VII
98 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.
des passions extrêmes et l'impression touchante ou terrible qui s'en dégage. Comme Voltaire, mais toujours plus radicalement que lui, Diderot estime que nos tragédies françaises n'excitent que des émotions superficielles, qu'elles ne serrent pas assez le cœur, qu'elles n'ébranlent pas assez l'imagination. Il oppose à nos dramaturges les grands tragiques grecs : € Eschyle, Sophocle et Euripide ne veillaient pas des années entières pour ne produire que de ces petites impressions passagères qui se dissipent avec les fumées d'un souper. Ils voulaient profondément attrister sur le sort des malheureux; ils voulaient non pas amuser seulement leurs concitoyens, mais les rendre meilleurs.... Ils avaient trop de jugement pour applaudir à ces imbroglios, à ces escamotages de poignards, qui ne sont bons que pour les enfants *.... > Par conséquent n'ayons pas peur d'être énergiques, violents, sauvages même. Pour Diderot, la vérité, le naturel dans le drame, c'est tout cela : « Je ne me lasserai ' point de crier à nos Français : La vérité! ! la nature! es anciens! Sophocle, Philoctète. Le poète l'a montré sur la scène, couché à l'entrée de sa caverne et couvert de lambeaux déchirés. Il s'y roule, il y éprouve une attaque de douleur.... La décoration était sauvage, la pièce marchait sans appareil. Des habits, des discours vrais, une intrigue simple et naturelle '. »
Une des choses qui l'ont plus vivement frappé dans e théâtre grec, c'est la clarté et la beauté plastiques des scènes. C'est une idée qui est chère à Diderot; il y est revenu sans cesse : composer une scène comme un tableau, ou un bas-relief, la faire valoir par le groupement des personnages ^, par la beauté et l'énergie des
i. Paradoxe» sur le Comédien.