L'ÉVÊQUE DE MAGUELONE
Frère Norbert, n'oublie pas que tu parles devant le Primat de la Chrétienté toute entière l
FRÈRE NORBERT
Je le sais, mon frère. Je suis donc envoyé vers vous, redoutés seigneurs, pour vous faire part des craintes que dans l'âme de la Chrétienté la conduite de certains d'entre vous ont fait naître. L'heure est sombre, ô rois ! Du Tage au Bosphore les hordes infidèles s'apprêtent à recommencer la guerre ; au lieu de les prévenir, vos croisés paradent sur les mers grecques, et ramassent des diadèmes dispersés sur les flots par la tempête mahométane. Où sont vos armements, sires ? qu'avez-vous fait du tombeau du Christ, chevaliers du Saint- Sépulcre ? quelle est l'efficacité de vos prières, prêtres ? Hélas, hélas, la Chrétienté chancelle ! Oroi René, j'ai vu jadis l'Occitanie sous le règne de ton père Guilhem-au-court-nez, duc d'Aquitaine, et je ne l'ai pas reconnue ; des processions lascives se balancent par les villes ; des hérésies rampent, hideuses, dans les écoles ; sur les forums, des idoles se dressent. O rois, avez-vous fait votre devoir envers ce peuple que Dieu vous avait confié ? Ne le voyezvous pas en proie au Démon à qui je viens