PROPHÉTIE DE L’ABBÉ WERDIN
L’abbé Werdin vivait dans le treizième siècle, d’après Fauteur qui a recueilli sa prophétie. Il est mort le 6 des kalendes de novembre 1279. Cette prophétie a été imprimée, en 1600, dans un recueil en 2 volumes in-fol., t. II, p. 1007, sous le titre de Vaticinium memorabile. J. B. de Rocoles en a rapporté un passage dans son Introduction générale à V histoire \ passage que la Gazette de France a reproduit dans un de ses derniers numéros. Nous citerons seulement la traduction en faisant usage de celle qu’a donnée M. Dujardin dans son excellent recueil intitulé VOracle.
«. Moi, abbé Werdin, d’Otrante, averti par mon ange gardien que le temps de ma mort approchait, j’ai écrit sur ce parchemin les événements qui m’ont été révélés et qui doivent arriver à l’ouverture du sixième sceau. Et je les ai serrés dans cette petite cassette de marbre, recommandant, en vertu de la sainte obéissance, à Jacques d’Otrante et à Maur de Palerme, mes disciples chéris, de la déposer dans mon tombeau avec mon cadavre.
» Lorsque sur la chaire de Pierre brillera une étoile éclatante, élue contre l’attente des hommes,
1 2 vol. in-12, Paris, 1672. Bibliothèque royale , G. 1449. — Bibliothèque Sainte-Geneviève, G. 501.
au sein d’une grande lutte électorale, étoile dont la splendeur illuminera l’Église universelle, le tombeau qui renferme mon corps sera ouvert.
» Ce bon pasteur, gardé par les Anges, réparera bien des choses. Par son zèle et sa sollicitude, des autels seront construits et des églises détruites seront relevées.
» Alors un gracieux jeune homme de la postérité de Pépin 1 , se trouvant en pays étranger, viendra pour contempler la gloire de ce pasteur; lequel pasteur placera, d’une manière admirable, ce jeune homme sur le trône de France jusque-là vacant. Il le couronnera et l’appellera lui-même en aide dans son propre gouvernement. Après un petit nombre d’années, cette étoile s’éteindra, et le deuil sera général, car avec elle, en ce même temps, sera enseveli l’Aigle septuagénaire, qui laissera son aiglon sous la garde des premiers de la nation. De là tout tournera au pire. La bête dont la férocité est inouïe, qui porte une queue remplie du venin le plus amer, entrera dans sa demeure, et une quantité innombrable de serpents se multipliera.
» C’est pourquoi, quand le temps sera venu, ils pénétreront dans toutes les chambres des ecclésiastiques, et noieront dans des flots de sang les dignités sacerdotales. Et telles seront, dans tous les coins de la terre, la faim et les angoisses, que la plus grande partie des hommes appellera la mort. En ce
1 On sait que les Capétiens ont la même origine que les Carlovingiens.
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temps-là, nombre de villes périront victimes des guerres civiles et étrangères, principalement en Ita-
Les Turcs souilleront Venise.
lie, tant au royaume de Naples qu’en Toscane. Malheurs si à craindre, malheurs si effrayants, que l’imagination n’en peut concevoir de plus ter-
ribles!... Otrante, ma patrie, sera de nouveau ravagée par le Dragon mahométan. Rome sera singulièrement ébranlée. Florence aussi sera frappée alors, elle attend la vengeance sous son chef apostat.
» Le nid des philosophes sera également agité, et Gênes sera exposée aux incursions de l’ennemi. Ainsi l’annonce le Seigneur. Les Turcs, avec des peuples qui seront en ce temps-là, souilleront Venise, et y livreront bataille à l’improviste. Tout le royaume de Sicile périra. Que Dieu soit propice à ses serviteurs I Beaucoup de monastères seront abîmés sous le venin de l’Aigle du Nord. Il y aura une grande effusion de sang à cause de deux combats entre les Français'et les Hollandais. Oh/ qu’il est à désirer que Dieu détourne sa colère ! «