rien .. Dans un bal faudrail-il, ma chère, Compromettre ainsi son sccri'l .* (ïn prend lonjimrs un visage .sévère Poiii lepui.dre à l'amant ijui plaît.
LE MAGASIN THEATHAL.
FANXY. Ainsi , VOUS vous entendiez... et voilà sûrement pourquoi il ne paraissait pas plus chagrin de ta froideur.
LÉOME. Sans doute.
FAWY. Où donc l'as-tu connu ?
LÉOME. Oh! il y a déjà long-tems...
près de six mois.... j'étais encore en pension.
FA^\'Y. Ah! dans votre pension, on vous permettait donc de voir des messieurs?
LÉOME. Perds-tu l'esprit?... est-ce que jamais on permet cela ?
FAWV. Alors, comment cela se faisaitil donc ?
LÉOME. Ah ! l'on trouvait des prétextes... Ernest était l'ami du fils de notre maîtresse de pension... et par lui, il avait trouvé moyen de venir aux petits bals
qu'on nous donnait de tems en teins
Oh ! c'était une grande faveur!.. 11 y avait aussi deux ou trois autres charmans cavaliers... mais je dansais presque toujours avec Ernest... c'est comme cela que j ai fait sa conquête.
FAWY. Des bals, des fêtes!.... comme c'est agréable la vie de pension !.... Moi , à la campagne où je restais avec ma pauvre mère , je ne dansais qu'une fois ]iar an... à la saint Basile, patron de notre village... et poiu- charmans cavaliers, je 11 avais que de gros paysans qui brouillaient toutes les figures et qui me marchaient quelquefois sur les pieds , avec un aplomb!... Oh! mais cela ne m'empêchait pas de m'amuser comme une folle. . . Pourtant, je suis franche... les danseurs de ce soir valent mieux... Sais-tu qu'il est très-bien, 31. Ernest.
LÉOi\iE. Est-ce que je l'aurais distingué sans cela ?
FANW. Il doit-être aimable, hein ? a-til de l'esprit?
LÉOME. Hum! pas trop ; mais d'excellentes manières... très-fort à la course au clocher, et conduisant un tilbury à passer sur le corps d'un homme sans lui
faire de mal et puis il est très-riche....
de qualité, d'ailleurs.... Ernest de Chatenoy, un nom très-vieux.
FAIWV. Ah!., à la bonne heure... mais puisqu'il te convient, pourquoi ne parlet-il pas à ta mère et à noire oncle?
LÉO.ME. Oh ! il faudra bien qu'il finisse par là... je l'y amènerai bientôt.
FAX>iv. Comment! est-ce qu'il ne le ferait pas de lui-même?
LÉOME. Ali ! ma pauvre Fanny, on voit bien que tu as été élevée à la campagne. . . tu fais des questions... vois-tu, comme me disait une de mes amies de pension qui a
fait un si beau mariage ! . . Quand on n'a pas une bien grande fortune , et qu'on veut épouser un nom , il v a mille précautions à prendre. . Tu ne sais pas ce que c'est que la vanité des jeunes gens ; s'ils ne croient pas qu'on les préfère à vingt rivaux... qu'on est capable pour eux dun dévouement... romantique... ils ne se décident à lien.
FAWY. Bon! c'est impossible... puisqu'il t'aime ; à ta place, moi, je lui dirais : « Mon ami, je veux que vous parliez à maman tout de suite. »
LÉOME. Quelle maladresse!... il s'en irait peut-ê&-e... {Âi^ec vwacilé.)Jl croirait que je ne l'aime que pour l'épouser.
FANNY, ndiocmcnt. Eh bien!., est-ce que tu ne l'aimes pas pour l'épouser?
LÉOME. Eh ! mon Dieu si... comprends donc... ce sont les partis ordinaires et
mesquins qu'on renvoie aux pareils de
petits avocats stagiaires... de petits médecins... des clercs de notaire de sept à huit
mille livres de rente! mais des partis
distingués qu'il faut conquérir , malgré les
disproportions de rang et de fortune
ah!....
FAWY. Je ne savais pas tout cela...
Dans quelle ignorance ma mère m'a-t-elle élevée!... je ne comprends rien à tout ce que tu me dis.
LÉOME. Tu comprends au moins qu'une jeune personne ne doit pas avoir l'air de soiUiaiter un mari.
FANiVY. Tiens , pourquoi pas?
LÉO.\IE. On ne doit pas le dire au moins... etc'est ainsi que j'ai amené Ernest à une passion très-violente... 11 m'aime comme un fou.
FAiVNY.Tant mieux... mais en es-m bien sûre ?
LÉOME. Si j'en suis sûre écoute
{Elle l'utllre i'ers rextrcmité du théâtre à drollc, puis r//f coiilinur (ftin air de mys- Icre.) L'an dernier, au bal, à pareil jour , mon bouquet se détacha... je ne sais plus comment cela est arrivé... je ne crois pas l'avoir fait exprès... enfin , il tomba... Ernest ne voulut jamais me le rendre... Eh bien ! ce soir, il a prétendu qu'il avait précieusement conservé ce bouquet cl
comme je témoignais mon incredidite, il a juré qu'il m'en donnerait la preuve.
