‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 390 sur 511 · INSTALLATION DES MUNICIPALITES NOUVELLES · texte numérisé non relu

INSTALLATION DES MUNICIPALITES NOUVELLES

acquéreurs de biens nationaux, commençaient à former une bourgeoisie rurale, classe intermédiaire entre la bourgeoisie urbaine et le prolétariat agricole. Beaucoup d'entre eux avaient déjà été syndics de l'assemblée municipale en 1788, puis députés de leur paroisse en 1789 et porteurs de son cahier de doléances. Ainsi, anciens seigneurs, curés, gens de professions libérales, de négoce ou de culture continuèrent à former la classe dirigeante des campagnes. Les municipalités se recrutèrent parmi tout ce qui avait un nom, une situation, de la fortune, un crédit personnel : elles furent le fidèle reflet de la société censitaire créée par la loi nouvelle.

L'installation des municipalités suivit de près leur élection ; le serment qu'elles devaient prêter pour la première fois, en présence des citoyens actifs, donna lieu à des cérémonies publiques. A Caen, le 18 février 1790, l'abbé de Jumilly, à la tête du Comité général et national qu'il présidait, harangua les nouveaux administrateurs réunis dans l'abbaye Saint-Etienne et y célébra, avec le concours des musiques militaires, une messe suivie de Te Deum (!). A Bayeux, le 3 février, l'installation avait eu lieu avec la même solennité sur la place Louis XVI, en présence de la garde nationale et du régiment de Lorraine sous les armes, au bruit du canon et des cloches de toutes les églises (2). A Cherbourg, le 21 février, un Te Deum chanté dans l'église Notre-Dame suivit le serment prêté sur la place d'armes devant une foule considérable ; un bûcher y fut allumé par quatre torches, dont les porteurs étaient le premier officier municipal, le commandant de la garde nationale, le commandant de la ville et le commandant de la marine. Il s'en échappa, écrit un spectateur, « une flamme vive, « symbole de notre ardeur et de notre attachement au grand « œuvre de nos représentants » (3). Mêmes solennités, le 5 février, à Granville, où « la prestation du serment légal fut l'expression d'un sentiment et non un acte de devoir » (4) ; le 11 février, à Vire, où l'officiant fut un des membres de la municipalité, l'abbé du Gassel ; le 12 février à Avranches ; le 25 février à Tinchebrai (5), etc. . . Plus d'une municipalité exprima la reconnaissance

(1) Arch. comm., Caen, BB 97 in fine.

(2) Ibid., Bayeux. Registre des délibérations, Di12, 3 février 1790.

(3) Ibid., Cherbourg, BB5, fol. 243.

(4) Ibid., Granville. Registre de correspondance 1, 8 février 1790.

(5) Ibid., Vue. Registre des délibérations, BB 1, 11 février 1790. Ibid., Avranches, Registre des délibérations, BB2, 12 février 1790. Ibid., Tinchebrai. Registre des délibérations, 25 février 1790.

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