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SUR LES MALHEURS QUI MENAGENT LA FRANGE

Par un ecclésiastique qui annonce la croix de migné huit ans avant son apparition, comme signe de la vérité de son inspiration

Un ecclésiastique d’une vie exemplaire , dit M. Vrindts (p. 44), voyait tout en noir depuis plusieurs années, et on Fen blâmait sans cesse. Il croit apprendre dans T oraison que de grands désastres accableront bientôt la France*, il les annonce dans un temps où le royaume semblait prospérer-, on s’en raille. Il s’associe des personnes d’une rare piété, et fait une neuvaine avec elles; il écrit ensuite une lettre, datée de Fan 1819, qui existe, nous savons en quelles mains , où il annonce un bouleversement général, une révolution terrible, ajoutant qu’il n’y aurait qu’un instant entre ces deux cris qu’on pousserait: Tout est perdu et Tout est sauvé, et que le calme S ' rétabl rait ensuite; et, pour confirmer sa prédiction, il finit par ces paroles : « 11 paraîtra une croix, et si cette croix ne parait pas, que mon secret meure avec moi. » Or cette croix, il en fait une description

1 La Croix de Migné vengée par M. Yrindts, Paris, 1829 . — La Religion constatée , t. TI

qui peint exactement celle de Migné. Et ce prêtre

mourut une année avant l’apparition miraculeuse.

La croix de Migné.

Croix miraculeuse de Migné . — Le 17 décembre 1826 , trois mille personnes étaient assemblées sur une place du bourg de Migné, près Poitiers, pour entendre un sermon. Au moment où le prêtre rappelait à ses auditeurs la croix lumineuse qui apparut à Constantin et à son armée poursuivant l’impie Maxence, tout à coup une croix semblable, grande, et d’une régularité parfaite, se montre dans les airs, au-dessus des spectateurs.

Ce fait est certifié par les témoignages les plus nombreux et les plus positifs. On aurait eu et l’on aurait eneore, si c’était nécessaire, l’attestation des trois mille personnes qui étaient présentes.

Nous allons donner les preuves principales du miracle de Migné.

Voici d’abord une déposition écrite cinq jours seu-

LA CROIX DE MIGNÉ

lement après l’événement. Elle est adressée à l’évêque de Poitiers, dans le diocèse de qui les faits venaient de se passer.

« Monseigneur,

« Nous soussignés, Pasquier, curé de Saint-Porchaire, et Marsault, aumônier du collège royal de Poitiers, réunis depuis un mois et demi à M. Boin- Beaupré, curé de Migné pour donner à ses paroissiens les exercices du jubilé, avons l’honneur de faire part à Votre Grandeur de l'événement extraordinaire dont nous avons été témoins, à la clôture de notre station. La docilité et la ferveur du plus grand nombre des habitants de cette commune nous consolaient de nos travaux; mais nous avions encore à gémir sur la résistance de plusieurs, qui rendaient nuis pour eux les efforts de notre zèle.

» Le dimanche 17 du présent mois, nous avons terminé les exercices du jubilé par la plantation d’une croix, cérémonie à laquelle assistaient deux à trois mille personnes de Migné et des paroisses voisines. La croix étant plantée, au moment où l'un de nous adressait aux fidèles une exhortation, où il leur rappelait celle que virent autrefois Constantin et son armée en marchant contre Maxence, parut dans la région inférieure de l’air, au-dessus de la petite place qui se trouve devant la porte principale de l'église, une croix lumineuse, élevée au-dessus du niveau de

1 Bourg d’environ deu\ mille âmes, situé à une lieue au nord de Poitiers.

L \ CROIX DE MIGNÉ.

la terre d’environ cent pieds; ce qui nous a donné la facilité d’en évaluer à peu près la longueur, qui nous a paru être de quatre-vingts pieds. Ses proportions étaient très-régulières, et ses contours, déterminés avec la plus grande netteté, se dessinaient parfaitement sur un ciel sans nuage, qui commençait cependant à s’obscurcir-, car il était près de cinq heures du soir. Cette croix, de couleur argentine, était placée horizontalement dans la direction de l’église, le pied au levant et la tète au couchant. Sa couleur était la même dans toute son étendue, et elle s’est maintenue sans altération près d’une demiheure. Enfin la procession étant rentrée dans l’église, cette croix a disparu.

