ACTE SECOND
cent vingt rames, elle courait sur les flots comme Sainte-Arachné sur la mer de Tibériade. Que m'importait le triomphe du retour vainqueur au prix de notre réunion d'amour?.. Comme tu me regardes, Chryséis ! C'est bien moi, c'est bien Cléotas qui te parle ! Viens, ô ma très chère. Voici descendre sur la cité le doux crépuscule ; à peine une bande de lueur raie-t-elle le ciel entre Nimes et Saint-Gilles ; sous les arches géantes le fleuve s'enténèbre, les Arènes s'endorment dans la brume comme un monstre accroupi, et les étoiles, une à une, allument leur clignottement d'or. Viens près de moi, ma bien aimée, nous sommes seuls ; les citoyens ont déserté la Place aux hommes, les sentinelles des tours sarrasines ne peuvent nous voir dans l'ombre. O ma douce fiancée, viens étancher la soif que j'ai de te voir et de t'entendre !
CHRYSÉIS
Prince, la brise nocturne est perfide ;n'avezvouspas hâte de prendre un repos mérité par vos exploits?
CLÉOTAS
Enfant, quelle brise me serait maligne, et quel repos meilleur que de rester près de toi ? Mais tu m'évites et ton beau corps, à mon approche, frissonne. 0 ma bien aimée, c'est la divine Pudeur qui t'émeut ainsi ; l'âme des vierges est telle qu'elle s'effarouche même du bonheur et rougit d'écouter les tendres concerts qui s'éveillent confusément en elle. Chère âme, comme toi je respecte la Décence et la Modestie, elles sont fillesduCiel ; maisqu'elles ne t'empêchent pas, ô ma fiancée, de me dire que tu m'aimes 1
CHRYSÉIS
J'aime votre âme, Gléotas, et je donnerais ma vie terrestre pour qu'elle fût ma sœur de la mienne pendant la vie future !
CLÉOTAS
Donner ta vie, Ghryséis ! quelle main la voudrait cueillir ? Tu es sacrée ici-bas comme