FA\\Y. La preuve !
LÉONIE. Avant demain.
F.w.xY. Avant demain ?... impossible.
LÉOME , troublée. C'est ce que je te disais... c'est impossible... mais cela prouve combien il m'aime toujours.
F.VNNY , réjlécliissant. Impossible!
LA FILLE MAL tLEVEE.
non... attends... à présent, je suis sûre qu'il le fera comme il l'a dit.
LÉOXIE. Tu es siîre ?
FAA.W. Oui. Pendant tout le teins qu'il a dansé avec moi... sais-tu de quoi il m'a parlé ?
lÉOME. De moi, sans douto.
FANXY. Du tout... de la maison, du jardin, de la terrasse... enfin, il m'a demandé des renseignemens, comme s'il voulait acheter l'hôtel... et je te le répète, il troiivera le moyen de te faire connaître qu'il est venu avec ton bouquet.
LÉOXIE , les yeux sur la croisé^,. Comme si cela se pouvait... à celte heure... lui qui loge à l'autre bout de Paris.
FANNY. Oh! n'importe... il t'aime... il viendra.
(On entend frapper deux fois d.Tns la inain en dehors sous la fenêtre.)
LÉOXIE, à part. Ah! c'est lui!
FAXXY, à elle-même. OJi î qu'on doit être heureuse d'inspirer un pareil amour! je n'aurai jamais tant de bonheui-, moi...
j'aime bien quelqu'un; mais je suis si sotte, que je mourrais plutôt que de lui en laisser voir quelque chose.. Quel malheur de n'avoir pas été élevée dans une pension oii l'on apprenne au,\ jeunes personnes à se conduire... Comment aurais-je pu deviner tout ce que sait Léonie ?
(On jette Ju sable contre les carreaux.)
LÉOXIE , émue. Hein !
FAXXY. Qu'est-ce?
LÉOXIE , se remettant. Rien, rien.
M""' DE PRAXGEY , de sa chambre , sans oui'rir la porte. Eh bien! mesdemoiselles.
LÉOXIE. Oh ! ciel!., maman.
M""" DE PRAXGEY, en dedans. Est-ce que vous n'êtes pas rentrées?... qu'est-ce que cela signifie?
LÉOXIE. i\Iaman , nous achevons noire toilette de nuit.
FAXNY. jMais tu mens prends donc
garde.
LÉOXIE , bas. Nous avons été des maladroites... il fallait éteindre la bougie
{Elle la ioufjle.) IJonsoir, maman..,, t'est fini... nous nous couchons.
(La nuit au the'àtrc.)
M"" DE PRANGEY , de sa chambre. A la bonne heure... Bonsoir... à demain.
FAXNY. Ah ! que j'ai peur !. cette pauvre tante, est-elle crédule!
LÉOXIE , allant à la porte de la chamlire de M™'" de Prangey. Elle se couche... (Revenant auprès de Funny.) Nous sonunes li-
* Fanny , Léonie.
bres, nous pouvons babiller à notre aise... mais plus bas.
FAXXY, i<oulant rentrer dans sa chambre. Oh ! non... rentrons , j'ai sommeil.
LÉOXIE , la retenant. J'ai encore mille choses à te dire.
FAXXY , malicieusement. Ce n'est pas cela... tu veux voir si Î\F. Ernest...
LÉOXIE. Quelle idée! tu sais bien que cela ne se peut pas... Causons, causons encore une minute, je t'en prie, nia petite Fanny.
(Elle lu caresse pour la de'ci Jer. On jette encore du sable contre les carreaux.)
FAXXY , surprise. Ah ! tiens.
LEOXIE , feignant de ne pas entendre.
Quoi donc?
FAXNY. Tu as bien entendu.
(Riuit de sable sur les carreaux plus marqué.)
LÉOXIE. Non... Ali! la grêle peut-être.
F.VXXV, allant il la fenêtre. Ah 1 bien oui, la grt'le!... du sable contre les carreaux... [Bruit.) Ecoute.
LÉOXIE. Oui... Qu'est-ce que ce peut être ?
F.AXXY. Eh ! tu sais bien que c'est Ernest avec ton bouquet... je l'aurais gagé.
LÉOXIE, ai>ec beaucoup de joie ipî elle contient. Ah! mon Dieu! peut-on... quelle extravagance !
FAXXY , eivement. De l'extravagance!...
dis plutôt que c'est de l'amour... Pauvre jeune homme! il m'intéresse... il aime , lui., à la bonne heure.. Tu diras que jt; ne m'y connais pas , c'est vrai. . . mais il est de ces choses que l'on comprend si vite!...
et celle-là enfin il t'aime tout-à-fait
Je vais ouvrir, n'est-ce pas?