» On ne peut, Monseigneur, se faire une idée du saisissement religieux qui s’est emparé des spectateurs à l’aspect de cette croix. Presque tous se sont à l’instant jetés à genoux , en répétant avec transport, et les mains élevées au ciel, le cantique Vive Jésus! vive sa croix!-

» Ce prodige que nous attestons, qu'attestent avec nous les soussignés, et que sont prêts à attester avec eux tous ceux qui en ont été témoins oculaires, a produit d’heureux effets. Dès le soir même, et encore plus le lendemain, plusieurs personnes qui s’étaient montrées rebelles à la grâce se sont approchées du tribunal de la pénitence et se sont réconciliées avec Dieu.

» Migné, 22 décembre 1826.

» Signatures : Pasquier, curé de Saint-Porchaire;

Marsault, aumônier du college royal; Bonin-Beau-

Vive Jésus! vive sa croiccl

pré, curé de Migné; de Curson, maire de Migné;

LA CROIX DE MIGNÉ

Naudin, adjoint; Marrot, fabricien; Sursault, fabricien ; Landry, maréchal des logis de la gendarmerie à Poitiers; Fournier, ancien adjudant sous-officier, et quarante et un autre témoins. »

Voulant que les détails et les circonstances de l’événement fussent constatés avec précision et rigueur, l’évêque de Poitiers nomma une commission d’hommes instruits, qu’il chargea de se rendre sur les lieux et d’y faire toutes les informations désirables. Après avoir terminé leurs enquêtes, les membres de la commission présentèrent le rapport suivant ;

« Monseigneur,

» Votre Grandeur ayant commis, par son ordon-

M. l’abbé de Rochemonteix.

nance du 16 janvier dernier, MM. l’abbé de Roche-

monteix, son vicaire général, et Taury, chanoine honoraire de la cathédrale et professeur de théologie au grand séminaire, pour informer sur l’apparition extraordinaire d'une croix, qui aurait eu lieu à Migné dans le courant du mois de décembre 1826 , ils ont l’honneur de lui exposer que, d’après ses intentions, ils se sont adjoints pour procéder à cette enquête MM. de Curson, maire de la commune, témoin oculaire du fait; Boisgiraud, professeur de physique au college royal de Poitiers 1 ; J. Barbier, avocat, conservateur-adjoint de la bibliothèque de la ville , et V. Larnay, désigné pour remplir les fonctions de secrétaire.

» La commission ainsi formée a pris une connaissance exacte des lieux où le phénomène avait été observé; elle a interrogé plusieurs témoins à la place même qu’ils occupaient pendant l’apparition, et elle en a entendu un nombre plus considérable dans divers autres lieux où la réunion était plus facile.

« Parmi eux, Votre Grandeur distinguera plusieurs agriculteurs, témoins habituels des spectacles variés qu’offre l’atmosphère à ceux qui passent la meilleure partie de leur vie en plein air; plusieurs artisans, accoutumés à juger de la régularité des formes, des proportions et de la grandeur absolue des objets; enfin, un certain nombre de personnes instruites, qui, par leurs connaissances et leur ca-

1 Protestant, et en conséquence naturellement prévenu contre le miracle catholique de Migné.

LA CROIX DE MIGNÉ

ractère moral, assurent le plus haut degré de confiance à leurs dépositions.

» Il a été dressé de toutes les opérations ci-dessus énoncées un procès-verbal détaillé, dont la minute est jointe au présent rapport, avec la description géométrique des lieux et des objets dont la connaissance a paru susceptible d’offrir quelque intérêt dans la matière présente.

» Voici, Monseigneur, ce qui, de l’avis unanime des commissaires de Votre Grandeur, résulte des nombreux documents qu’ils ont recueillis et pesés de concert.

