‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 32 sur 281 · A. Maury, L'ancienne Académie des Inscriptions, p · texte numérisé non relu

A. Maury, L'ancienne Académie des Inscriptions, p

Parmi les laïques, il faut placer à côté de Du Gange le janséniste Le Nain de Tillemont avec son Histoire des Empereurs et ses Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles de VÉglise *. Mais les laïques sont en minorité parmi les érudits. Au xvni® siècle, presque tous les académiciens des Inscriptions seront .^des gens d'Église et d'Université ; c'est ce qui explique en partie que l'érudition se soit maintenue : les gens de collège avaient généralement peu de contact avec le monde et, par métier comme par tradition, ils étaient intéressés à étudier et à défendre les deux antiquités. L'abbé Massieu et Vauviiliers, qui s'occupèrent de Pindare, étaient professeurs de grec au Collège Royal. Larcher, le traducteur d'Hérodote, était répétiteur au collège Mazarin ; Fourmont l'épigraphiste, Barthélémy le numismate étaient d'Église.

Peut-être, pour bien comprendre la direction qu'a suivie l'Académie des Inscriptions au xviii® siècle, fautil insister sur l'esprit de son institution : une chose qui frappe surtout dans le règlement de 1706, c'est la part considérable qui y est faite aux études archéologiques *. De là, peut-être, en tenant compte de la faiblesse de la philologie proprement dite, la prépondé-

1. Histoire des empereurs et des autres princes qui ont régné pendant les six premiers siècles de VÉglise, Paris, 4690-1704, vol. in-4. — Mémoires pour servir à Vhistoire ecclésiastique des six premiers siècles de VÉglise, Paris, 1663-1712, 16 vol. in4.

2. Le règlement disait : * Elle (l'académie) travaillera encore sans délay à l'explication de toutes les médailles, médaillons, pierres et autres raretez antiques et modernes du cabinet de Sa Majesté, comme aussi à la description de toutes les antiquitez et monuments de France ». Et le règlement ajoutait : « Gomme la connaissance de Tantiquité grecque et latine et des auteurs de ces deux langues est ce qui dispose le mieux à réussir dans ce genre de travaux, les académiciens se proposeront tout ce que renferme cette espèce d'érudition, comme un des objets les plus dignes de leur application ». Histoire de V Académie, des Inscriptions, t. I (Introduction).

rance, dans les mémoires et les comptes rendus, de Tarchéologie et de l'histoire sous toutes leurs formes et en même temps la décadence croissante de la philologie classique. Il ne faut pas oublier non plus que FAcadémie, à Forigine, n'a été qu'un dédoublement de l'Académie française : de là encore un souci du bien dire, une préoccupation du monde, un désir de briller, qui ne s'accordaient pas toujours avec les méthodes sévères d'une bonne érudition. Les premiers éditeurs de l'Histoire de l'Académie nous avertissent qu'ils ont été obligés d'exclure de leur recueil < quantité de poésies latines et françaises >, qui avaient « agréablement rempli quelques séances * *. Cette veine de frivolité subsistera jusqu'à la fin de l'ancien régime et c'est peut-être ce qui nuira le plus à l'Académie, même aux yeux des gens du monde et des littérateurs. Elle se montrera aussi trop empressée à accueillir de simples gens de lettres comme Fontenelle ou Duclos, ou bien des savants un peu minces comme Chabanon ou Daciert qui n'avaient d'autre recommandation qu'un petit talen, littéraire et leurs relations mondaines.

Cependant on croirait plutôt le contraire, au moins dans les premiers temps, quand on parcourt les comptes rendus de ses séances : le pédantisme s'y étale, grâce aux recrues abondantes que fournissait l'Université. Il y a trop de dissertations qui sentent la classe et qui n'en dépassent guère le niveau : Querelle entre les partisans dllomère et ceux de Virgile, par Boivin le cadet, — Parallèle d'Homère et de Platon, par l'abbé Massieu, — Dissertation sur Vessence de la poésie, par Racine le fils, — Dissertation où Von examine s'il est nécessaii e qu'une tragédie soit en cinq actes, par l'abbé Vatry ^. — A côté de cela.

1. Histoire de r Académie des Insa'iptions, t. I, Introduction.

2. Op. cit., I, p. 176. — II, p. 136. — VI, p. 245. — Vlll, p. 188.

48 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A L'aNTIQUE.

des travaux solides que gâte un pédantisme naïf, comme dans cette phrase de Boivin le cadet, début d'une dissertation sur deux vers d'Horace : < Il s'agit de savoir si celui qui beuvoit ternos tercyathos beuvoit neuf coups, ou s'il n'en beuvoit qu'un •. Ou bien des titres comme celui-ci, annonçant une érudition vétilleuse ou ridicule : € Pourquoi les cygnes qui chantaient autrefois si bien chantent aujourd'hui si mal * >. -- Ou encore : t Pourquoi on fait ses souhaits en faveur de ceux qui éternuent^ ».

Il va sans dire qu'en général cette lourdeur dans la forme n'enlevait rien au sérieux du fond. D'ailleurs on travaillait beaucoup à l'Académie des Inscriptions. Boivin l'aîné, un des plus robustes et un des plus infatigables, s'emportait contre les vacances ' et déclarait qu'il les choisirait pour mourir parce qu'alors il n'avait plus rien à faire. Cependant on ne voit pas qu'au début ce labeur ait été bien fécond. En ce qui concerne l'antiquité classique, la critique des textes n'existe pour ainsi dire plus. A peine, de loin en loin, une restitution ou une correction d'après les manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Mais en revanche beaucoup de traductions : Hardion traduit la quatrième idylle de Théocrite et la fait suivre d'un discours sur les différentes classes de bergers siciliens *. L'abbé Massieu traduit plusieurs odes triomphales de Pindare \ Plus tard encore Dupuy donnera quelques fragments traduits de Sophocle et d'Euripide avec des remarques critiques «. Mais ce serait tout un travail que d'énumérer les traductions dues aux académiciens, depuis celle de l'abbé Gédoyn

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