‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 18 sur 126 · Sailli Augustin. EpisL. 93. Voyez aussi S6 et · texte numérisé non relu

Sailli Augustin. EpisL. 93. Voyez aussi S6 et

L'KDIT DE MILAN. 01

je ne puis me défendre d'une sorle d'émotion douloureuse : je songe aux lerribles conséquences qu'on en a tirées; je revois par la pensée toutes les victimes qu'elles ont faites. L'Eglise se les est appropriées dès le v"" siècle, et en a fait la règle de sa conduite. Elles ont été appliquées sans pitié pendant tout le moyen âge et ont répandu des flots de sang. La réforme elle-même, qui changea tant de choses, ne renonça pas à les invoquer. Au xvif siècle, les assemblées du clergé s'appuyaient sur elles pour demander au roi, avec une obstination cruelle, de supprimer l'hérésie. Elles s'étaient tellement emparées de tous les esprits que personne alors ne réclama contre l'usage qu'on en faisait. Il ne manquait pas de gens sages, éclairés, qui, livrés à eux-mêmes, auraient blâmé les mesures rigoureuses qu'on prenait contre les protestants, mais l'autorité de saint Augustin leur en cachait l'injustice. De Bruxelles, où il s'était réfugié pour éviter la Bastille, Arnauld écrivait à ses amis qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver les moyens qu'on employait un peu violents. Mais saint Augustin avait parlé, était-il permis à un janséniste de le contredire? Et il ajoutait qu'après tout « l'exemple des donatistes pouvait justifier ce qu'on faisait en Fi'ance contre les huguenots* )i.

Saint Augustin se félicitait des heureux résultats que l'Eglise avait obtenus par le recours à la force; il vécut assez pour en voir les inconvénients. L'emploi des

1. Le rapprochement que faisait Arnauld entre les liuguenols cl les donatistes frappait alors tout le monde. Bn-sy-Rabutin. à propos des traités de saint Augustin dont nous venons de citer des fragments, disait : « 11 semble qu'ils soient faits exprès pour excuser le traitement qu'on fait aujourd'hui aux huguenots ».

moyens violents est plein de dangers pour tout le monde : les persécutés en souffrent d'abord, mais les persécuteurs n'ont pas toujours à s'en louer. Il arrive souvent que les tempêtes qu'ils soulèvent vont beaucoup plus loin qu'ils ne voudraient. Quand on a mis en mouvement le pouvoir temporel, il n'est pas aisé de le retenir; saint Augustin en lit l'épreuve. 11 avait consenti qu'on appliquât certaines peines aux hérétiques, l'amende, la confiscation, l'exil même dans quelques cas, mais il souhaitait qu'on s'en tînt là. Quand il fut question de les punir de mort, il protesta avec une indignation généreuse. L'idée qu'on pourrait verser le sang d'un chrétien au nom de l'Église lui faisait horreur. Aussi, dès qu'il sait que l'un d'eux est en danger, il s'adresse à tout le monde pour le sauver. Il écrit aux magistrats, au proconsul, les lettres les plus pressantes : « On lira, leur dit-il, dans les assemblées des fidèles le récit de la punition des coupables; s'il se termine par leur mort, qui osera le lire jusqu'au bout'? » Ces scrupules d'humanité ne louchaient guère l'autorité civile. Dans sa froide logique, elle trouvait que, du moment qu'on met les erreurs de doctrine sur la même ligne que les crimes, il faut les punir des mêmes peines. On avait déjà vu, quelques années auparavant, à la cour de l'empereur Maxime, Priscillien et plusieurs de ses partisans mis à mort, malgré les supplications de saint Martin. Cet exemple allait devenir l'usage commun, au grand détriment de l'Eglise, qui a porté la peine de ces cruautés dont elle n'est pas toujours responsable.

Un autre danger que courent sans le savoir ceux qui se

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