‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 232 sur 250 · Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, VI, p. iOi · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, VI, p. iOi

•2. Les contcmpornins eux-mêmes croyaient k cette imitation, comme le prouve ce fraf^mont de lettre de Soumet à J. de llességuier : <■ J"ai entendu des vers ravissants d'un jeune homme nommé Alfred de Vigny; c'est une élégie intitulée la (sic) Somnamltule et inspirée par André Chénier. » Cité par Biré, op. cit., p. 153.

Ailleurs c'est le tour qui est rejjroduit :

Ma, lorsque j'entends ta voir, ta jeune voi.r. {La Dryade.)

Ces mairm. ces vieilles 7nains orneront la statue.

déjeune Malade.)

Plus tard encore, il aura des coupes qui rappelleront celles de Chénier :

...".. Elle jouait en marchant, toute belle, Toute blonde, amoureuse et Hère: el c'est ainsi Qu'ils allèrent à pied jusqu'à Montmoremy.

{Les amants de Montmorency.)

Muses, vous savez tout, ô déesses; || et nous Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous.

{L'Aveugle.)

U aura enlin un i)roccdé déjà très employé i)ar Chénier et qu'il développera, — celui des comparaisons continuées commençant par ainsi ou quand :

Ainsi, quand de l'Euxin la déesse étonnée... {Hermès.) Quand Junon, sur l'Ida, plut au niailre du monde...

{L'Art d'aimer.)

Ainsi le grand vieillard, en images hardies^. Déployait le tissu des saintes mélodies. {L'Aveugle.)

Quand l'ardente saison fait aimer les ruisseaux...

{L'Art d'aimer.)

Vitrny dira ^

Ainsi dans les forêts de la Louisiane... {Eloa.) Quand la vive hirondelle est enfin réveillée...

{La Dryade.)

Il emploie aussi, comme Chénier. les apostrophes et

les interi'ogations. dont Musset abusera dans liolln.

C'est un moyen de forcer l'attention, surtout au début

dune pièce :

Vois-tu ee vieu.v tronc d'arbre aux immenses racines?

{La Dryade.)

Déjà, mon jeune époux :' Quoi :' l'aube parait-elle?

{Le Somnambule.)

André Chénier avait écrit :

Qui? moi? moi de Pha-hus le dicter les leçons? (Élégies.)

Pourquoi. l)ellc Chrysé, t'abandonnanl aux voiles, T'éloignor de nos bords sur la foi des étoiles? (Chrysé.)

Tout cela va se retrouver dans Musset qui, lui du moins, n"a pas essayé de cacher ses emprunts à Chénier : encore en 18^0 il compose une pièce sur un vers de lui :

Un vers d'André Chénier chantait dans ma mémoire '.

D"autre part nous savons, par Sainte-Beuve, qu"il avait commencé par limiter. Parlant dune première entrevue, où Musset lui avait lu de ses vers, Sainte-Beuve ajoute : « Il m'en récita de charmants, un peu dans le goût dAndré Chénier - ». Son frère nous a conservé d'ailleurs un fragment de ces premiers essais :

Il vint près des figuiers une vierge d'Athènes, Douce et blanche, puiser l'eau pure des fontaines. — De marbre pour les bras, d'ébène pour les yeux — Son père est Noëmon de Crète aimé des dieux; Elle, faible'et rêvant, mit l'amphore sculptée Sous les lions d'airain pères de l'eau vantée Et féconds en cristal sonore et turbulent 3.

Par-ci, par-là, on rencontre des réminiscences de Chénier, attestant une lecture attentive :

Adieu! la blanche main sur le clavier d'ivoire Durant les nuits d'été ne voltigera plus. (Lucie.) Adieu, mon Clinias, moi, celle qui te plus, Moi, celle qui t'aimais, tu ne me verras plus! (Xéère.)

Pleure, fille adorée. (Lucie.)

Pleure, pleure, c'est moi! pleure, fille adorée.

(Chénier, p. 62, v. 11.)

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