« Le dimanche 17 décembre 1826, jour de la clôture d’une suite d’exercices religieux donnés à la paroisse deMigné, à l’occasion du jubilé, par M. le curé de Saint-Porchaire et M. l’aumônier du collège royal, au moment de la plantation solennelle d’une croix, et tandis que ce dernier adressait à un auditoire d’environ trois mille âmes un discours sur les grandeurs de la Croix, dans lequel il venait de rappeler l’apparition qui eut lieu autrefois en présence de l’armée de Constantin, on aperçut dans les airs une croix bien régulière et de vastes dimensions. Aucun signe sensible n’avait précédé sa manifestation ; nul bruit, nul éclat de lumière n’avait annoncé sa présence. Ceux qui l’aperçurent d’abord la montrèrent à leurs voisins, et bientôt elle fixa l’attention d’une grande partie de l’auditoire, au point que M. le curé de Saint-Porchaire, averti par la foule au milieu de laquelle il s’était placé, crut devoir aller inter-

LA FIN DES TEMPS, rompre le prédicateur. Alors tous les yeux se portèrent vers la croix, qui avait paru tout d’abord exactement formée, et qui était placée horizontalement, de manière à ce que l’extrémité du pied répondît au-dessus du pignon antérieur de l’église, et que la tête se portât en avant, dans le même sens que la direction de cette église, vers le couchant d’été. La traverse qui formait les bras coupait le corps principal à angle droit; chacun des bras, égal à la tête, était environ le quart du reste de la tige.

» Ces diverses parties étaient partout d’une largeur sensiblement égale, terminées latéralement par des lignes bien droites, bien nettes et fortement prononcées, et coupées carrément à leurs extrémités par des lignes droites et également pures.

« Au jugement de plusieurs témoins, ces pièces avaient une certaine épaisseur qui les faisait voir comme un peu arrondies lorsqu’on les regardait sous un angle oblique, et régulièrement équarries lorsqu’on se rapprochait de la verticale.

« Du reste, aucun accessoire ne paraissait tenir à cette croix, ni l’accompagner; toutes ses formes étaient pures et ressortaient très-distinctement sur l’azur du ciel. Elle n’offrait point aux yeux un éclat éblouissant, mais une couleur partout uniforme, et telle, qu’aucun témoin n’a pu la définir d’une manière précise ni lui trouver un objet de juste comparaison. Seulement on s’accorde plus généralement à en donner une idée à l’aide d’un blanc argentin, nuancé d’une légère teinte de rose.

LA CROIX DE MIGINÉ

» Il résulte certainement de l’ensemble des dépositions que cette croix n’était pas à une hauteur considérable; il est même très-probable qu’elle ne s’élevait pas à deux cents pieds au-dessus du sol ; mais il serait difficile de rien tixer de plus précis que cette limite.

« La longueur totale de la tige pouvait être de cent quarante pieds, et sa largeur, à en juger par les données moins rigoureuses, de trois à quatre pieds K

» Lorsqu’on a commencé à apercevoir la croix, le soleil était couché depuis une demi-heure au moins ; et elle a conservé sa position, ses formes et toute l’intensité de sa couleur, pendant une demi-heure environ, jusqu’au moment où on est rentré dans l’église pour recevoir la bénédiction du saint sacrement. Alors il était nuit, les étoiles brillaient de tout leur éclat. Ceux qui sont rentrés les derniers ont vu la croix commencer à se décolorer; ensuite quelques personnes restées au dehors l’ont vue s’effacer peu à peu, d’abord par le pied, et successivement de proche en proche, de manière à présenter bientôt quatre

1 « Comme la situation de la croix était horizontale, on a déterminé la longueur de la partie comprise entre le pied et le croisement des branches, en mesurant la distance qui séparait les spectateurs placés directement au-dessous de ces deux points. Ses autres dimensions, et particulièrement sa largeur, ont été conclues des proportions qu’on leur attribuait entre elles et avec la longueur précédente. Il est facile de s’apercevoir que ces dimensions, beaucoup plus grandes que celles qu’on lui donnait à la vue simple, devaient l’être en effet, comme cela a lieu pour tous les objets très-élevés. » (Note du Rapport.)

LA FIN DES TEMPS, branches égales, sans qu’aucune de ces parties eût changé de *place depuis le premier moment de l’apparition , et sans que celles qui avaient disparu laissassent aux alentours la plus légère trace de leur présence.

