CHAPITRE XX
EXGURSiOiX AUX TRAVAUX DU CANAL DU SAlMA; RETOUR DÉFINITIF A SÀINT-PÈtERSBOURG.
Station de Hanhiyoki, 20 août, 3 heures de Taprèsmîdi.
Me voici ati premier, relais sur le chemin, de Willmanstrand ^ , qui pique droit au nord.
M. X. est uncompagnon de yoyage excellent; ton humeur est gaie, et la connaissance par-
■ La ville de Willmaastrand (la rive deS' sauvages), chez les Finnois Lappeeri^nta/ e$t située dans le gouvernement de Vibofg; c est une vieille Corteresse du moyen âge, actuellement désarmée, qui ocoupi^ une
faite qu'il a des localités que nous traversons rend sa conversation attachante. Les gens de la poste l'ont accueilli comme une personne pour laquelle ils ont une gr^inde considération, et dès à présent je prévois que sa présence facilitera beaucoup notre excursion actuelle. Une seule chose dans ses habitudes viei^t tant soit peu contrarier les miennes; c'est l'usage où il est d'avoir constammjBnt la pipe à la bouche : la pipe et le-cigare, si généralement adoptés de nos jours dans toutes les classes et dans tous les pays, l'étaient beaucoup moins dans ma jeunesse, et il m'a été impossible de m'y faire en avançant en âge.
La Qontrée que nous traversons est à la fois montagneuse et l^oisèe. Nous Rencontrons fréquemment dés fermes groupées de manière à composer de petits villages. Les cultures aussi sont très^nombreuses , et elles embrassent
presqu'île à l'extrémité sud du Saïma. On y ti*oiive un pénitencier pour les femmes, et plusieurs casernes. W^illmanstrand fut pris p|ir les' Busses en 4741, et 'définitivement cédé à la Russie eil 1 743*
bu CANAL DU SAIMA. 399
même, partout où le sol est uni, de vastes étendues de terrain ^ Ces champs, soiit maintenant couverts de moissonneurs. Nous longions l'un de ces champs, quand M. X. avisant cei^tain ouvrier, vêtu d'une veste en coutil et coiffé d'un large iîhapeau de paille, lui adressa de la main les saluts le& plus affectueux . « Ge travailleur si diligent que vous voyez à l'œuvre, me dit-il , est le propriétaire luimême. Il appartient à une famille distinguée du pays , et a longtemps servi dans l'armée ; lorsqu'il a pris sa retraite avec le grade dé colonel , il est venu se fixer sur ses terres qu'il se plaît à cultiver" de. ses propres mains:, aidé d'ouvriers à gages : sa passion pour l'agriculture est extrême ^ et on lui est redevable de plusieurs améliorations dans le mode de culture précédemment suivi. }»*^ J'aurais bien désiré être présenté à ce soldât laboureur ; mais l'heure avancée nous commandait de faire diligence.
iOO EXaîRSlON AUX TRAVAUX
Sudon de KaxMiiioïa.
Depuis la dernière station nous avons continué de suivi-é le chemin de Willmanstrand ; après avoir couru dix yerstes , le cocher a pris à droite une traverse dans l'épaisseur de la forêt, pour aller joindre le cana). Qumque praticable aux voitures , cette voie qui n'a été ouverte que depuis que les travaux sotit çn train est étroite : il y a quatre ans qu'il n'existait là qu'un simple sentier, fréquenté de temps à autre par des paysans qui allaient couper du bois dans la forêt. A partir du point où le chemin aboutit au canal , il a été prolongé du sud au nord dans la direction de la tranchée. C'est par là que s'opère, le transport des matériaux, et qu'ingénieurs et ouvriers circulent.
pu CANAL DU SAIMA. 401
Cette par^tie de la forêt que nous traver;&ioH5 est tellement épaisse ^ et elle a au total un aspect si sauvage, qu'on aurait pu véritablement craindre d'y faire quelque mauvaise rencontre* Il paraît qu'en effet il y a quelques semaines le trajet y eut été moihs sûr. Plusieurs forçats employés aux travaux du canal s*étaient évadés, et avaient chei'ché un refuge. dans ces bois ; mais , grâce à l'intelligence et à l'activité du détachement de Cosac^jues préposé à. leur garde,, ils ont tous été repris. Ceci n'est d'ailïeups qu'un £as tout à fait exceptionnel , car lés routes du grand-duché offrent partout ^uf voyageur wne sécurité complète. • '
4m EXCURSION AUX TRAVAUX
Station de Kansolà» 9 heures du ^ir.
Jusqu'ici je n'avais eu occasion d'observer que de simplm blocs erratiques en dfécompo- ^on ; actuell^nMitoe sont de véritables montagnes de granit que nous fencontrôns désagrégées dans leur masise entière. Plusieurs des escarpementa granitiques deVant lesquels nous venons de passer «ont y de Ik base au sommet , complètement décomposés , au point de ne présenter plus qu'une masse terreuse tellement friable que les cantonniers l'enlèvent à la pelle pour rétendre sur la voie en guise de gravier. Comme ces escarpements se composent d'assises généralement . horizbiitales , offrant à l'action dissolvante des infiltrations une résistance plus ou moins grande , suivant la contexture de la roche , il en résulte que les pro-
grjès de la désagrégation sont inégaux* On' voit telle partie d'une ateise restée intacte au hii- Meu d^ine masse réduite en jtoussière. Il arrive d'ans ce cas que Ja partie du rocher qui a résisté à raction dissolvante des élértients est entraînée paf l'effet seul de son poids , et bien* tôt elle roule en avalanche jusqu'au pied de la montagne. .
