‹ La fin des dieuxChapitre 21 sur 130 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

s'enfuir sur la cime des montagnes désertes. Nous ferons renaître de leurs ruines les cités antiques avec leurs palais de marbre étages au dessous des frontons sacrés de l'Acropole, leurs portiques peuplés de peintures et de statues, leur Forum résonnant du chant des poètes, de la harangue des orateurs et de la discussion des philosophes, leur rues jonchées de thym où serpente la théorie des citoyens promenant aux sons d'un orchestre la statue du Héros topique. Sans l'art la Science n'estqu'aridité ; c'est nous seuls qui désaltérons les lèvres humaines. Loin d'ici les fantômes émaciés de ce siècle qui meurt ; c'est outrager la divinité qu'exténuer la créature déjeunes et de pénitences ; nous aussi nous voulons vivre de la vie sans voiles des héros anciens ! Qu'importe que la chair se déchaîne si ses transports sont rythmiques ! Bas les voiles, beaux jeunes gens, contemplez sans rougir ce que n'a pas rougi de produire la Force créatrice, initiez vous à l'admiration de toutes les beautés, musique des lignes, rythme des nuances, mélodie des senteurs, parfum des sons ! Voici qu'il vous est

permis de vivre ! Au banquet où nous vous convions, sous les colonnades de marbre blanc se profilant dans l'azur, au son des flûtes et des cithares, asseyez-vous par couples, parfumés et couronnés de fleurs, livrez-vous au développement harmonieux de vos forces, pensez et chantez, aimez et vivez, ô beaux jeunes gens d'Arles, ô belles vierges d'Occitanie !

UNE TOIX

Les dieux reviennent !

l'abbé de psalmodi

Noble sire, roi d'Arles, empereur d'Occitanie, dominateur de la mer Egée, et toi, Très Saint- Père de tous les fidèles de l'Eglise du Christ, permettrez-vous d'élever la voix au plus humble spectateur de vos fêtes ? Je ne suis qu'un vieillard dont l'esprit desséché et insensible aux séductions d'apparence, n'a la force ni le désir de soulever le voile de la nature ; qu'importe, à l'heure où l'on va se coucher au cercueil, de connaître ici bas la nature des choses ou la per-

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