» Il paraît qu’aucun observateur ne s’est appliqué à suivre cet évanouissement graduel jusqu’à son dernier terme, mais on sait qu’il était entièrement consommé lorsqu’on est sorti de l’église, immédiatement après la bénédiction.

» La journée où cet événement a eu lieu avait été très-belle, après une suite de plusieurs jours pluvieux. Au moment de l’apparition, Je temps était encore serein et la température assez douce pour que peu de personnes s’aperçussent de la fraîcheur du soir. Le ciel était pur dans toute la région où se montrait la croix, et l’on apercevait seulement quelques nuages dans deux ou trois points éloignés de là et voisins de l’horizon 1 . Enfin aucun brouillard ne s’élevait de terre ni de dessus la rivière, qui coule à peu de distance.

>> Yoilà, Monseigneur, ce qui nous a paru constituer les circonstances matérielles du fait. Quant à son influence morale sur ceux qui en ont été les témoins, nous avons constaté que la plupart furent,

1 « Ces nuages n’ont été vus que par un très-petit nombre de personnes : on ne pouvait, en effet, les apercevoir que de quelques positions toutes particulières, dans lesquelles la vue n’était pas bornée par l’église ou des maisons. » (Note du Rapport. )

LA CROIX DE MIGNÉ

dans l’instant même, saisis d’admiration et d’nn religieux respect. On vit les uns se prosterner spontanément devant ce signe du salut ; les autres avaient les yeux tout mouillés de larmes; ceux-ci exprimaient par de vives exclamations l’émotion de leurs âmes; ceux-là élevaient leurs mains vers le ciel en invoquant le nom du Seigneur : il n’en est presque aucun qui ne crût y voir un véritable prodige de la miséricorde et de la puissance de Dieu.

» Nous avons de même constaté que plusieurs personnes qui avaient résisté à tout l’entrainement des exercices du jubilé, sont revenues, par suite de cet événement, aux pratiques de la religion, dont elles restaient éloignées depuis longues années, et que d’autres, qui par leurs œuvres et par leurs discours semblaient annoncer que la foi était entièrement éteinte dans leurs cœurs, l’ont sentie se ranimer tout à coup, et en ont donné des marques non équivoques.

» Enfin, l’impression produite par ce spectacle extraordinaire a été si vive et si profonde, qu’elle arrachait encore des larmes à quelques-uns de ceux qui déposaient devant nous, après plus d’un mois d’intervalle depuis l’événement.

» Avant de terminer ce rapport, qu’il nous soit permis, Monseigneur, d’exprimer à Votre Grandeur les sentiments qui nous ont été inspirés à nousmêmes par la connaissance plus approfondie que nous avons été appelés à prendre de ce fait. Si nous avons été surpris des particularités qui concernent l’existence physique du phénomène, nous avons ad-

miré bien davantage les conseils adorables de la Providence, qui a fait concourir cet événement avec des circonstances si propres à lui donner les heureux résultats qu’il a eus en effet. Lorsqu’on sait que le hasard n’est qu’un nom, que rien ici-bas n’a lieu sans dessein et sans une cause bien déterminée, on ne peut être que vivement frappé de voir apparaître tout à coup au milieu des airs une croix si manifeste et si régulière, dans le lieu et dans l’instant précis où un peuple nombreux est rassemblé pour célébrer le triomphe de la croix par une solennité imposante, et immédiatement après que l’on vient de l’entretenir d’une apparition miraculeuse qui fut autrefois si glorieuse au christianisme-, de voir que ce phénomène étonnant conserve toute son intégrité et la même situation, tandis que l’assemblée reste à le considérer, qu’il s’affaiblit à mesure que celle-ci se retire, et qu’il disparaît à l’instant où l’un des actes les plus sacrés de la religion appelle toute l’attention des fidèles.

» Arrêté à Poitiers, en séance commune, le 9 février 1827.