" Ces rochers escarpés , rongés, par les siècles, ne sont pas la seule curidsité qui fixe l'âtteution d^ns la forêt sauvagC; que nous sommes en tf ain de traverser ; on y voit aussi une très* grande quantité d'éclats de pierre , dé dimensions monstrueuses' ; évidemment d'origine erratique , qui gisent épars à la surface du diluVium arénacé qui forme le sôr de la forêt.
Ces blocs appaitieniirait à la catégorie des blocs erratiques à vive arête j^^t diffèrent totsClement dés blocs erMiques qui ont été arrondi^ par Teffet d'un frottement prolongé \ Les
* Voyez phis haut fa note ^h la fin cfu cliapî-' tre XIIÎ.
masses graaitiques isolées que je viens d'apercevoir affectent plus où moins la forme cubique ; quelquefois elles sont venues échouer ^r le sol par le bout *, et s'y soiit aipsi dressées en forme de piliers, qui 'très-souvent atteignent à la cimie. des arbres environnants, c'est-à-dire à une b^uteur de soixante à quattèvingts pieds. . , ,
Cette partie de la forêt est habitée par un assez grand i^ombre d'ours. M. X. me raconta à ce sujet qti'il y a quelques semaines seulement un paysan qui dans sa charrette suivait le chemin .mênie t)ii nous nous trou-v yions , entendit toùt^ coup un bruit de brous-
^ Je raisonne ici ' dans Thypothèse — au surplus là seule admissible — du transport de ces fragments de rdchecs par les glaces : Teau se ^tirant après le transport efTeçtyé , les glaces flottantes qui. les soutenaient se seront naturellenient abaissées jusqu'à toucher le sol; puis venant à fondre, ces granits seront restés échoués à terre dans la même position qu'ils occupaient auparavant sur la glace qui avait sem à les charrier* >
sailleâ tordueâ. Umnomentaprèçun oursbrun, d'épaisse encolure, sortit îentement titi taillis, et , après avoir regardé fixement rhompie , alla ^^assôir au milieu du chemin dommie pour lui barrer le passage. Le pauvre diable se crut à sa dernière heure ; et déjà il avait recommandé son âme à Dieu, quand l'idée lui vint de saisir son fouet et d'en menacer son redoutable visiteur en poussant de . grands cris,- Son air résolu imposa sans doute à l'ours ; car l'animal se leva ; et jetant .sur le paysan^ un regard de côté , rentra à pas lents dans Je fourré où il disparût. Le paysan regagna son village dans un état de trouble extrême, et plusieurs joqris se passèrent avant qu'il parvînt à dégager son esprit du sentiment de terretif qt|ii ^obsédait.
C'est à moitié chemin du relais % et toujours au cœur de l'immense forêt, que nous som-
^ On n^àdmet point en Finlande qû'ii puisse exister ttiie voie carrossable quelconque sans chevaux de posté; et comme \\ ne «'agit que de Vôilurer de légères carrioles, deux ou trois chevaux par relais suflfi-
mes arrivé» sur le bord du canal. Les travaun qui se poursuivent en cet endroit n'offrent rien de particulièrement intéressant , par la raison que le creusement s'y opère en partie dans le sable , en partie dans un Ht d'argile jaunâtre de farte épaisseur. La tranchée a une largeur considérable , que rend' né€e3$aire la forme évasée desr bateaux de transport du pays. Uii peu plus bas, cette portion du ùanal débouché dans le Nujamajarvi, Tun des petite lacs qui se trouvent dans l'espat^e compris eâtre I9 Saima et le golfe- « En cet instant le soleil était à son déclin : lé ciel, d'une pureté parfaite , resplendissait de teii^tes ardentes ^ et pas le plus pe^it SDufïle n'agitait lair. fe inis pied.À terre, séduit par la bfàUté du spectad^^ et curieux de jeter «in rejgârd de près sur Kénotme tranchée à laquelle des escouades d'auvriers tra-
seat*. Ce$t ainsi que le loag du chemia «n question, pmtîqu^ tlepuia peu pour le service des travaux de r>âQaUsatieiii du Saigna, le voyageur i^noontre dfs t^Ua de |»oste régulièrement organisés. .
