ACTE I
KIGÉRIK
Après avoir humilié tant d’ennemis, mon père aurait pu se dispenser d’humilier son propre fils.
LE ROI, haussant les épaules.
Tu peux te vanter de ne pas savoir supporter la plaisanterie... Qu’est-ce qu’il faut donc pour se réconcilier avec toi ?... (Appelant.) Boussoro !
DEUX OU TROIS SOLDATS, tournés vers la forêt, appellent.
Boussoro ! Boussoro !...
BOUSSORO, accourt en bousculant les soldats.
Sire !
LE ROI
Qu’on relâche les hommes d’escorte de mon fils... Je leur pardonne.
BOUSSORO
On vient de jeter la carcasse du dernier en bas des rochers.
LE ROI, indifférent.
Ah !... Mon petit Kigérik, tu vois, on n’y peut rien. (Un silence.) Tu lie demandes pas ce que je t’ai rapporté ?... Devine !
KIGÉRIK
Des autruches dressées à servir de monture ? On dit que vous en avez trouvé là-bas.
LE ROI
Cherche bien si rien ne te manque !... Ce qu’à ton âge on désire le plus...
KIGÉRIKj joyeux.
Des armes nouvelles?... Arrivant d’Europe?
LE ROI, riant.
Des femmes, petit imbécile ! Je t’ai rapporté des femmes î
Mais cela ne me manquait pas au point que vous dites... J’en avais des femmes!...
LE ROI
Oui, nous savons comment!... Il y a deux mois un de mes officiers te surprend au plus épais de son sérail... Le fils de son roi !... Il salue et tourne les talons... le lendemain, il m’envoyait trois têtes de femmes nouées ensemble, comme trois oignons, par leurs tresses. J’ai fait grandement les choses. En échange des têtes, je lui ai offert dix belles esclaves qui m’ont coûté, en moyenne, trois mille piastres chacune. Mais il ne faut pas que de pareilles histoires se renouvellent. A la longue, cela finirait par altérer l’affection que mes sujets portent à la famille royale... A partir d’aujourd’hui rien ne t’excuserait si tu n’avais pas une tenue parfaite, car tu auras cinq femmes, ce qui est un gentil commencement pour un très jeune homme.