INTRODUCTION
On se propose d'étudier ici ce mouvement de retour à l'antique qui, à partir de la seconde moitié du xvme siècle, s'est propagé dans la littérature et dans l'art jusqu'aux approches du romantisme, bien loin de s'être limité à quelques petits groupes isolés et à quelques œuvres particulières. Ce mouvement est conforme à l'essence même du classicisme, dont le principe fondamental est limitation. Il a été favorisé chez nous par diverses circonstances historiques que nous étudierons, mais c'est surtout dans le paganisme croissant des mœurs et dans la disparition ou l'affaiblissement de l'idée religieuse qu'il faut en chercher le principe. Il a échoué pour diverses raisons, mais spécialement parce que les Français d'alors ne surent pas ou ne voulurent pas m' dégager de la discipline classique, telle qu'elle s'était constituée au xvn° siècle. Ils furent trop personnels, trop exclusivement français ; ils n'arrivèrent pas à sortir de soi pour retrouver et recréer
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en eux l'âme des civilisations antiques; et, d'autre part, ils continuèrenl à voir dans l'imitation tout extérieure la loi suprême de l'art; ils l'exagérèrent même comme aucun des vrais classiques ne l'avait fait. Dans ces coud il ions, revenir à l'antique, c'était revenir en arrière ; c'était prétendre recommencer toute une évolution historique. Mais comme Ions les mouvements rétrogrades, celui-ci ne devait pas aboutir. Il n'accuse que l'impuissance et la stérilité; el ainsi ce retour à l'antique, par son échec même, n'a l'ail que manifester la ruine Au classicisme.
Il faut envisager les choses de celle façon pour s'expliquer les tentatives antiquisantes de David et d'André Chénier. D'ordinaire, quand on arrive à celui-ci, on est fort embarrassé. Par certains côtés de son œuvre, il ne ressemble à aucun de ses contemporains. Aussi ne voit-on en lui qu'un cas curieux d'atavisme; ce seraient ses ancêtres grecs de Galata qui auraient légué à ce nouvel Hellène sa passion d'antique poésie, avec le don de la Grâce et le sens «le la Beauté. Dans tous les cas, Chénier reste un véritable accident dans l'histoire de noire littérature : en apparence il ne se rattache à personne et ne conduit à rien. — D'un autre côté, la peinture de David ne constitue pas un phénomène moins étrange, bien qu'on essaie de l'expliquer par l'influence de Raphaël Mengs et par le voisinage de la publication du Jeune Anacharsis, ou encore et surtout par l'engouement qu'excitèrent les découvertes d'Herculanum et de Pompéi. Au fond, on n'y voit guère