» (Signatures.) Les membres de la commission : De Rochemonteix, vicaire général; Taury, prêtre; Boisgiraud aîné; J. Barbier; Victor de Larnay, »

Plusieurs extraits du procès-verbal des dépositions mentionnées dans le rapport qui précède sont sous nos yeux. Nous certifions qu’elles expriment avec un remarquable accord ce que raconte la commission. Après les avoir exposées, les rapporteurs dé-

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clareut qu’ « ils eussent pu facilement en obtenir un nombre plus considérable. »

« Lorsque nous avons été sur les lieux, disent-ils, la foule se pressait autour de nous; les enfants mêlaient leurs voix à celles des personnes plus âgées, pour expliquer dans le plus grand détail tout ce qui concernait l’apparition, et pour faire remarquer certaines circonstances qui, à leur âge, peuvent frapper davantage, et qui avaient fait peu d’impression sur les esprits plus occupés des idées morales qui se rattachent à cet événement. Ce n’est qu’avec peine que nous sommes parvenus à isoler les témoins cidessus désignés pour leur adresser nos questions et recueillir leurs réponses suivant la forme que nous nous étions prescrite. Enfin, lors de notre dernière réunion à Migné, on nous a présenté, peu avant notre départ, une liste de plusieurs individus qui demandaient instamment à être entendus, considérant comme une faveur singulière de pouvoir contribuer par leur déposition à constater l’apparition de la croix.

» Si nous n’avons donc pas multiplié davantage les témoignages écrits, c’est d’une part la difficulté de trouver un espace de temps assez considérable où nous fussions tous libres à la fois des occupations obligées qui concernent chacun de nous, de l’autre 1 espèce d impatience qui se manifestait presque dans toute la France, même parmi des personnes dont les désirs devaient nous commander une haute considération ; mais c’est surtout parce que les dé-

positions déjà recueillies nous paraissaient présenter dans les points essentiels d’une manière bien positive un accord tel, qu’il serait impossible de leur ajouter un plus grand degré de certitude, quel que fût le nombre des témoins qu’on soumettrait à l’examen. »

Lorsque le phénomène arriva, le préfet de laVienne, M. le comte de Gastéja, dont la résidence est à Poitiers, se trouvait à Paris où le retenaient ses fonctions de membre de la Chambre des députés. M. Desplaces-Dessessarts, premier conseiller de préfecture du département, lui écrivit alors pour l’informer de l’événement. La lettre était ainsi conçue :

<i Poitiers, 31 décembre 1826.

* Monsieur le comte,

» Je crois devoir vous entretenir d’un événement très-extraordinaire qui s’est passé à Migné il y a aujourd’hui quinze jours, et qui a eu pour témoins trois ou quatre mille personnes.

» Le dimanche 17 de ce mois, jour de la clôture de la mission pour le jubilé dans la commune de Migné, on a planté une croix, comme c’est l’usage. Le temps ayant été magnifique toute la journée, beaucoup d’habitants des communes voisines et de la ville de Poitiers s’étaient rendus à cette pieuse cérémonie.

» Comme on avait été processionnellement chercher la croix chez le particulier qui en avait fait le don, ce ne fut qu’au moment du coucher du soleil

LA CROIX DE MIGNÉ

qu’elle put être élevée sur le calvaire qui avait été préparé. Lorsqu’elle fut placée, M. l’abbé Marsault, aumônier du collège royal de cette ville et l’un des deux ecclésiastiques qui ont prêché la mission à Migné, monta sur les marches du nouveau calvaire, et

On a planté une croix.

adressa un discours à son nombreux auditoire. Il parla de la croix miraculeuse qui apparut à Constantin lorsqu’il combattait Maxence, il rappela la conversion de Clovis; et à peine avaU-il achevé ces citations, qu’une croix lumineuse d’environ quatrevingts pieds de longueur fut aperçue de tous les assistants. Le soleil était alors couché, le ciel était pur et sans un seul nuage; de sorte que tout le monde put voir que cette croix, située horizontalement au-

