ACTE SECOND
LE ROI D ARLES
Monge, ta provocation hautaine me lasse. Oublies-tu que tu parles à l'Empereur romain, roi d'Arles, patrice d'Occitanie, despote de la mer Egée ? Sous mes ordres se rangent cinq royaumes, douze cents seigneuries et trois mille villes libres ; mes flottes peuvent couvrir la mer latine, mes trésors acheter le monde, mes vétérans abattre tous mes ennemis, même le Pape, si son amitié se muait jamais en haine !
NORBERT
Vous l'entendez, vrais chrétiens, c'est lui qui menace ! Pauvre fou, de quoi te serviront tes trésoi s et tes alliés contre la colère des cavaliers du Nord ? Leur tourbillon descendra sur tes villes libres qui flamberont comme des tas d'herbes sèches, et tu chercheras aux portes de la Crau le lieu où existait Arles l'orgueilleuse ! Ah ! tremble de susciter l'ouragan, ô roi ! Confesse plus tôt tes fautes comme le fit ton ancêtre Louis le Pieux.
CLEOTAS
Tu l'enterids, ô roi, et tu ne bondis pas sous l'outrage! Veux-tu que je leur parle à ces oiseaux de malheur ? Arrière, moines au cœur féroce et hypocrite, barbares qui n'avez rien de commun avec notre civilisation ! Voyez ce que la fureur populaire a fait des malheureuses femmes que vous aviez fanatisées et qui erraient par la ville avec des torches et des cris ! Des cadavres lamentables roulés par le fleuve loin du champ-saint des Alyscamps, des squelettes de temples carbonisés, voilà votre œuvre, tristes propagateurs des superstitions du Nord!
TERPANDRE
Sire roi, il est temps de déchirer les voiles ! C'est la lutte décisive qui commence entre l'esprit nouveau et le génie antique. Cette lutte, nous l'acceptons avec joie. Oui, monges, nous rejetons toutes vos croyances, les superstitieuses comme les philosophiques, nous re-