PREFACE. XJ
pour voir que cet état bâtard de choses n'avait aucune chance de durée; mais alors même que l'auteur aurait eu la conviction intime qu'on renverrait sitôt M. Guizot à ses histoires, Tauteur n'en aurait pas moins persisté à son œuvre. Les grands mots de respect au malheur n'ont jamais eu moins de valeur que dans notre siècle. Il est nombre de gens honnêtes et considérables qui échangeraient avec joie leur condition contre telle ou telle infortune. D'ailleurs, le mal qu'a fait la doctrine subsiste, et il subsistera long- temps. C'est à ces profonds penseurs que nous sommes redevables de l'embarras de notre situation;
Xlj PRÉFACE.
ils nous ont emmaillotés dans des questions
>j de légalité et de principes qui ont mis obstacle
t'*' a toute marche; et veuille le ciel qu'ils ne
nous aient suscité que des embarras ! . . . Pour quiconque est un peu habitué à lire dans les événemens, l'avenir n'a jamais été plus
sombre.
Un fait grave doit frapper les yeux les moins «; clairvoyans; c'est que, depuis la dernière se-
maine de juillet, l'opposition n'a pas changé de banc. A la Chambre, dans les journaux, ' dans le public, les hommes qui ont lutté
contre le ministère de Charles X luttent .,, contre le ministère de Louis-Philippe. 11 y a
PRÉFACE. Xllj
plus : tout ce que Paris reiiferme d'hommes studieux , a renoncé aux paisibles occupations du cabinet pour se jeter dans le turbulent domaine de la politique ; l'artiste de nos jours qui a le plus de poésie dans l'âme, de cette poésie rêveuse, intime, détachée des choses de la terre , a été contraint de laisser là ses douces émotions de poète, pour se livrer aux
fatigues d'une polémique quotidienne
Pourquoi cela? Ne voudra-t-on pas voir enfin que nous sommes tous intéressés à ce qu'il n'y ait pas une troisième révolution, et que le seul moyen de la prévenir, c'est d'achever la première?
Xiv PRÉFACE.
Assurément i'auteur n'a pas la prétention d'exercer, avec une œuvre d'imagination , une grande influence sur l'opinion publique. Il a choisi cette forme parce qu'elle allait à ses goûts, et parce qu'il lui semblait qu'elle donnait plus de relief à ses idées. A son sens, la politique doctorale est la chose la plus aisée et la plus inutile qui soit au monde; peutêtre le temps est-il venu de tenter une alliance entre la littérature et la politique.
Avant de finir , il prie le lecteur de considérer que ceci n'est point une affaire de mauvaise humeur et de parti pris ; c'est un livre