LA FJN DES TEMPS, dessus de la petite place qui est devant la porte principale de l’église, était d’une couleur argentine qui tranchait parfaitement* avec l’azur du ciel, et si bien formée, que les deux parties du croisillon étaient absolument égales entre elles, et que ses quatre extrémités semblaient avoir été terminées à la scie. Elle était tellement détachée de ce qu’on appelle le firmament et si près de la terre, que lorsqu’on se plaçait tout près et en face de la grande porte de l’église, on voyait la croix au-dessus de sa tête, et que lorsqu’on s’éloignait de sa première position d’une quarantaine de pas, elle paraissait alors faire un angle de trente-cinq degrés avec le terrain de la petite place dont il a été parlé : d’où il résulterait que l’élévation de cette croix au-dessus du sol n’était que d’environ une centaine de pieds, supposant le pas de deux pieds et demi, et l’angle estimé réellement de quarante-cinq degrés. Au surplus, peu importe la précision de cette circonstance, puisque la proximité de cette croix était telle que ceux qui se trouvaient auprès du calvaire voyaient à leur droite la partie où était le croisillon, et que, lorsqu’ils passaient sous cette même croix et s’en éloignaient à une certaine distance, ils voyaient à leur gauche la partie où était le croisillon.

» Cette croix lumineuse est restée constamment à la même place à peu près une demi-heure, c’est-àdire jusqu’à la nuit. Elle a disparu en s’effaçant lentement , mais sans éprouver de changement dans sa forme. Personne n’a vu cette croix se former, et les

LA CROIX DE MIGNÉ

premiers qui l’ont aperçue l’ont vue tout à coup telle qu’elle vient d’être dépeinte.

« Voilà, Monsieur le comte, le phénomène miraculeux qu’ont vu et examiné près d’une demi-heure trois ou quatre mille personnes, et qu’attesteront par écrit toutes celles qui savent signer. Je vous citerai, parmi ces témoins oculaires, le maire, M. de Curzon, dont je n’ai pas besoin de vous faire l’éloge, puisque vous le connaissez, et que comme moi vous appréciez sa sagesse et ses lumières; le respectable curé de Migné, M. Beaupré ; celui de Saint-Porchaire, M. Pasquier; l’aumônier du collège, M. Marsault; le maréchal des logis de la gendarmerie, le sieur Landry, homme froid et pas dévot, qui, se promenant là pour le maintien du bon ordre, a vu tranquillement tout ce que je viens de vous dire. Il y a sans doute encore beaucoup d’autres personnes remarquables, dont je n’ai point entendu parler.

Mais ce qui vous mettra à même de juger de l’impression qu’ont faite et la mission et l’apparition de la croix lumineuse, c’est que dans une commune qui était loin d’être religieuse, tout le monde, un bien petit nombre d’individus exceptés, tous se sont approchés des autels; qu’il n’y a plus ni haines ni divisions, que tous les habitants ont l’air de ne former qu’une seule famille, et que la joie et la satisfaction sont peintes sur toutes les figures.

3> J’ai l’honneur d’être, etc.

« Le doyen du conseil de préfecture,

« Desplaces-Dessrssarts. «

Plusieurs personnes allèrent de Paris et d’autres lieux au bourg de Migné, afin de s’assurer par ellesmêmes et immédiatement de la vérité des témoignages, du bruit desquels la France commençait à retentir. M. de Ranchin, député du Tarn en 1827 , visita aussi le théâtre de l’événement, et écrivit sur ce qu’il y avait appris une relation qui a été imprimée. Nous en extrairons quelques passages :

« Plus de deux cents témoins oculaires furent entendus par la commission chargée de vérifier les faits; leurs dépositions furent unanimes. Sur trois mille témoins oculaires, dont plusieurs n’étaient rien moins que religieux, pas un ne s’est inscrit en faux contre la réalité de cette apparition sur le lieu même où le phénomène a paru...

» Les incrédules, ne pouvant plus nier le fait en lui-même, voulurent en écarter tout ce qu’on pouvait y voir de surnaturel. »

Après un récit de l’apparition, M. de Ranchin ajoute : « Comme l’église ne pouvait contenir tous ceux qui voulaient y entrer, plusieurs restèrent dehors, devant la porte d’entrée; et, quoique le recueillement ne leur permît pas de détourner la tête, il y en eut quelques-uns qui, étant plus à portée de la croix céleste, s’aperçurent que, dès les premières paroles de la bénédiction, elle avait commencé à s’effacer par le pied, et qu’elle avait totalement disparu à l’instant où le prêtre avait prononcé les dernières paroles...

