Corresp. liU., Xlï, p
5. On critiqua cependant le jeu et le costume de M"° Raucourt : « un Grec lui aurait conseillé de sacrifier aux grâces; le bon goût devait lui conseiller aussi de ne pas jouer la statue en panier : un panier n'est pas antique «». La Harpe, cité par Adolphe Jullien, Histoire du costume au théâtre, p. 284. Mêmes critiques dans la Corresp. litt., XI, p. 141.
sage de Tite-Live ' concluait en ces termes : « Si nos compositeurs de ballets ne se sont pas appliqués... à rendre la danse une pantomime du chant, ils n'en ont pas mieux fait : si l'on ne peut pas dire qu'alors ad manum cantatur, c'est un défaut essentiel. Cet ad manum cantatur des anciens serait l'éloge le plus parfait qu'on put faire de la musique et d'une danse pantomime. » Noverre s'efforça de réaliser le souhait du philosophe. Tour à tour maître de ballets à Berlin, à la cour du duc de Wurtemberg, à Milan et à Vienne, il joignait à une grande pratique une très réelle et très intéressante originalité. Appelé en 1770 à la direction des ballets de l'Opéra, il entreprit de mettre à exécution les réformes et le programme qu'il avait annoncés dès i 760 dans sa Lettre sur la danse.
Il ne s'agissait de rien moins •— il le dit lui-même — que de renouer la tradition des Pylade et des Bathylle et même de perfectionner leur art, en associant la danse moderne à la pantomime : celle-ci devait acquérir ainsi c un charme qu'elle n'eut ni chez les Grecs ni chez les Romains * ». Le ballet allait devenir un genre indépendant, une pièce ayant son intrigue et son unité et se proposant le même objet que la poésie dramatique, c l'expression naïve des affections de l'âme ^ ». Noverre le définissait : c une peinture vivante des passions, des mœurs, des usages, des cérémonies et du costume de tous les peuples de la terre ». Remarquons en passant que la pantomime, comme la déclamation, comme toutes les branches de l'art au xviii® siècle, prétend s'inspirer de l'histoire, et que, bien avant le romantisme, elle vise, elle aussi, à
1. Fragment inédit publié par M. Tourneux, Bévue d'histoire littéraire de la France, 15 avril 1894.
2. Noverre, Lettre sur la danse et les ballets (Avertissement).