DD CANAL Dli 8A1MÂ. 40*
vaillaiont. Tandis que j'examinais les travaux, moîi attention fut attirée par une apparition , trèis-naturelk partout ailleurs , mais tout à fait inattendue dans un lieu aussi sauvage; c'étaient plusieurs dames élégànfiment mises , et de jolis enfants^ qui se promenaient. M. X. fit cesser ma surprise en m'expli quant qufe les officiers des porrts et chaussées , attachés aux tl'ÀVAiix, étaient presque tous mariés , et qu'ils vivaient avec leurs familles dans des demeures temporaires, élevées Va proximité; Le monieht diaprés naua remoptâmçs en voiture, où moti honorable cicérone m'apprît que son inten*tion. était de mie Conduire d'une traite juê^ qu'au point de départ du canial , et dte passer la nuit dam risxcéllènt hôtel qui s'y trouve ; quitté à visitfir demain tout à notre àisè les sections ok s'exécutent de» travaux partiçuliè*rement dignes d'intérêt.
40a EXCURSION AUX TRAVAUX
Hâtel du Saîma, iDÎnnît.
J'avoue >que je n'avais accueilli les éfoges que M. X. m'avait faits de Y hôtel du Saima qu'aveio une certaine réserve intérieure; mais en ce moment jesuis tout à fait disposé à faire chorns avec, lui :. c'est bien réellemeht un hôtel dans la triple acception du mot, et non pas une simple auberge comme je me l'étais iijfiar ,giné. Non-seulement l'établissement est bon et bien tenu, mais les proportions du local sont vastes ; peut-^être même le sont-elles plus qu'il ne .faudrait. Le salon principal siérait partout une magnifique salle de bal. Et pourtant il n'existait ici , il y a cinq ans , qu'une forêt primitive, où la hache même du bûcheron avait pénétré à peine. L'administration ^ générale du creusement du canal, qui a fait
élçyer ces bàtinients, avait pensé que d'aussi intéressants ' travaux attireraient sur ce point une grande âffluence de visiteurs y et en tonséquence les plans de rhôtellerie furent dressés sur une vaste écbellei Sitôt ces. cotistruètions achevées , on afferma rétablissement à un aubergiste , qui depuis lors le fait valoir pour son prôprecompje. Je nejpense pas que cet homme ait réalisé jusqWà présent de grande bénéfices; néanmoins lé service , je le répète ^ est fort bon et de tout ppiçt digne de fe beauté des appartements.
Nous étions encore à plusieurs verstes d'ici, et la nuit était devenue tout à fait noire, quand au sortir d'un fourré touffu , nous débouchâmes dan^ une belle allée plantée régulieretnent. Je regardai, en avant , et j'aperçus à cjîx pas une tranchée considérable . du fond de laquelle se dressaient de hautes machine^, assez semblables à des mâts dé vaisseaux garnis de leurs cordages. C'était le canal , dans h partie voisine de son point de départ , avec les appareils en^ployés à l'enlèvement" dès terres
et des fi^aginents de rochei's. Un pont temporaire réunissait les deux boi^s de là tranchée , et le cocher s*y dirigea pour le traverser ; maïs la passerelle était d*ane légèreté si efFrayahte à l'œil , tjuë nous jugeâmes prudent, M. X. et hiôi , dé mettre pied à terre. Je fus frappé de la grande profondeur du canal; mais d'ailleurs PobseuHté était trop complète pour que je pusse me bien rendre, compte de cet ensemble db trianchées béantes , de machinés formidables ; et de pontB d'une hardiesse à donner le vertige. .
Arrives sur le bord opposé , et au moment de remonter eh voiture , mon attention fut attirée vers un point situé à une cinquantaine de pas sur la gauche , d'où l'on voyait s'échapper dés fl^^mmes qui projetaient au loin une clarté rpugeâtre de l'effet Je plus fantastique. Nous avançâmes dans cette direction. A mesure que nous approchions, la flaùime prenait de plus grandes proportions, en paraisssint à'échîipper du Sommet d'une sorte de bâtisse autour dé laquelle circulaient plusieurs om-
ou CANilLDU SAIMA. 4il
bresf. Arrivés près du foyer, il se trouva que c'était tout siniplenient le four à chaux.
La consommation de la chaux est ici tellement considiérable , que cet énorme four ne s'éteint jamais.. C'est des environs de Viborg que provient leciilçairp que l'on soumet à la Calcination.
. Dii minutes nous suffireni; ensuite pour gapïevYàâtei du Saàêml ùh l'on nous a fait l'aeeiieiUe pli» gracieux^ En cet itirittnt la femme de rauber^iatfe vient d'apporter un thé servi avec une r,echbrohë rare : la porcelaine est élégânte^i h beurre d'une fratchéur parfaite, let les pâtisseries qui Taccompagilent du goât le jilus fin. , . ,
412 RX€UftSIO.N AUX TRAVAUX
Vîborg, 27 août/ 6 heures du sofr.
Ce matia je dormais encore d'un profond sommeil, dans Texcellent lit de Y hôtel du Saïmay lorsque M. X. m'a réveillé en frappant à coups redoublés à ma porte. Septheureài ve* naient de tonner*. ILn'y avait pa^ un seul instant à perdre pour sortir à pied, explorer les Ténvirons , et monter ensuite en voiture pour reprendre, la route de Viborg, en nous arrêtant chemin faisant aux pointe principaux du canal que Tobscurité de la nuit nous a empêchés d'examiner hier. Cinq minutés après j'étais
debout. J'avalai à la hâte une excellente tasse
dé café à la (crème, que l'hôtesse étài^t venue m'apporter elle-même , puis nous sortîmes.
