SCÈNE I LUCIE, puis MADAME PRINTEMPS
LUCIE, couclide dans son lit, tousse, puis appelle d'unovoix exténuée.
Madame Printemps!... Madame Printemps !... (Après avoir repris haleine.) Cette pipelette qui ne revient pas avec Miss... Jusqu'à ma chienne qui m'a abandonnée. (Eiie
veutse lever, puis relombant.) Je n'ai paS iaforCC... (La touxia reprend.) Madame Printemps, et ma tisane, je veux ma tisane!... Oii! cette madame Printemps! (Eiie se désole.)
MADAME l'IilXTEMPS, arrivant avof un pot de tisaise. Voilà, voilà... la sans-patience! (Remplissant une tasse
qu'elle sucre.) Des exigcnces... des fantaisies... Vous vous
écoutez trop ! (eUc lui donne I;i tasse.) LUCIE, souriant.
Voulez-vous trinquer?
MADAME PHINTEMf'S, se versant aussi.
C'est pas de refus, allez ! J'en ai peut-être plus besoin que vous... (s'asseyant au chevet.) Mos pauvres jambes !
LUCIE, s'interronipant de boire.
Et Miss ?
MADAME PRINTEMPS
Parlons-en, de votre sacrée chienne !
LUCIE, inquiète.
Vous ne me la ramenez pas ?
MADAME PRINTEMPS
Une bête dégoûtante, toujours pleine !
LUCIE
Voyons, où est-elle?... Perdue ?... (euc répand un peu
de tisane.)
MADAME PRINTEMPS, bondissant.
D'abord, vous, tâchez de ne pas salir mon a aigledon » ! (Elle repousse l'édredon au pied du lit). MoU bel aiglcdou
tout neuf, que j'ai eu la bêtise devons prêter, (unsiienc.-.
Puis, radoucie, su mettant à ranger dans la cliambro). Quantà VOtrC
Miss, rassurez-vous : on va la rapporter. Devinez qui?
LUCIE, aprè» rétlexion.
Peut-être ma tante la blanchisseuse î... C'est aujourd'hui son jour... Ma tante que vous aurez rencontrée avec le petit, (m™-^ Priutomps tait ^i-nr que non.) Nou !... Unc
LA FIN DE LUCIE l^ELLEORIN. \)
amie alors? Mon Dieu, je n'en ai plus tant. (r..iiociiiss.nit.) Ah ! Chocholte, autrefois!
MADAME IMUNTEMPS, révoltée.
Cette horreur de Ghochotte ! Dieu garde !
LUCIE
Mais vous savez bieu que j'ai rompu avec elle.
MADAME PRINTEMPS
Pouah !... Taisez-vous! (uu innps.) Et dire qu'en venant j'ai cru lavoir en bas, au cale... Elle avait le toupet de reluquer vos fenêtres, (uiandissaïason baiai.) Que je ne la rencontre jamais plus dans mes escaliers, cette horreur de Ghochotte. (un siieuco.) Mais nous parlions de Miss, qui est en sûreté.
LUCIE
Où donc ?
MADAME PRINTEMPS
Pas loin d'ici... chez Victor, le gros Victor, le marchand de vin du boulevard extérieur... Chez votre ancien... (eiic no dit pas le mot.) Quelque chose de propre encore, que ce particulier !
LUCIE
Vous avez raison : lui, je vous l'abandonne...
(Un silence.)
MADAME PRINTEMPS
J'étais entrée acheter quatre sous de goutte... pas pour moi! une commission... Pendant que le garçon me rendait ma monnaie...
LUCIE
Toujours Charles ?
MADAME PRINTEMPS
Oui... toujours... (continuant.) je crois reconnaître
Miss dans la salle du fond, lorsque tout à coup j'entends : « Madame Printemps!... C'est la concierge à la Pellegrin... Donnez-vous donc la peine d'entrer, madame Printemps ! »
LUCIE, distraite, rêveuse.
La salle du fond... (un temps.) Y a-t-il encore des plantes grimpantes h la fenêtre ?
MADAME PRINTEMPS
Superbes ! (continuant.) Et que vois-je en entrant ? Miss, au milieu de plusieurs dames, Miss comme chez elle, caressée, choyée, bourrée de morceaux de sucre.
LUCIE, étonnée.
Des dames ?
MADAME PRINTEMPS, comptant sur ses doigta.
Elles étaient quatre... La grande Adèle d'abord...
LUCIE
La grande Adèle !
MADAME PRINTEMPS
La grande Adèle, quand je suis entrée, faisait la sauce de son artichaut...
LUCIE
Et puis ?
MADAME PRINTEMPS
Marie la Frisée prenait son mazagran... Héloïse se roulait une cigarette... Enfin l'autre Adèle se tirait les cartes.
LUCIE, cherchant.
Celle-là, je ne la connais pas... L'autre Adèle?
MADAME PRINTEMPS
Une nouvelle venue, débarquée de Nancy, depuis peu.
LUCIE, assise sur son lit.
Et elles vont ramener Miss... Voyons ! madame Printemps, voulez-vous être très, très gentille ?
MADAME PRINTEMI'S, sur la défon^ivo.
Quelque nouvelle fantaisie!... Tenez, vous feriez mieux de prendre votre chloral. (eiic dûbouche un iiacon ci
verse dans une cuillère à café).