(Klle fait un pas pour y aller.)
LÉOXIE , Varrête. Pourquoi faire ?
FAXXY, allant à la fenêtre. Pour qu'il te jette son bouquet.
LÉOXIE, la retenant. Non, non, cela
n'est pas prudent tout le monde n'est
peut-être pas couché.
FAXXY. Mais songe donc qu'il est là
qu'il vientde faire une lieue pour loi
d'escalader un mur élevé, tint; grille... de tenter des choses... sublimes... enfin.
LÉOXIE. Eh bien ! je lésais... c'est loiii ce qu'il faut.
FAXXY. Par exemple !... Mais lui , saitil (|ue lu le sais?.. 11 s'en ira triste et malheureux...
.\ I II ; Je n 'ai puinl vu ces bosquets de lauriers,
Y songes lu? mais par toi iléflc , Bravant le danger et la peine,
* Lifonic, Fanny,
LE MAGASIN THEATRAL
Il accourt île son amitié Te donner la preu\e certaine.
Pour lui fjirr un ,si gr.Tud |il.iîsu', Se peul-il iju'un rien le relicnnc? - <^)u.in(l lu Tas (orcé devenir.
Kon, lu ne (lois pas l'eu [uinir; Car c'est la laute et non la sienne.
LÉOME. Mais Faiinv...
r.vwv. Comnieiit ! tu soullriiais que ce
jeune honinie eût pris tant de peine.'
dis-lui au moins un mot jjour le renvoyer. . . c'est facile.
(Elle v.! vers la fenêlre.)
LÉOME. Fanny !
FAl\l!VY, s'arrêtant. Pourtant, si tit ne veux pas...
LEONIE, a{>ec un peu d'hésitation cl d'cmharras. Je n'ai pas dit... mais alors... ouvre bien doucement.
F.WXY, ouvrant. Làl [lia petit Louqurl lancé du dehors tombe dans V appartement , Fanny le relève en sautant de joie.) Le voilà I le voilà ton bouquet... ill'avait conservé... j'en étais siire.... Tiens, est-ce bien cela?
LÉOME Mon Dieu , oui.
FAN^Y. J'espère que lu vas lui donner sa récompense... oui, le tien de ce soir, en éclian[;e.., c'est bien la moindre diose... oh! il le mérite, en vérité.
LÉo.ME. Moi!... Dieu m'en préserve.
FAIVNY. Pourquoi donc?
LÉOME. Cela ne se l'ait pas... il n'a eu
celui-ci qtie parce qu'il l'avait dérobé
Une jeune personne ne doit jamais rien donner.. . volontairement.
FANNY. Ah ! si c'est là de la générosité ! Ah! bien .. si tu ne veux pas lui donner ton bouquet , je vais lui jeter le mien d'abord... il croira que c'est toi. {Elle va prendre son bouquet sur le canapé.) Puisqu'ils sont pareils.... llein ! tu ris.... lu ris. . (Elle jette son houipiet par la fenêtre.) "Noilà ? c'est comme si tu l'avais jcié'.
ERNEST, en dehors. Merci... ah ! merci, chère Léonie... à vous pour toujours.
LÉONIE. Etourdie! qii'as-tu fait?
FANivv. Tu h; vois, un heureux , et à bon niarcJK'.
LÉOME. Ferme vite... ferme à]iré.senl, je t'en prie.
FANNY. Soit... (F.Ile fenne la fenêtre.) Quoique tu en dises, voilà encore un service que je rends. {Léunie lui tend la main.) Tout a bien été... tout le monde est content... allons nous couciier. (//// muaient oii elles vont pour entrer dans leur ehanihre , on entend un coup de fusil.) \\i ! mon Dieu ! qu'est-ce «jue c'est <|iie cela?
LÉONIE. (Jn coupdc pistolet!., un coup de fusil... que sais-j(; .. je n'ai j)as ime
fjoutte desan.;;... on l'aura vu... nous serons soupçonni'es, compromises., compiomises!.
oh! mon Dieu! mon Dieu!., et par ta faute. FAIVNY' , allant écouler ù la porte du fond. Chut! écoute... envient.
KUcs e'couleut toutes deux )
LÉOME, a) ce iliagrin. Eh! oui, l'on vient... c'est toute la maison qui se lève... Eh! vite, vite, sauvons-nous dans notre chambre... Heureusement j'ai soufflé la lumière.
FANNY, s'arrêtant. Eh bien !.. tuneson- {(es pas à...
LÉO.ME. A qui?
FANNY. Comment à qui?... à M. Ernest... si c'est sur lui qu'on a tiré...
LÉONIE. Viens donc... viens donc...
veu.x-tu qu'on nous surprenne?
(Elle entraine Fanny.)
FANNY. Mais je ne te conçois pas.... Un jeun(! homme que tu aimes.
(Kll es enlrenl ensemble dans la cliambrcde I.éonie.)
«><^Ssêo9S9seeeeeseeeee99ss(iie99esess«eee@ essai