Le caiial , à son point de départ , a dû être creusé à - une profondeur de cinquante pieds
DU CANÂL^DU SAIMÀ. 4lg
dans la berge élevée qui borde le Saîraadu côté du sud. Sa largeur est sufKisante pour que des bâtiments arrivant de la m^r puisr siênt. au besoin y pénétrer. Le terrain étant composé ici de sable et de glaise, les bprds.dii canal y sont disposésjen talus gazonqés, échelonnés en plusieurs rangées de banquettes.
Après, avoir jeÇé un coup d'œil d'ensenlble sur les travaux qui se, poursuivent aux environs de l'hôtellerie, nous avons -longé, en le remontant^ le bord du canal. Bientôt nous sommes arrivés dans un endroit où là glaise mêlée au sable, qui jusque-là avait formé le sol , est . remplacée par le granit à rétat de roche fixe*. Ici le canal $, dû être en-
' Le granit à Tétat fixe se reacoptre ici pactput j car il forme le soi même de la contrëé. Sa surface^ fortement ondulée, présente tantôt des parties proéminentes arrondies, tantôt des creux» Dans ces enfoncement^, qui souvent sont coqsidérables^ est venu se loger liû diluvium arénacé accompagné d^argile, qui les a comblés* en tout ou en partie. Il est aisé de concevoir que lorsqu'il s'agit de creuser une tranchée
tiènMtmt taillé dan» k rocher. Plus loin eu* tore , la roche granitique ^ trâuvant altet^er avec un aablë .caitloutèux , le^/ingénieurs oqt eu soin de coAsolider tes Ifdus à laide d'une sorte de pavage très^^artistement exécuté.
D'espace en espace , et pouj* ipieux^ assttrer la solidité ^ l'ouvragé^ ils ont pou$sé le soii? jusqa'à élever de^ revêtements en pien^e de taille,, d'une résistanœ;' à toute épreuve. En souime , les travaux que j'ai eu occasion d'examiner sur oe point m'ont frappé âùteuit pw leur exoellmite exéeutiou que par leur aspect grandiose.
Diîç minutes après , nous étions de.i'étoûr k rattberge. J'y régkî le compte, après quoi M,, X.. et moi nous montâmes en voiture, et noua .partîmes peu» conmenioeF notm course rétrogradé.
continue et suivant tme penttêMûêe â^m un tçrMih de cette naiiire, on a tantôt à opérer xlaôs te sable et daM r^rgile^ taaté^ à Mtifitoyer tes moyèng les. plus éMrgii{ues pour s'ouvrir un passage dans h niasse ^mtîqiio eile-'iDdniei
Nous franchîmes d'une, traite uq espat^ie d'environ cinq verstés , ce qui nous amen^ dans l'endroit oii se trouvent à la fois ejt Içs travaux le^ jplus grands; '»% l'administratiQn fjui surveille et dirige^ ^'exécution du canal ♦--► <c En, 18.43 encore, médit mon obligeant cQni'^ pagnon éd' rdUto, — avant qui? les ouvriers eussent mis la inain à l^oeuvre^ — ï\ n'y avait pas ici le moindre indice des nombreuses ha-^ bitations que vous, apercevez Jà réunies en groupe» Ce lieu^, comnie le restunt dé ï» conn trée , n'était uniquement qu'une foret mou^ sue , rocheuse et eQmplétement déserte l » Ce qui d'ailleurs donne un intérêt p^îeulier aiux travaux qui s'achèvent sur ce point, o'est qu'il s'agissait d'y faire trayerijer au canal une col*line dé granit / dont le versant sud dépend k uïï niveau inférieur à celui du visant opposé ; de là nécessité d'abord çje pratiquer la tranchée dans le roc vif, puis d'établir quatre écluses à de courtes distances leawîés des au-^ très- On peut §e figurer quelle lâche c'était de creuser une très-large et très^pt'ofonde tranchée
dans une roche aussi résistante que le granit finlandais! La surface du rocher est comme à l'ordinaire mamelonnée et très-inégale ; partout où il fait défaut et se trouve remplacé par du sable , on a élevé des murailles" de granit en cubes d'énormes dimensions , munies de solides contre^forts en maçonnerie.
Dé pareils travaux dureront autant que le monde.
J'avais passé successivement plusieurs ponts temporaires établis sur le canal pour faciliter les travaux , et j'allais rejoindre M. X. qui était resté à m 'attendre sur un de ces ponts , quaud je le tis échanger des salutsavec deux personnes qu'il rejoignit uii instant âpres : moi-même je ne tardai pas à me réunir au groupe. Mon compagnon de route me présenta A l'un des deux arrivants , qui portait une casquette militaire : c'était le capitaine du génie chargé de présider à la direction générale des travaux du canal. L'autre personne , dont j'ai fait aussi la connaissance, était le médecin dont, la mission est de veiller à l'état
unitaire de cette colonie de travailleurs. Le capitaine m'accueillit avec une bonne grâce et une cordialité parfaites, et m'invita d'abord à passer au bureau des épures pour voir tous lès plans qjui se rapportent à l'exécution de l'oeuvre: Il mit en même temps sous mes yeux une collection de cartes et de plans réduits etlithographiés du canal , tel q.u'il sera quand les travaux seront achevés : sur ma demande , il voulut bjlen consentir à me ciéder l'exemplaire qu'il possédait. C'est dans ce rer cueil que j'ai puisé les matériaux de là carte qui accompagne ce volume.
