Ann., VII
4. Fragments inédits de Diderot, Revue d^ histoire littéraire de la France, 15 avril 1894, p. 173. . ,, ,^, ;* .;
parut en plein romantisme (1830). Et puis lui-même est convaincu que le préjugé français sur la tragédie est invincible. L'orgueil national s'en mêle et il ne ferait pas bon dire la vérité. Après avoir montré les défauts de la tragédie française : t Que s'en suit-il de là? — Ah! trattre, vous n'osez le dire et il faudra que j'encoure l'indignation générale pour vous. Cent que la vraie tragédie est encore à trouver et qu'avec leurs défauts les anciens en étaient peut -être encore plus voisins que Jious *. » La conclusion, c'est qu'il faut se résigner au goût régnant : « Poètes, travaillez-vous pour une nation délicate, vaporeuse et sensible, renfermez-vous dans les harmonieuses, tendres et touchantes élégies de Racine; elle se sauverait des boucheries de Shakespeare.... Si vous osiez leur dire avec Homère : « Où vas- tu, malheureux? Tu ne sais donc pas que c'est à moi que le ciel envoie les enfants des pères infortunés ; tu ne recevras point les derniers embrassements de ta mère; déjà je te vois étendu sur la terre, déjà je vois les oiseaux de proie assemblés autour de ton cadavre, t'arracher les yeux de la tête, en battant les ailes de joie? » toutes nos femmes s'écrieraient en détournant la tète : t Ah! l'horreur! ^ , Ce qui revient à dire encore une fois que le grand obstacle à toute rénovation littéraire au xviii« siècle c'a été, avec la société, les formes d'art qu'elle s'était créées au xvii® siècle. Il faudra la Révolution pour rendre possible une littérature nouvelle par la forme comme par le fond. Diderot semble l'avoir pressenti : « Quand verra-t-on naître des poètes? Ce sera après des temps de désastres et de grands malheurs, lorsque les peuples harassés commenceront à respirer. Alors les imaginations ébranlées par des spectacles terribles peindront
1, Paradoxe st^r le Comédien.
des choses inconnues à ceux qui n'en ont point été les témoins *. » — En attendant, Diderot est un de ceux qui ont le plus contribué à exciter le désir d'une beauté neuve. Mais ce qu'il faut dire surtout, c'est qu'il a au moins autant regardé du côté des anciens que des Anglais modernes et que, s'il souhaite une réforme, bien loin de vouloir rompre avec la tradition antique, c'est à elle au contraire qu'il prétend la rattacher 3.
Si vive qu'ait été l'admiration des classiques pour les grands poètes et les grands orateurs de l'antiquité, peut-être leur goût allait-il plus naturellement vers les moralistes et les historiens. L'histoire romaine était une prédilection, où le patriQj;isme entrait sans doute pour beaucoup ^. En tout cas on retrouve là l'indice de l'esprit positif de la race. Ce culte de l'histoire et de la morale antique (et l'on sait que les anciens eux-mêmes ne les séparaient pas l'une de l'autre) était une vieille tradition qui remontait au temps de la Renaissance, à Amyot et à Montaigne *. Au xvii« siècle et surtout au