‹ La Finlande; notes recuillies en 1848, pendant une excursion de Saint-Pétersbourg à TorneoChapitre 16 sur 54 · CHAPITRE Xlîï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlîï

DE BRAKHËSTAD A NEU-KAR|LeBL Station de Khanîla,^ août, 4 heures de raprès-micfi. '

Nous Voici roulant defechef sur la chaussée qui côtoie le golfe y et dans la diriectiôn de Yaza. Il est douteux, toutefois, que nous attei- ^iomcette villq;^ car s^avancer aussi loin dans le sud, serait s'exposer à dépasser Tendroit où il oonvient.de tournera gauche pour pétiétrer dattô l'intérieur du. pays et gagner le TdTàstlaiid: ; c'est le nom d'une ancienne province finlandaise V très-^reHommée pour ses sites pittoresques.

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La station oii nous relayons en ce moment est la seconde à partir, de Brakhestad. A. la station précédente , des chevaux d'une beajuté peu commune venaient d^être attelés, au tarantass , et déjà w>u$ nous apprêtions à franchir lestemerit les quinze verstes du relais qup nous avions devant nous , quand on me, prévint que le maître de ppste ne se chargeait pas de me fournir le cocher* Pas un des vingt jeunes gens du village , rassemblés par la curiosité autour de la voiture , ne voulait nôh plus se hasarder dans les fonéticms de ccmducteur.

Ce II' est qu'à grand renfort d'élôqueniee que le domestique finkndaîà est psurrenu à vaincre la tépugnanee du moins téiif de la troupe^ et à le hisser presque de force sur le siège ; encore la manière gauche dont il s'y inslBlla^ prouvait qu'en €^fet de sa vie il n'avait tenu les rênes- ' . •

La monotonie e$t le caractère dominant du pay$ que nous tcaverscmt. Ce sont toujours les mèmei^ for^ d'^asraces résineùsesy s'étendatst à perte de vde sur un sol à peine aocideafié.

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Le voyageur, pour distraire ses regards lassési par k œntin^uité des liiêines aspects , n'» pa$ mane la ressource de.se retoiimer vers le gcdfe , que la forêt masque eomplà;ement. jDu reste, le pays n'a pas l'air pauvre, loiïi de là ! Leà heiinats y sont beaux eX, nombreux.." Nous rencontrâmes l>eaucoùp de champs d'ori^ , ineiés à quelques champs de froment tout' prêts à' être moissonnés, ce dont j'aî été d'autant plus surpriis, que le froment n'est pas sus-^ ceptible de culture en Russie sous ces latitudes : tout au phis peut-il être cultivé dans les gou\ernementsductentre, situés à plusieurs degrés plus au sud. Cette différence singulière provièHtv je le suppose , de la diversité d'exposition par rapport. aux vents glacés du nord. L'innaense fwêt dans ki<piéUe nous nous tavouToqs jeneore croît sur un sol cptnpose de sable jaune -te^ès-^Ën.

. Mes regards 9 en se portant du oôté de la maison de poste, tiennent d'y rencontrer une lemme de stature colossale, ^blie sûr un des bft»es qui garnissent le peritm extérieur ; ùiie

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pipe de fort calibre est dans sa bouche , d^où s'échappent de temps à autre d'épaisses bouffées de i fumée. Je prends note , du fait , car c'est la première fois depuis que nous^ parr courons îa Finlande, qu'il m'arrive de voir une femme qui fume. En général les paysannes du pays, quoique très-souvent adonnées à des travaux peu faits pour leur Sexe, conservent nn inaintien à la fois modeste et digne.

Station de Kaijalusto, i 1 heures. dti soir»

J'avais trop présumé de l'habileté du carrossier de Brakhestad. Nous n'ayons encore fait que quarante verstes, et déjà nos malheureuses roues sont encore une fois disloquées , ce qui nous oblige de coucher ici • Le. charron de l'endroit a mis la main à -l'oeuvre , et xm m'assure qu'il aura terminé demain de très»-

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bonn^e heure, de manière à ne nous occasionr ner aucun rétard.

A Funiformité d'une foret sans fin , sont venues se joindre de vastes landes d'un aspeèt désole. On ne saurait imaginer un pays plus dépourvu dHntérét pour le touriste. La seule distraction que mon regard avait de temps eh temps, était de saisir à la dérobée une vue rapide du golfe, là. où la forêt présentait accidentellement une éçlaircie.