J'ai déjà fait observer que l'objet qu'on a eu en vue, en pratiquant le canal du Saima, a été de ménager un débouché à tous les produits du nord de la Finlande. C'est à partir du soixante-troisième parallèle , — là où commencé le Saima, — que ces produits pourront désormais descendre par eau du coté du sud, pour gagner le golfe de' Finlande en prenant la' voie nouvelle. Actuellement encore les eaux du Saima, après avoir reçu le ir 27
tribut d'ime foule d'affluents * , n'ont pour s'é^ couler que le Ht de la Vuoksa , rivière qui se dirige vers le lac Ladoga. Le canal compren^ dra un grand nombre d'écluses des plus fortes dimensions. Si Ton réfléchit que la distance à franchir est moindre que cinquante verstes , on pourra se faire une idée des grandes différences de niveau que les ingéni^irs ont ren* contrées ; genre de difficulté particulière , qui est venu s'ajouter aux difficultés inhérentes à la nature granitique des terrains.
Le projet de faire communiquer l'immense réseau de lacs du Saimà avec le golfe de Fin-* lande , ne date pas d'hier. C'est à M. de La Garde , qui , au commenc^nent du xyii® siècle, gouvernait la Finlande, pour la Suède , qu'on en est redevable* Cet administrateur, chez qui l'esprit d^eiitreprise se trouvsut réuni à une sagaâté peu commune , comprit de quelle im-^ portance il serait pour le pays d'offrir un débouche aux bois d'œuvre. et aux résines
^ Voyez la note DD à la fia du chapitre.
m CANAL DU SiUMA. 419
qu'il produit en si grande quantité. Un projet qu'il avait rédigé fut soumis à la cour de Stoo khôhn , qui en autoris^a l'exécution. On se mit à l'œuvre sous la direction de M. de La Garde lui-même. Mais soit que les moyens d'exécu*»
tioB ne répondissent pas ^ à la grandeur de l'entreprise, soit que les ingénieurs d'alor^ manquassent des connaissances nécessaires , toujours estril que la tentative échoua corn*plétement : le trafvàil , qui avait été poussé avec une certaine vigufsur, fut abandonné , et l'entreprise rejetée comme étant d'une réalisation chimérique > à cause de là configuration et de la nature résistante du sol. Pendant plus d'un siècle 9 nul ne songea au canal dut Saîma , et ce n'est qu'en 1841 que rautprité tutélaire qui préside maintenant aux destinées du grandduché à songé à soumettre la iquestion à de nouvelles et conscjiéncieuses études. Plusieurs ingénieurs du corps des ponts et chaussées explorèrent le terrain , et leur conclusion fut que l'exécutioh d'un canal , partant de Willmanstrand et venant aboutir à Viborg , était
420 EXCURSION AUX rtU\AUX
exécutable , nonobstant les différences considérables de niveau, et les montagnes dé granit où il y aurait à Creuser. Alors une commission spéciale fût désignée pour compléter les études déjà faites , et rédiger un J)rojet définitif. Ce projet a été soumis à l'approbation du pouvoir suprême et sanctionné en 1845* : immédiatement après on s'est mis à l'œiivre. En ce moment les travaux sont déjà très-avancés, et tout porte à espérer que l'ouverture du cariai pourra avoir lieu au printemps de l'année 1853 ^
En quittant le bureau deà épuises , le capitaine a eu l'obligeâncè de me mener voir une écluse située dans le voisinage. Elle est établie entre dés murs de revêtement en grandes pierres de taille , et sur la roche granitique fixé , que l'on a du tailler et aplanir de manière à former le fond du canal. Nous parcourûmes ensemble les alentours de l'écluse, tantôt marchant à là crête des murailles de revêtement ,
' Voyez la noté EE qui termine le volume.
tantôt descendant par d^s rampes ménagées dans les échafaudages jusqu!au fond dù.earial . Ces murailles n'étant pas encore élevées paitout , il m'a été aisé d'examiner à mon aise la contexture du terrain , ce qui m'a cour vaincu qu'il n'y existe pas le moindre vestige de corps organisés fossiles.
J'étais remonté dû fond de l'écluse en haut^ pi^êt à meséparer de l'obligeant capitaine pour reprendre fà voiture avec M, X., quand survinrent plusieurs personnes : c'étaient les différents chefs de services. On les avait informés qu'un voyageur curieux de s'instruire était arrivé daiis la colonie, et ils accouraient pour m'engagèr à venir jeter un coup d'oeil sur chacune dçs parties qui les concernaient individuellement; Je dus accepter.
