RÉSISTANCE OPPOSÉE A LA LEVÉE DES IMPOSITIONS
la disette des grains. La dureté du fisc en a provoqué plus d'une. L'hostilité du paysan contre les impôts ne se traduit plus seulement en plaintes et en gémissements. Des doléances on passe aux actes, de la résignation aux violences.
La perception des impôts directs éprouve de sérieux obstacles après juillet 1789. Les recettes diminuent de mois en mois dans une proportion effrayante. Le bruit a couru dans les campagnes que les impositions sont illégales, que le roi en a fait la remise ; les naïfs y croient et les malveillants accréditent ce bruit. On refuse de payer la taille et les collecteurs sont repoussés à coups de fourches ; un huissier des tailles manque d'être assommé (]). Condé, ville tarifiée, est divisée en deux partis : l'un qui veut conserver le tarif et l'autre y substituer la taille. Cette division cause des troubles et en juillet 1789, dans une émeute, les registres du tarif sont incendiés P).
Les impôts indirects surtout sont l'objet de l'exécration générale. Tous les cahiers en ont demandé la suppression. En attendant que l'Assemblée nationale la vote, le peuple se fait justice. Il s'attaque aux commis des fermes, aux gabelous qu'il accuse de tous ses maux. Le 9 mai 1789, la brigade de Villers-Bocage est assaillie à Tournay-sur-Odon par une bande de paysans qui la poursuit à coups de bâtons et de faucilles (H>. A Caen, les insurgés du 18 juillet, après la délivrance de six contrebandiers, courent au magasin de la gabelle, en enfoncent les portes et font crier le sel à 6 sols la livre. Ils vont aussi au bureau des aides, forçant le directeur général, Boyer, à prendre la fuite ; ils s'emparent des registres qu'ils portent chez Faudoas (4). A Cherbourg, le 21 juillet, les émeutiers n'oublient pas les bureaux de la Romaine ; ils s'emparent des papiers qu'ils y trouvent et en jettent une partie dans le bassin. La présence d'esprit et la conduite prudente de Mme Maudry, femme du receveur des aides les empêchent d'y commettre de plus graves excès (&). A Vire, le 20 juillet, une dizaine d'individus vont proclamant dans les rues, au son du tambour, l'abolition des aides et de la gabelle. Il se forme des
(1) Lettre du receveur des finances de Vire à la Commission intermédiaire provinciale, 10 mars 1790, rappelant les événements de juillet 1789. Arch. dép. Calvados, C 7788.
(2) Arch. comm., Condé-sur-Noireau, BB 1 et BB 7.
(3) Arch. dép.. Calvados; série B, grenier à sel (non inventorié).
(4) Esnault, Mémoires de la ville de Caen, t. I, p. 8. Révolutions de Caen, p. G. Voir ci-dessus, p. 31?.
(5) Arch. comm., Cherbourg, BB 5. Begistre de correspondance, 21 .juillet 1789.