Mais si le pays est d'un- triste à mourir, cette partieKîi de la Finlande n'en a pas moins une compensation importante; c'est que les routes y sont fréqueiitées par un bien plus grand nombre de Toyagéufs regnicoles. Il n'est guère de relais où l'on ne rencontre plusieurs carrioles. Cette affluence de voyageurs fait que les maisons de poste isiont mieux tenues et mieux fourmes. On y trouve des chevaux vigoureux , des harnais en bon état , et même quelquefois des cochers qui siaverit à peu près conduire.

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. Méiàe Station, iO aoàt, 8 heures dçi 'matin.

Un orage épouvantable à édaté pendant la nuit. Le vent n a.cesse de mugir et d'ébr$in}er la maison , qui semblait prête à s'écrouler sur sa base. . Cette basey ainsi que celles de toutes les maisonjSf du pays , se compose^ uniquement d'un certain nombre de dés de granit, papf^is passablement élevés. On frémit en songeant aiix malheureux navires y obligés de naviguer sui^ le golfe pendant cette terrible nuit. Grâce • à Dieuy l'ouragan paraît être eiitrémaintêpant dans sa période de décroissance. La pluie qui tombait à torrents a diminué assez pour que nous puissions nous mettre en route, quoique le vent $oit toujours d'une; violence extrême.

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,iv. . •

• Station de Mousinér, midi. •

L'orage qui- avait para se ealmer au commencement dé la matinée yient.de reprendre de plus belle- Le vent et/la pluie rendent le voyage extrêmement pénible ; et cependant les gens du p^ys paraissent à peine y faire attention. En ce moment' même que renfoncé, dans le tarantass je n'ose en bouger à cause des flots de pluie qui inondent. la chaussée, plusieurs voyageurs , en train de relayer comme nous, esitoarent notre véhieule et rexaminent bien tranquillement en se communiquant Jeurst r^exions. Notez que ces messieurs n'ont pât$ même de parapluie pour s'abriter ; cpie tous «ont légèrement vêtus , et ; qu'ils n'ont pour coiffure que ces légfers chapeaiu^x de feutre Manc à larges bords qu'on

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porte généralement en été. Le Finlandais est d'une complexîôii essentiellement robuste. On m'a affirmé que malgrç l'excessive rigueur des gelées 9 les paysans du pays ne font jamais usage dé fourrures : c'est tout Topposé du paysan russe, qui très-£iOuvent endosse sa pelisse, même en dehors de l'hiver, à la moindre variation de. la température.

Station d'Amila. . •

Toujours le même pays, et cette étemelle forêt de piïls s'étendant à perte dé vuejdans tQutesles directions. Je viens, d'apercevoir pour la première fois des champs d^ pommes de terre dans le voisinage de plusieurs fermes qui bordent la route. Ces plantations ont reporté ma pensée vers le repas matinal auquel nous avons assisté tantôt, au moment de quit-

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ter notre station de la nuit. La tabte était grande , et tout «utour étaient assis les mem* bres de la nombreuse fapitUe de lliôt^ y ne comptant pas moins d'une dizaine de robustes jeunes gens et autant de jeunes femmes. Uae terrine large et profonde, remplie jusqu'aux bords de pommes de terre accommodées "au lait, et d'où s'échappait une vapeur épaisse., était pofifée au milieu de la table. La gaieté la •plus franche régnait parmi les convives, qui allaient,. le repas achevé^ reprendre dans les champs le travail.de la moisson. C'était une scène de famille digne du temps des patriar^ ches. -

• ■ Vf. ■

Staljon de Raskola."^

Dans la première moitié du relais que nous

Tenons de fournir, le chemin rencontre le Ka-

laioki, rivière que rèti traverse sur un poBft II II

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de. b«s établi à hauteur considérable aude3stis du courant, sur des piles djs grank construites sans ciment , et qui semblent être néanmoins d'une, solidité ^ toute épreuve* Les bords de la rivière sont abrupts et fort élevés. Le courant, terrible, dit*on, dans la saison de la fonte des neiges, est réduit en cet iur stant à ui| simple filet d'eau qui serpente eii murmurant entre d'énormes blocs dé granit dispersés çà et là, ou bien amoncelés en descendre.