. Ce fut d'abord le garde-chioùrme qui me mena voir le baraquement où sont logés les forçats qui travaillent au canal. Ces condamnés sont au nombre dé cent, que l'on a tirés de la forteresse de Sveaborg\ Mêlés aux 0U7
* Voyez plus haut la note C à la fin du chapitre X.
4at EXSURSION AUX TRAVAUX
vriers libres qae radministration emj^oie , les uns comme les autres reçoivent une paye égale de trente copecks arg'éw* par jour (un fri»ie vingt centimes); paye qui , dans une contrée où le numéraire est rare et lès vivres à trèsbon marché, est considérée comme trè&-sufïîsanté * . La différence entre la condition pécuniaire du travailleur libre et- du foi*cat , c'est que ragent qui revient au dernier ne lui est pas délivré aussi longtemps qu'il continue d'être employé aux travaux : . — on renouvelle à chaque campagne le personnel des travailleurs condamnés. — Sur cette paye jouma-
^ La raisojd.pour laquelle radministration du canal ne se contente pai d'employer des ouvriers libres, ce qui évidemment lui épargnerait beaucoup de tracas, c'e§t l'impossibilité de se procurer^ par voie d*appel, un nombre suffisant d'hommes de choix. Au contr^ire^ rien n'a été plus facile que de recruter quel* ques centaines de travailleurs des plus vigoureux dans le vaste pénitenciej:* de Sveaborjg. Tous les forçats que j*ai evi occasion d'apercevoir pendant mon excursion au canal offraient des types d'hommes d'une forre peu CQihmune,
Hère de trente copecks, l'administratiân opère une retenue modique, destinée à pourvoir aux frais de l'habillement du cpndamné/ Il ïh'a été assuré qu'il n'était point rare de voir tel d'entre eux se retirer du canal avec une somme de cent vingt à cent soixante franc3 , dont il lui est toujours tenu compte exacte^ ment. \' ^
A son tour, le garde-magasin me fit visiter le dépôt d^habillements pour les Condamnas.
Je je trouvai tenu avec un ordre et une propreté irréprochables ; ' les vêtement^ , auxquels je donnai une attention particulière , me parurent de bonne qualité et appropriés à l'objet auquel ils sont destinés. De là , je passai sous un hangar soigneusement disposé , où étaient remisées plusieurs pompes à incendie, garnies de leurs accessoires , avec un assorti-^ ment d'outils à Tusàge des ponlpierà. J'allai voir encore, et à tour de rôle, la manutention, la cuisine des forçats^ et la chapelle du cùlté luthérien, oii on conduit chaque dimanche les condamnes pour assister au prêche. Enfin,
424 EXCURSION AIJX TRAVAUX
je traversai plusieurs jardinets , disposés avec art dans les intervalles des différents cûrps de logis , et que décoraient en cet instant les plu& belles fleurs V Mon compagnon de route, qui, pendant toute cette longue et intéressante promenade n'avait cessé de remplir les fonctions d'interprète entre moi et les pet^onnes .qui m'entouraient, m'apprit que le gouverneur de la province , dans, une réeeAte visite aux travaux , avait , — en vertu d'une décision du sénat de Finlande*, — rendu la^ liberté à vingtsept détenus qui avaient mérité cette faveur parleur conduite exemplaire. Cho$e remarquable , et qui témoigne des sojns paternelà dont ce? malheureux. sont l'objet , la plupart des hommes libérés ce jour-là ont demandé à continuer de travailler au canal.
Au moment où je repris place dans la voiture avec M. X., le capitaine directeur des travaux auquel il avait transmis l'exprès-' sion de ma reconnaissance, m'engagea .à m'ar-
* Voyez tome P% page 243. . . ,
rêter deux verstes plus loin, pour y visiter le bassin de stationnement qui s'y construit.
En arrivant à Tendroit désigné, j'y trouvai une activité extraordinaire. Le bassin est de forme circulaire, de grandeur suffisante pour renfermer à la fois plusieurs barques , et entièreihent taillé dans le roc vif: c'est un ouvrage digne des Romains. Non loin de là je visitai les travaux d'art de plusieurs écluses gigantesques, qui également seront établies dans le rocher. Quaiid par l'effet des ondulations dé la surface rocheuse le granit a fait défaut , on a eu recoùrsà la maçonnerie, en employant de forts cubes de granit. L'un des chefs d'atelier eut soin d'appeler mon attention sur l'admirable précision de l'assemblage : travail si bien exécuté , qu'à distance l'œil nç parvient pas à distinguer les jointures des pierres.
