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une de ces harangues dévotes qui font la joie et l'admiration d'Eusèbe. Elle est très vive contre les païens; il y rappelle longuement la dernière persécution, flétrit les violences exercées par Dioclétien et Galérius ; mais quand on s'attend qu'il va prononcer des paroles de vengeance, il s'arrête court pour nous dire « qu'il aurait bien voulu supprimer les cérémonies des temples et tout ce culte de ténèbres, s'il n'avait craint que l'affection de certaines gens pour des erreurs coupables ne fût trop ancrée dans les cœurs ». Il se résigne donc à souffrir ce qu'on ne pourrait empêcher sans violences, ce Qu'ils gardent leurs temples de mensonge, puisqu'ils y tiennent ; nous autres, nous conserverons cette éclatante' maison de vérité que nous tenons de Dieu. » Et voici quelle est la conclusion véritable du discours, qui ne répond guère aux emportements du début : « Personne n'en doit gêner un autre, et chacun peut faire comme il l'entend'. »
A-t-il été jamais plus loin, et peut-on l'accuser sur de bonnes preuves d'avoir détruit vers la fin de sa vie cet édit de tolérance qui avait fait l'honneur de ses premières années? la question est obscure et les contemporains l'ont résolue en sens inverse. Pendant que Libanius soutient qu'il n'a rien changé au culte légal, et que sous lui les céiémonies se sont accomplies comme auparavanl% Eusèbe et les écrivains ecclésiastiques affirment sans aucune restriction qu'il a fermé les temples cl entièrement aboli les sacri fiées \ Leurs assertions s'appuient sur des faits certains : nous savons en effet qu'il lui est arrivé de dépouiller certains temples pour enri-
1. Eusèbe, Vita Const., II, 41-00. — 2. Liliaiiiu>, Pro Tcniplis. — 3. Ku- S('bo, Vita Coiisf., II, 45.
chir ses favoris ou décorer sa capitale improvisée, et qu'il en a laissé détruire d'autres par des fanatiques sous des prétextes futiles. Il y a plus : Constance, lorsqu'en 540 il interdit de sacrifier aux dieux, s'appuie sur une loi de son père, qui l'aurait défendu avant lui ^ Nous n'avons pas conservé cette loi, mais il me paraît bien difficile d'en contester l'existence; seulement, comme personne n'en a rien dit et qu'elle ne paraît pas avoir été exécutée, on peut croire que Constance en a forcé le sens, et qu'elle contenait moins des prescriptions formelles que des menaces vagues, pour effrayer les indécis et hâter quelques conversions qui se faisaient attendre. Quoi qu'il en soit, si l'édit de Milan n'a pas été tout à fait déchiré à cette occasion, si la tolérance, au moins en principe, existait encore à la fin du règne de Constantin, les injures, les menaces qu'il prodigue alors à l'ancien culte, nous montrent qu'elle était fort compromise : ce sont comme les grondements d'un orage qui approche et qui ne tardera pas à éclater.
Comment l'Eglise a-t-elle accueilli l'édit de Milan? — Ses dispositions "a l'égard des païens, des chrétiens et des schismatiques. — Affaire des donatistes. — Polémique de saint Augustin contre eux. — Conférence de Carthage. — Intervention du pouvoir civil dans la punition des hérétiques. — Comment saint Augustin la justifie. — Résultats de cette intervention.
Il nous reste une question importante à étudier : comment l'Église a-t-elle accueilli l'édit de Milan? Lui a-t-elle
I. Cod. Tlieod., XVI, 10. 2 : Quicumquc contra legein divi Parentis nos- (n\ otr.
été tout d'abord favorable ou contraire".' Se trouvait-elle parmi ceux qui essayèrent d'en assurer l'exécution ou ceux qui à la fin l'ont fait échouer?et dans cet échec, qui fut un malheur pour l'empire, quelle part convient-il de lui assigner?
Il est vraisemblable, je crois du moins l'avoir montré tout à l'heure, qu'elle ne l'a pas directement inspiré à Constantin, et qu'il est du à l'initiative du prince. Mais il était conforme à l'esprit même du christianisme. C'est lui, on vient de le voir, qui protesta le premier contre la persécution religieuse, et il ne protesta pas pour lui seul. Je ne puis pas croire que, lorsqu'il demandait au culte officiel de respecter les autres cultes, il n'eût en vue que son intérêt propre et son danger présent. Rappelons-nous ces nobles paroles de Tertullien : « Il n'appartient pas à une religion de faire violence à une autre. » Cette phrase, dans sa généralité, s'applique à tous les cultes; il n'y a pas moyen, quoiqu'on l'ait essayé', d'en restreindre la portée ; c'est véritablement un principe que Tertullien proclame. On peut en vouloir à l'Eglise d'être devenue plus tard l'ennemie acharnée de la tolérance, mais il ne faut pas oublier qu'elle l'a réclamée avant tout le monde.
A la vérité elle était alors proscrite, persécutée, et ne se doutait guère qu'elle monterait un jour sur le trône. Tertullien regarde comme une vérité qui n'a pas besoin d'être démontrée que les césars ne pouvaient pas être chrétiens*. Lorsque, contre toute attente, Constantin se fut converti, il n'est pas étonnant que cet événement