L'APPELLATION DE MONSIEUR
Le Directoire exécutif au Ministre de l'Intérieur *.
Paris, 24 messidor an IV.
Si, dans ces derniers temps, citoyen, le langage républicain s'est altéré, et si l'expression la plus honorable pour tout Français qui sent la dignité de son être semble aujourd'hui être dédaignée par les amis de l'ancien régime, ce n'en est pas moins un vrai scandale qu'il se trouve, dans les administrations générales ou locales, des employés qui affectent eux-mêmes de substituer le mot « monsieur » à celui de «citoyen ».
Sans doute ce n'est pas à la loi de commander, en pareil cas, ni d'exercer son empire sur l'idiome privé des individus; il est des objets qui sont inaccessibles pour elle. Dans l'ancienne Grèce, les habitants de l'une de ces villes s'étaient livrés à une incontinence extrême. Un décret spécial, qui n'était qu'une satire sanglante, leur permit de s'enivrer. Qu'il soit de même permis à tous ceux qui ne
1 . Gazette nationale de France du 4 thcrin. an IV (22 juill. 1796).
se sentent pas dignes de porter le nom de citoyen de s'en attribuer un autre. Il restera sans doute assez de républicains qui le tiendront à honneur et le feront respecter.
Mais le gouvernement manquerait à ses devoirs, s'il permettait que ses propres employés, dans l'exercice de leurs fonctions, s'écartassent des tendances républicaines.
Que ceux qui veulent monsieuriser rentrent dans les coteries qui admettent ce langage, mais ces messieurs doivent énoncer à être employés par la république.
Nous connaissons l'influence des mots sur les choses et, nous venons, citoyen, vous exprimer notre volonté constante.
Vous voudrez bien prendre les mesures nécessaires pour la faire observer dans toutes les parties de l'administration publique qui correspondent au département dont vous êtes chargé.