J'avais pensé que cette halte serait la. dernière, et que de là nous irions sans nous arrêter jusqu'à Viborg; mais je devais trouver encore matière à observation. La voiture roulait depuis un quart d'heure, quand j'aperçus au bord
du chemin Uii' vaste hangar du haut duquel ft-ëchappait une fumée blanchâtre. M. X. ne devinant pas plus que moi ce qae pouvait être^ fit signe au cocher d'arrêter, et interrogea un homme posté contrôle bâtimçnt. G'étaitun Suédois, chargé de diriger la préparation delà pouzzolane artificielle que réclament les besoins des travaux. Elle* entre dans la confection du mortier hydraulique , dont on se sert exclusivement pour la maçonnerie du canaK Pour obtenir cette pouzzolane , on soumet au grillage une pierre alunifère , dé couleur noire , provenant d'une carrière située dans les environs de Stockholm * . Lé chef d'atelier nous engage^ à entrer sous le hangar où s'opérait
* Gest dé l*ampëlite alunifère(schisUi5 aluminaris); ce que les minéraiogistes allemands norftmmt alautiS'^ chiner. L'ampélite idunifère est d'un beau noir, sa cassure demi-luisante a un beau poli '• soumise à la calcinatioQy la couleur noire passe d'abord au gris terne, et bientôt après au rouge brique. Ses parties cbiistituantès sont le carbone, le silicate d'alumine et le soufre^ wec une petite quantité de fér.
DU CANAL DÛ SAJITA. 4àt
hi caldnâttôti ^ en Aouà prévenant toutdfoi* que nous allions rèspii^r iine odeur peu àgi»6â« ble, mais qui, assurait-il ^ n'est. nullement ma)^ saine. Nous mîmes Tun et Tautre pied à terre^ et nous pénétrâmes sous l'appentis. La pierre alunifère concassée s^^ trouvait amoncelée par petits tas symétriquement rangés , et tous en; état d'ignition. Pour former un de ces tas , ton commence par déposer à terre quelques char*" bons allumés , et Ton amoncelle la pierre par^^ dessus ; bientôt le feu gagne dé proche en pro^ che, et la masse entière ne tarde pas à s0 ttouvtr oomplétementeïnbf^aséev parce moyoïy au bout d'un c^iain nombre d'heures , toutes les parties constitutives de la roèhe qui sont susceptibles de combustion achèvent de se iX)nsumer , laissant la pierre intacte et passée dû noir de jais au brun ronge. Sous cette ap^pàrence, elle; ressemble à s'y méprendre, tant par la finesse du ^ain que par la couleur, à ces fragments de poteries fines que les an>^ ciens excellaient à fabriquer, et qu'on re* trouve épars en si grande quantité dansla^
428 FXrjîRfîION AUX TRAVAUX
plaine qui entoure Rotoe. D'alK>rd^ les vapeurs, délétères au milieu desquelles noU:S marchions ne m'avaient point incommodé; mais lorsque je fus arrivé à Tèxlirémité opposée du hangar, je fus pris d'un éblouissement, qui bientôt après fut suivi de maux de cœur et de vertiges. Surmontant ce malaise, et fai^ sant contre mauvaise . fortune bon cœur, je m'armai de résolution, et suivis le chef d'atelier dans le moulin où s'opère la trituraùoA de la pierre calcinée. Plusieurs meules , disposées d'une manière particulière et tournant à l'aide d'un courant d'eau dans des auges de forme ronde, triturent la pierre et la réduisent en poussière inpalpable, de teinté rosée. Dans cet état, elle est misé dans des sacs et transportée sur les différents points du canal où des travaux se poursuivent. ;
Quelques gorgées de vin de Xérès , que M. X. et. moi avalâmes en nous mettant en voiture y achevèrent de dissiper le sentiment de défaillanee auquel mon* compagnon de route n'avait pas non plus échappé ; nous nous lança-
DU CANAL DU SAIMA. m
mes dans la direction de Viborg, sans éprouver maintenant de nouveaux retards* Notre marche fut si prompte, et nous fûmes si bien servis aux relais, que ma montre n'indiquait encore que quatre heures et demie quand j'aperçus la ville. Cinq minutes après, le taraiitass s'arrêtait à la porte de V hôtel du Club.
M. D., qui de la fenêtre de sa chambre avait entendu les roues de la voiture retentir sur le pave, accourut à ma Rencontre sur l'escalier; Mon absence commençait à lui sembler longue j et pressé jiar ses affaires fet lé désir de revoir sa famille , il me supplia de consentir à nous mettre en chemin le soir mêpfie pour Saint- Pétersbourg. Malgré la fatigue que j'éprouvais , j'ai donné les. ordres de dépsfipt , et voici que déjà tout se dispose pour lai mise en route. Cependant il est dputçux que noua parvenions à quitter Viborg avant une boîine heure: J'en infère que nous ferons ïialteau premier relai^ pour y passer la nuit. Je pourrai dans ce cas y tracer encore quelques lignes , qui compléteront le compte rendu de mes excursions.
EXCURSION AUX ÏRAVAUX
âtatioii de Lilpero, 28 aeilit, 9 heures da matin.
Hier au soir, avant de quitter Viborg^ j'ai eu soin d^aller trouver JW.X^, pour lui offrir Texpression d'une reconnaissance bien sincère. Sa société m'avait été aussi utile qu'agréable pendant ma course aux travaux du eanal : sans liii j'aurais- nécessairement itaal vu, et me serais trouvé danà Fimpôs^bilité absolue de m'aboucher avec les direcfceurs des travaux , dont pas un ne parle ni* le russe ni le Francis. La visite s.e prolongea ; ^ il était près de dix heures quand , réinstallés dans le tarantass qu'on avait regarni de tous ses accessoires de voyage^ nous pûmes quitter la ville.