Stadbn d'Ounilà, 3 heures de l'après-midi.

Nous étions à f^u près à mi-chemin entre la dernière station et celle-ci, et nqus roulions , connue toujours, sur un terrain plat à travers une épaiàse forêt de pins, quand une pierre monumentale vint frapper mes regards : c'é-

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tait un large pilier dressé sur le bord de la route, avec une inscription. Ne piouvant eômprendre^ ce qu'en disait le cocher, sans doute parce que l'interprète lui-même ne le comprenait pas, je fis arrêter et sautai à terré. Malheureusement, l'inscription était en langue suédoise, portant pour date 1732. Tout ce que j'ai pu faire a été d'en pirendre une copie, dans^ l'intention de nie la faire expliquer à la première ocfcasion.

Plus nous nous rapprochons du golfe de Finlande, plus- les blocs de granit de provenance erratique deviennent nombreux j et plus aussi leurs dimensions augmentent. Aux abords de la station où nous sommes en ce moment, la forêt s'est enfin éclaircie; bientôt même elle va disparaître complètement. Au terrain plat d'où nous sortons succède en même temps une contrée moniueuse couverte d'une riche végétation! Tout semble annoncer que les sites pittoresques vont Reparaître.

Ounila est un riche et beau village formé d'un certain nombre de heïmats réunis en

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groupe, à portée de fusil du Romaioki, rivière <pii débouche dans le golfe un peu plus bas , et dont le courant met en mouvement un magnifique moulin, à scies construit sur une vafite échelle. Cet établissement fournit une quantité considérable de planches au commerce d'exportation.

L'arrangement intérieur de la belle et grande maison.de poste d'Ounila diffère de tout ce que nous avons vu dans les stations précédentes. Cela vient, m'a-t-6n dit, de ce que le pays où nous sommes est habité par des Suédois, qui ont apporté en Finlande leur langue et leur manière de vivre. Dains une des encoignures de la j[>ièce principale, réservée aux voyage^irs, il y a une vaste cheminée à chambranle élevé, assez large 61 assez profonde pour que plusieurs personnes puissent y prendre place à l'aise autour du foyer. Par ses proportions monumentales , cette cheminée rappelle celles qui décorent les anciennes résiiiences royales ; le palais de Fontainebleau, par exemple. Il s'en faut d'ailMurs. de beau-

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eoup que les déniaisions de la salle soient tn rapport avec ceilles de la cheminée ; mais au tbtal cette iimison ck poste, — - je 'me plais à le répéter, ^^- est trè^^apérieure, par sa IxHine mine Qt sa tenue , à toutes celles oii noos nous sommes arrêtés jusqu'à ce jowr.

VML

Près dt là station d'Ounila, sur le pont qui traverse ; le Eoniaioki.

Impatienté de l'interminable délai qui nous est imposé par lé maStif^e de poste dont tous les chenaux, à ce qu'il prétend, sont occupés dan*s les champs , j'ai (Juitté la belle chambre de la station et me suis dirigé, en suivant Je grand çl^min, vers un fort beau pont jeté sur le Romaioki. La rivière coule au fond d'un large et profond ravin , semé de gros b|oos dé granit. Arrêté sur le pont , je contemplais h

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vue que prëseînte le golfe , où le Roiuaioki va déboucher un peu plus bas, lorsque est arrivé le pasteur du lieu. Je lui adressai à tout hasard la parole en russe, langue que par une heu-^ reuse chance il s'est trouvé comprendre. Je me suis bientôt aperçu que le pasteur était un homme instruit , et , mettant l'occasion à profit, je lui ai parlé de l'inscription que j'avais copiée le matin. Il s'est prêté de la meilleure grâce du monde à m'en donner là traduction verbale, que j'ai écrite au crayon sous sa dictée. On verra par l'inscription ellç-même, dont je transcris ici le texte et la traduction , que le* monument a été érigé en commémoration d'une hahé que le roi Adolphe-Frédéric de Suède. fit, en cet endroit, en. 1732, lors.de sa tournée en Finlande. La tradition ajoute que le roi, qui voyageait lentement, accablé de chaleur et pressé par la faim , se fit servir sur l'herbe, dans la forêt même , un repas impro^ visé, auquel Adolphe-Frédéric, et les grande dignitaires qui l'accompagnaient firertt gaie^ ment honneur.

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