‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 242 sur 511 · ROLE INFLUENT DES HOMMES DE LOI DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

ROLE INFLUENT DES HOMMES DE LOI DANS LES CAMPAGNES

suffrages, tout comme les juges royaux, par leur situation sociale, leurs connaissances juridiques, leur esprit pratique, leur langage persuasif, leurs protestations de dévouement au bien public? Beaucoup d'entre eux n'étaient-ils pas, depuis l'application de l'édit de juin 1787, syndics de l'assemblée municipale?^ Dans plus d'une paroisse, à défaut d'un juge royal, ne vit-on pas un notaire ou un avocat présider l'assemblée électorale et, après avoir inspiré la rédaction du cahier rural, guider le choix des électeurs? L'examen des procès-verbaux de ces assemblées prouve que sur une foule de points les hommes de loi furent députés des paroisses où ils possédaient, sinon leur domicile attitré, tout au moins leur maison de campagne et leurs propriétés.

Les honneurs attachés à la profession d'avocat rejaillissaient même sur les futurs avocats et, en plus d'une paroisse, des licenciés-ès-lois, des étudiants en droit furent élus députés (2). Les procureurs et huissiers au contraire, dont les cahiers ruraux se plaindront avec tant de vivacité, semblent avoir été à peu près partout exclus des délégations (3>.

Cette large accession des gens de robe à la députation rurale s'explique encore par une autre considération. Si l'on excepte les six villes nominativement désignées dans F « Etat annexé au Règlement du 24 janvier 1789 » f4), toutes les autres villes des deux grands bailliages de Caen et de Coutances n'avaient droit qu'à quatre députés. Il y avait même là une inégalité assez choquante. Tandis qu'en vertu de l'article 31 du Règlement, des bourgs sans organisation municipale eurent droit à une représentation plus nombreuse (par exemple : Bricquebec à 10 députés, Saint-Sauveur-Lendelin à 8, Vassy à 7, Périers, Brix, Saint- Vaast à 6, etc . . . ), des villes chefs-lieux d'élection, comme Avranches, Carentan, Saint-Lô, Vire furent réduites à élire quatre députés. C'était un trop maigre enjeu pour l'ambition

(1) Voir ci-dessus, chap. V, p. 102.-

(2) Le Garpentier à Vire et Amette à Ferrières, sont deux étudiants en droit; Taillebrocq à Baron, Mattingley à Gavrus, Dumanoir à MonlsurvenL Duchesne au Désert, Tétrel à La Trinité, Théauit des Orgeries à Saint-Aubin-de-Terregate, sont Licenciés ès-lois.

(3) l.air et Debled, procureurs au bailliage de Caen, sont ('-lus à Canteloup et à Ainayr-sur-Orne — Huissiers députés ruraux : Mette, à Courson ; Lemarchant, à Lesnault ; Fillâtre, à Bréeey ; et Lefràhc-Bouillonnière, à Hambye.

1' Etal par ordre alphabétique, contenant les noms des villes des pays d'élection qui doivent envoyer plus de quatre députés, publié par A. Bivtle, ouv. rilé, I. p. 101.

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