‹ La fille sauvageChapitre 53 sur 100 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

PAUL

Comment, tu ne peux pas descendre chez moi, ton frère ?

AMÉLIE

Évidemment je ne serais pas excommuniée pour cela et ton hospitalité ne me ferait pas peur si tu m’appelais à ta campagne. Mais, à Paris, nous avons rue de Sèvres notre maison-mère et j’y ai déposé mon sac en passant... Toute ma journée t’appartient. Tu m’as écris que l’avenir de Marie allait se décider et qu’elle aurait besoin de moi ?

PAUL

Oui. Mon projet de faire de Marie une reine est en bonne voie. Abeliao, le roi des Amaras, est mort il y a quelques semaines et son fils Kigérik lui a succédé sur le trône. Il est séduit par l’idée d’épouser une Européenne.

AMÉLIE

Est-ce ton ami Totilo, ce vieux diplomate à demi civilisé, qui s’est chargé de le convaincre ?

PAUL

Lui-même. Notre gouvernement, par mon entremise, le subventionne généreusement, et il s’est montré si persuasif que le jeune roi, plein d’enthousiasme et très pressé d’entreprendre sa cure d’amour français, l’a expédié par le premier navire en partance avec mission de lui ramener une épouse qui le classe parmi les souverains éclairés. J’ai

appris le départ de Totilo en recevant hier matin la dépêche qui m’annonçait son arrivée à Marseille.

AMÉLIE

Il est en France !...

PAUL

A Paris. Je l’attends cet après-midi.

AMELIEj curieusement.

Est-ce que je pourrai le voir ?

Il faut que tu le voies. Tu remettras Marie entre ses mains.

AMÉLIE

Il vient chercher Marie !... Les choses en sont là !... Kigérik fait venir de si loin une femme qu’il n’a jamais vue ?

PAUL

Si Marie ne lui convient pas, l’incident sera vite réglé... Dans son heureux pays, on ignore ce que c’est qu’une femme gênante.

AMÉLIE

Marie consent à partir?...

PAUL

Elle ne se doute pas qu’il est question de l’envoyer là-bas... Je croyais avoir des mois pour la préparer, mais la mort d’Abeliaoa précipité lesévé-

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