L'ÉMEUTE DU 21 JUILLET 1789 A CHERBOURG
A Cherbourg, l'émeute fut terrible. Cette ville était plus que toute autre un foyer d'insurrection. Depuis longtemps, le subdélégué avait signalé le danger à l'intendant. «Le nombre infini de misérables que tous nos travaux ont attirés dans notre ville, dans ses environs et tout le long de la côte, et le défaut de ressources où l'interruption de la plupart des travaux plonge tous ces individus, nous fait appréhender... » (l\ D'avril à juillet, Necker avait pu envoyer à Cherbourg plusieurs cargaisons de blé f2) ; mais, à cette époque, hypnotisé par la question du ravitaillement de Paris, il dut cesser ses envois. Dans la soirée du 21 juillet, à l'issue de l'assemblée tumultueuse qui s'est tenue dans l'église Notre-Dame pour l'organisation des réjouissances publiques, un grand concours de peuple se porte vers l'hôtel de ville où se trouve Garantot, maire et subdélégué. On réclame l'ouverture du magasin à blé de l'Etat, la distribution de ce blé à 4 livres le boisseau au lieu de 6 livres 4 sols, et l'abaissement du prix du pain de 3 sols 5 deniers à 2 sols la livre. Garantot parlemente, traverse la place d'armes pour se rendre à l'hôtel de Caux où Beuvron et Dumouriez se sont déjà réunis. Après une courte délibération, le duc de Beuvron annonce la diminution du prix du blé et du pain. Il est trop tard : la foule impatiente n'a pas attendu cette réponse et s'est déjà livrée à des excès (3); Depuis longtemps elle hait Garantot, qui doit la mairie à la nomination royale et non à l'élection populaire, et qui joint à cette charge les deux titres détestés de subdélégué et de lieutenant général de
(1) Lettre de Garantot à Cordier de Launay, 25 avril 1789. Arch. dép., Calvados, C 2679.
(2) Dans le fonds du Comité des Rapports, aux Archives nationales, se trouve un dossier de lettres de l'intendant Cordier de Launay et du subdélégué et maire de Cherbourg, Garantot, relatives à l'approvisionnement de cette ville de mars à juillet 1789. Arch. nat, D xxix 32.
(3) Pour l'émeute de Cherbourg, j'ai consulté : aux Arch. comm. de Cherbourg, le registre BB5 (délibérations municipales, f°157à 160) ; le registre BB 11 (de correspondance, f° 26 à 30) ; la liasse FF 22, relative au jugement prévotal du 31 juillet el au rôle de Dumouriez dans cette affaire ; en outre, à la Bibliothèque communale de Cherbourg, le ms. 321 intitulé : Précis de ce qui s'est passé à Cherbourg depuis le 21 juillet jusqu'au 2 août 17S0, avec le procès et le jugement des brigands séditieux qui ont porté la désolation et la terreur dans celte ville (Cf. Arch. nat., D xxix 32) ; aux Arch. dép. de l'Eure (chartrier du Champ de Bataille), une Relation de ce qui s'est passé à Cherbourg les 21 et 22 juillet, malheureusement incomplète; aux Arch. dép. du Calvados, C 6370, le rapport de l'intendant de Caen proposant à l'intendant des finances, Montaran, une indemnité en faveur de Chantereyne (28 mars 1790) ; enfin, aux Arch. du château d'Harcourt. liasse 106, une lettre de Perrot, secrétaire du duc de Beuvron, à Clérisse, concierge du château d'Harcourt, écrite de Cherbourg et datée du 24 juillet 1789.