« J’entendis vêpres à Migné. Je fus édifié à la

LA CROIX DE MIGXÉ

vue d’un peuple naguère si irrespectueux et si insubordonné, et aujourd’hui si doux, si soumis. Ils sont religieux sans ostentation, pieux sans affectation, modestes et recueillis dans leur église. Am dehors et dans leurs familles régnent la paix et la bonne foi. Leurs figures portent toutes l’empreinte de ce calme heureux qui est inséparable d’une bonne conscience. C’est vraiment un peuple régénéré.

» Je repartis pour Poitiers, où je désirais avoir une entrevue avec le maréchal des logis de la gendarmerie. On prétendait qu’il avait retracte sa déposition. J’eus une entrevue avec lui dès le lendemain; je lui demandai s’il avait effectivement donné lieu aux bruits qui circulaient sur sa rétractation. II. me répondit, avec autant d’assurance que d energie,

« que c’était faux, qu’il ne disait que la vérité, et » qu’il avait vu la croix miraculeuse aussi bien et « aussi distinctement qu’il me voyait moi-même, » et qu’il l’attesterait en tous temps, en toutes occa- » sions, envers et contre tous. »

» J’ajouterai qu’il est à ma connaissance que trois personnes, dont l’une était fortement prononcée contre le miracle, ayant été aux enquêtes sur les lieux, en sont revenues tout aussi convaincues que moi. Celui qui s’obstinait à ne pas croire, et qui s’est rendu à l’évidence, est un juge d’instruction. Il m’a fait lui-même l’aveu de son opiniâtreté passée et celui de sa conviction actuelle. Les deux autres sont des personnes de distinction, et dignes de foi, qui habitent la capitale. A la suite de renseigne-

LA FIN DES TEMPS, ments exacts qu’elles se sont aussi procurés sur les lieux, elles ont également acquis la certitude du miracle. »

Un membre distingué de l’Académie des sciences un savant astronome, M. Cassini, a examiné le fait’ Voici le jugement qu’il en a porté : « Nous rions de pitié de ceux qui voudraient comparer la croix lumineuse de Migné à un arc-en-ciel solaire, comme de ceux qui l’assimilent à un arc-en-ciel lunaire. C’est un effet de réfraction, ont dit certains ignorants • dites plutôt de réflexion, ont repris d’autres un peu plus savants... EU! Messieurs, pour expliquer le phénomène à votre manière, il ne vous manque qu’une chose, mais indispensable : un rayon soit du soleil, soit de la lune, qui, étant malheureusement absents, n’ont pu donner lieu ni à réflexion, ni à refraction, ni à arc-en-ciel ; d’autant qu’il n’y avait ni nuages, ni vapeurs, ni pluie. Cherchez donc quelque autre explication d’une apparition dont trois mille témoins déposent, qui pendant une demi-heure et a une hauteur qui excédait cent pieds, a subsisté sans mouvement, sans altération, sous des formes bien nettes, bien tranchées. C’est ce que nous portons défi d’attribuer raisonnablement à une cause physique naturelle. Et notre opinion sur ce point est appuyee de l’autorité de plusieurs savants, faits pour prononcer sur une telle matière. Mais que ce météore, enfant de tant de hasards et de puissances mystérieuses si contraires, soit venu se placer dans ce lieu a point nommé, lorsque le prédicateur par-

LA CROIX DE M1GNÉ

lait de la croix apparue à Constantin ; que ceux qui l’ont vu, subjugués par tous les sentiments religieux,

Constantin converti.

aient cédé à la puissance du miracle; que des savants distingués, au nombre desquels il y en avait d'une opinion peu favorable à la croix, l’aient attesté; qu’i\s aient concouru à établir la nature et la vérité de ce fait extraordinaire, qu’il soit cru miraculeux par une foule d’hommes sans préjugés comme sans préventions, dont la modestie, amie de la science et de la vérité, examine avec connaissance et discute avec calme ; que des magistrats, des ministres de la religion, voisins des lieux, et obligés

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