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La fin des bourgeois; roman

« J'ai fait de mon esprit, a écrit un jour M. Camille Lemonnier, une maison dont les fenêtres s'ouvrent sur des couchants de pourpre et de métaux, dont les fenêtres s'ouvrent aussi sur de mois clairs de lune. » Cette courte déclaration, à peine commentée, suffirait à caractériser son talent. M. Camille Lemonnier a sans cesse, en effet, regardé la nature et la vie, il a su peindre, de même que les mobiles beautés des paysages, les nuances diverses de l'âme humaine, des plus délicates aux plus brutales, et, semblet-il, les plus brutales surtout.

C'est que, s'il est Wallon par son père, par sa mère il est Flamand, et si du Wallon il a le goût de l'analyse et parfois ce penchant à la rêverie qui incline l'âme jusqu'au mysticisme, il a du Flamand la sensualité exubérante et une sorte d'ivresse de l'oeil devant la splendeur des spectacles de la nature.

Or, il est Flamand plus que Wallon. Aussi a-t-il ouvert plus souvent ses fenêtres sur « les couchants de pourpre et de mé« taux » que sur les « mois clairs de lune ». Et comme du Flamand il a encore la puissance laborieuse,cet écrivain, au génie vigoureux et souple, a depuis sa jeunesse travaillé sans relâche et s'est constamment renouvelé.

« Camille Lemonnier, écrit M. Léon Bazalgette dans la belle étude qu'il lui consacre, suggère toujours quelque chose de véhément et de débordant, d'excessif et d'outrancier comme la vie.

« C'est qu'il est naturellement, du fait de son tempérament et de sa race, un démesuré, en comprenant au sens latin cette qualité de la proportion et de la mesure, dont toutes les choses fortes sont

dépourvues, en première ligne la nature. A l'horreur que l'on devine chez lui de tout ce qui est sec, pondéré, d'une harmonie petite et factice, de tout ce qui se peut symboliser en l'art de notre xvii» siècle, se révèle l'homme du Nord, l'instinctif panthéiste, le primitif qu'ont recréé les forces obscures de la race, le fils des barbares que ne put contaminer l'emprise romaine. Il a bien emprunté l'habit latin pour en vêtir ses conceptions, mais

combien a-t-il dû le découdre et l' retailler, l'élarg; et le transformer pour l'adapter à sa taille. »

Né en 1844, il débuta dans les lettres à dix-neuf ans par un compte rendu du 5ûlon de Bruxelles de i863. En 1870, il publia son premier recueil de contes (Nos Flamands) et en 1879 son premier roman {Un coin de terre). /<||

Son œuvre,^U; sans cesse accrue, comprend aujourd'hui, outre son grand ouvrage, la Belgique, plusieurs volumes de critique, environ vingt-cinq romans dont les plus connus sont : Un Mâle (1881), le Mort et Thérèse Monique (1882), l'Hystérique (i885), Happôr chair (1886), te Possédé (1890), l'Homme en amour (1897) ; dix-huit volumes de contes et nouvelles, et notamment les Charniers, récits de la guerre de 1870, publiés en 187 1 ; Contes flamands et wallons (1875), Ceux de la glèbe (1889), le Bestiaire (1893). Il a fait jouer aussi trois pièces : les Mains, les Yeux qui ont pu et le Mâle (tirée de son roman).

. Le 8 mars igoS, les écrivains et artistes belges célébrèrent avec un très grand éclat le jubilé de celui qu'ils considèrent avec raison comme U premier de leurs maîtres.

Camille Lemonnier

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