ACTE IV
AMÉLIE
Ainsi mon frère ne vous a pas dissimulé que l’entreprise est périlleuse...
MARIE
Je le sais mieux que lui... Après ma capture, en attendant notre départ pour l’Europe, j’ai été enfermée dans le sérail assez longtemps pour apprendre que les femmes y sont traitées comme les juments d’un haras.
AMÉLIE
N’y retournez pas, ma chère petite !... Quelles que soient les puissantes raisons qu’on ait de désirer que Kigérik subisse votre influence, ma tendresse pour vous l’emporte sur toute autre considération. Je.ne supporte pas l’idée que vous renoncerez à votre studieuse existence pour aller vous fondre dans un lamentable ramassis d’esclaves.
MARIE
Cela, non ! Je dominerai ou je périrai... Si je triomphe, ce sera au prix de dangers et d’humiliations sans nombre, mais plutôt que de rester ici, j’endurerai n’importe quelle ignominie... J’aime votre frère et je me croyais chérie de lui. Je viens de découvrir qu’il ne s’est occupé de moi que par intérêt...
AMÉLIE
Lorsqu’on demande le bonheur aux hommes, on doit s’attendre à de tristes surprises. Encore les
préoccupations auxquelles mon frère vous sacrifie sont-elles d’un ordre supérieur...
MARIE
En causant avec moi, il lui est un jour arrivé de me dire qu’après m’avoir élevée en vue de certains grands projets, il ne songeait plus qu’à suivre avec passion le développement de ma personnalité.
C’est le savant qui parlait...
MARIE
J’ai cru qu’il s’adressait à mon cœur, il instituait une expérience... Son intérêt, toujours!...
AMÉLIE
Seul Jésus a aimé l’humanité pour elle-même, et l’étrange beauté de son action a trahi sa céleste origine. C’est vers lui qu’il faut vous tourner pour être consolée.
MARIE
Ah! non!... Pas de bras tendus vers le ciel... Jésus ne m’écoute pas !... Je ne crois plus en Dieu!
AMÉLIE
Je vous plains de toute mon âme!... (Regardant Marie avec attention.) Tiens !...
Quoi ?...
MARIE