ACTE I
payeras tout de même mes bananes et cher encore !...
LE ROI
Comment le tirer de là ?
LE BUCHERON
Patience !... J’ai ce qu’il faut... (il entre dans le fourré, derrière la fosse, et en revient traînant une petite échelle.) Attention !
Pendant que je poserai l’échelle, tenez-le en respect avec vos lances, sans cela, en deux bonds, il sera sur moi, le vilain singe ! et nous glissera entre les mains.
KIGÉRIK, prenant la lance de Boussoro
Donne et descends avec lui.
TOUMODI, prenant à un soldat sa lance.
Toi aussi, donne et descends. (Kigérik et Toumodi se
mettent à genoux, chacun d’un côté de l’excavation, et tiennent les lances en arrêt, sur un même point. Le bûcheron, Boussoro et le soldat disparaissent le long de l’échelle. On entend aussitôt des éclats de voix et le bruit d’une lutte.)
VOIX DU BUCHERON
Tiens bon la jambe !... La tiens-tu ?
VOIX DE BOUSSORO
Oui.
VOIX DU BUCHERON
Aïe ! Il me tord le bras !... Hé, là-haut, piquez
lui l’échine !... (Kigérik plonge sa lance dans la fosse.)
VOIX DE BOUSSORO
Brigand !... Il m^a mordu !...
VOIX DU BUCHERON
Hé, c’est une femme !...
KIGÉRIK, toujours à genoux, parlant vers la fosse.
Une femme !... Vraiment ?
BOUSSORO, sortant de la fosse en riant.
Ah ! sans le moindre doute !... Ils sont en train de la ficeler comme un sac de riz, et puis nous n’aurons qu’à la hisser dehors. (Se penchant sur la fosse.) Est-ce fini ?... Bon !... Jetez-moi le bout de la corde !... Je la tiens !... A présent, venez... (Le bûcheron et le soldat sortent du trou, s’emparent de la corde et sur le commandement de : Hop ! que prononce Boussoro, se mettent à soulever péniblement la charge.)
PAUL, un peu à l’écart, à Totilo.
Notre livre sacré, la Bible, raconte que Dieu, voulant créer les animaux, a ordonné à la terre de les produire... Ne te semble-t-il pas, en voyant extraire des profondeurs du sol cet échantillon grossier de notre espèce, que nous assistons à la naissance de l’humanité ?
TOTILO
Mes regards ne voient pas si loin !... (Pendant que pariait Paul on a vu émerger de la fosse deux mains liées ensemble, puis les bras violemment tendus, et enfip le corps entier de la fille, absolument nu. Il est brutalement amené sur le gazon, au milieu du groupe des assistants, qui se mettent à examiner la captive, accroupie, les bras liés ramenés entre les jambes, la figure touchant presque les genoux.)