CESSATION DES POUVOIRS DE L INTENDANT
Ainsi, dans la Basse-Normandie, la fusion des ordres profita surtout au Tiers état éclairé, à la bourgeoisie des villes ; une série de sélections successives lui assurant la prépondérance définitive sur l'élément rural, fit de cet état-major bourgeois le personnel dirigeant des départements et de leurs districts pendant les premières années" de la Révolution,
L'erttrée en activité des Directoires de départements et de districts marquait le terme de l'existence légale de la généralité de Caen. Intendant et subdélégués, Commission et bureaux intermédiaires virent leurs fonctions cesser presque a la même date. Dès le 20 juin 1790, l'archevêque de Bordeaux écrivait à Cordier de Launay : « La mission que vous tenez du roi doit finir au moment où les assemblées de département seront en activité » (*). Ce fut les 14, 20 et 23 juillet que les trois Directoires du Calvados, de la Manche et de l'Orne commencèrent successivement leurs opérations. Les pouvoirs de l'intendant durèrent quelques jours de plus. Le 1er août, il recevait du contrôleur général de nouvelles instructions sur la remise au Directoire du Calvados des papiers de son administration. Lambert ajoutait : « A partir « du moment où la présente lettre vous parviendra, toute la « portion de territoire qui entre dans la composition du départe- « ment du Calvados cessera de vous appartenir et vous n'aurez « plus d'autorité et de pouvoirs que sur le surplus de l'ancienne « consistance de la province. Il en sera ainsi, successivement, « de tous les autres départements qui se partagent l'ancienne « division d'administration qui était confiée à vos soins, à mesure « que je vous ferai passer les ordres du roi à ce sujet » (2). Le même jour, Lambert adressait à Cordier de Launay des instructions analogues pour la Manche, et le 4 août pour l'Orne. Chacune de ces mesures diminuait les pouvoirs de l'intendant ; la troisième, exécutée le 6 août, les anéantit totalement. La dernière lettre officielle de Cordier de Launay, datée de ce jour, fut un acte de générosité : elle recommandait au ministre les employés de ses bureaux, que la nouvelle organisation laissait sans emploi et sans ressources (s). Sa suppression ne fut pas plus remarquée que ne
(3) Ibid. Le 31 décembre 1789, les employés de l'intendance de Caen, alarmés par le décret dn 10 décembre, qui réduisait à néant leurs moyens d'existence, avaient adressé, au nombre de sept, une requête à l'Assemblée nationale, en vue « d'obtenir des places dans la nouvelle formation administrative ». Arch. nat., Dvi 24, 1. 317.