De Exhort. cast
tard; mais les besoins d'où la vie monastique est sortie ont toujours existé dans l'Eglise. De tout temps, il y a eu chez elle des chrétiens épris de perfection, et qui trouvaient que les exigences du monde, la dissipation des affaires, le charme amollissant de la famille, ne permettaient pas de pratiquer à la lettre et dans leur rigueur les préceptes du Christ. Quand ils relisaient le début des Actes des apôtres, et revoyaient le tableau de ces premières années bénies <c où tous vivaient ensemble, ne possédant rien en propre et n'ayant qu'un cœur et qu'une âme «, ils ne pouvaient s'empêcher d'être saisis d'une grande confusion, et cherchaient à revenir de quelque manière vers ce paradis où les ramenaient tous leurs rêves. Ils s'imposaient alors des règles sévères et se faisaient autant que possible une existence à part ; on Jes appelait, chez les Grecs, des ascètes et, dans les pays occidentaux, des continents^ N'est-ce pas quelque chose de semblable que Tertullien a voulu faire, quand il a revêtu le palliwnl 11 n'a pas prévu sans doute le grand mouvement qui, un siècle plus tard, poussa les fidèles vers les solitudes de l'Egypte; il semble même qu'il ait voulu le condamner d'avance. En répondant ta ceux qui accusaient les chrétiens d'être des gens inutiles, il leur disait, dans son Apologie : « Nous ne sommes pas, comme les brachmanes et les gymnosophistes, des habitants des forêts, des exilés de la vie, neqiie enim brachmanse aut Indorum gijmnosophistse siimus, silvicolx et exsuies vitae^ >>. C'est d'une autre façon, en restant au
1. Il est question de ces «continents» c/ui se ivliint contiitentium nomine nuncupari) dans une loi de Vnlcntinicn I" (Cod. Tlieod., XVI, 20). C'étaient évidemment les prédécesseurs des moines dans l'Occident. — '2. Apolog., 42.
milieu du monde et en vivant autrement que lui, (ju'il prétendait inaugurer son existence nouvelle. Mais, s'il blâmait les gymnosophistes, qui allaient chercher la perfection dans le désert, il ne se refusait pas pourtant à imiter d'autres sectes philosophiques. C'était l'usage, chez les Grecs, que ceux qui faisaient profession de mener une conduite plus régulière, qui ne se contentaient pas d'étudier les préceptes de la philosophie et qui voulaient les pratiquer, prenaient un costume particulier. On disait d'eux, comme on l'a dit plus tard des moines : « Il a pris l'habit, vestem mutavit ». A douze ans, Marc-Aurèle prit l'habit de philosophe, ce qui surprit beaucoup chez un héritier de l'empire; d'autant plus qu'en se couvrant du pallium, il se mit à vivre d'une façon plus austère et à coucher sur la dure. A l'époque où nous sommes, l'habit philosophique n'était pas toujours bien porté. Il ne manquait pas de mendiants et d'aventuriers qui couraient le monde vêtus ô'un paliium usé : c'était un moyen commode de s'acquérir à peu de frais le respect et la subsistance. L'un d'eux se présenta un jour devant Hérode Atticus, demandant l'aumône avec insolence, au nom de la philosophie : « Je vois bien une barbe et un manteau, répondit Hérode; je ne vois pas un philosophe'. ^> Tertullien n'ignore pas les reproches qu'on peut faire au pallium; il sait qu'il a couvert des gens qui ne méritaient pas de le poiter, mais il espère lui rendre toute sa dignité en le faisant chrétien. Voilà donc quel est son projet : il accommode un usage païen au christianisme, il prend l habit,