Ainsi que je l'fivais prévu, la futigue et l'heure tàrdite nous ont fait prendre le parti
DU CANAL i>U SAIMA. 4àl
de passer la nuit ici. Dans deux secondes, M. D. et moi nous remonterons en voiture , avec le projet dé gagner Saint-Pétersbourg d'une traite : c'est une distance de cent trente-deux verstes à franchir. .Gomme j'ai décrit précédemment lé pays que nous allons traverser dans cette dernière journée , je puis considérer comme terminée ma tâche de narrateur.
Les deux mois d'excursions que j'achève , pendant lesquels j'ai parcouru près de huit cents lieues , ne m'ont laissé que de bien intéressants souvenirs. Puisse l'intérêt, qui pour moi s'y attache s'être reflété dans le récit, et quelquesruni^s au moins de mes impressions avoir été partagées pat le lecteur.
4M EXCUKSION AUX TRAVAUX
(NoteDD, page4J8.)
DES CHAÎNES DE UAUTEUBS DONT ESt SILLONNÉ LE SOL FINLANDAIS ET DES DIVERS SYSTÈMES d'eAUX AUXQUELS ELLES DONNENT NAISSANCE.
La Finlande est coupée dans plusieurs sens par des exhaussements granitiques en partie couverts de sable caillouteux, de glaise et d'une mince couche de terre végétale. Ils forment des chaînes qu'entourent de vastes lacs et des marécages, étendus. Ces exhaussements s'abaissent peu à peu du côté du nord, vers l'océan Glacial, tandis qu'au contraire vers le midi ils se terminent brusquement aux rivages du golfe de Finlande; Les plus élevés d'entre eux n'ont pas plus de dou2e cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Ils sont d'ailleurs si extraordinairement ramifiés^ que le pays d'un bout à l'autre en est pour ainsi dire couvert. La profondeur des vaUées n'a nulle part plus de six cents pieds«
De ces. différentes chaînes rocheuses^ la principale par l'étendue de pays qu'elle traverse est celle à laquelle on donne le nom de Maanselsk. Peu élevée en général, il est des endroits oii elle s'abaisse au point de se confondre avec la plaine. De grands lacs et de spacieux marécages s'étendent à sa base : ailleurs
l'eau est remplacée par des forets épaisses et inoassues.Le Maanselsk a son point de départ' près des sources de la rivière Tânaelf , aux confins du Finniai'k norvégien et de la Laponie finlandaise, par soixantehuit degrés et demi dé latitude. Coupant la Laponie finlandaise dans la direction de l'est, il atteint presque jusqu'à la limite du gouvernement d' Arkhangel ; là il tourne vers le sud, et, continuant à suivre une ligne brisée, sépare ce gôuveriiiement de la province d' tIléaboi[*g. Dans l'angle sqd'Cst que forme le tracé de cette province, sous le soixante-quatrième paral'ïèle, la chaîne tourne au sud-oùest, et, variant entre cette direfction et celle de l'ouest et du sud , elle va se terminer au midi de Christinesfad , à petite distance du golfe. Vers son, extrémité, elle sépare l'Ostro-Bothnie de la Carélie, du Savolaks, du Tavastland et du Satakunda.^
Un premier rameau part du Maanselsk, par soixante-? trais degrés quarante minutes, de l'endroit où se rencontrent les lignes de délimitation des' trois provinces d'XJléaborg , de Kuopio et de Vaza. Ce raipeau incline d'abord vers le sud-est, puis il se dirige vers le sud, pour traverser la partie du pays où se trouvent les villes de Kuopio, de Saint-Michels et de "Viborg, et s'en aller, contourner par l'ouest des eaux dépen-* dantés du Saïmà : là, et au siid de ce grand lac , il se partage en deux branches. L'une, des branches n 28
fkiquc au midi, kVesi du cours du Kyminenë, et se termine non loin du défilé dé Mantylaks ^ à l'ouest de Fredrikshaiç. L'autre branche varie dans sa direction entre Test et le jiord-est> passe près de Wilimanstrand, interrompue par la coupure au fond de laquelle roule la Yuoksa, et aboutit à SerdoboL
Un second rameau part du M aanselsk par soijcante degrés cinquante minutes de latitude^ et prend sa direction vers le sud. Il pénètre dans la pirovince de Yaza et traverse une partie du Satakunda et du Tavasdand. Ce rameau, forme ligne de partage entre deux grands réservoirs d'eau, dont un-se diverse par le Kymmenê dans le golfe de Finlande, et Tautre par le Kumo dans le golfe de Bothnie^
Un rameau latéral, indépendant des deux rameaux que nous venons de décrire, part du Maanselsk par soixante et un degrés de latitude. Celui-ci se dirige à Test, suit les bords méridionaux du lac Peïnë jusqu'au Kymmenë,.et de là gagne Wilimanstrand. Passé cette ville, il suit une ligne. contournée qui- varie entre le sud , le sud»-oue§t et l'ouest» Poussant de là plusieurs ramieaux plus petits vers le golfe de Finlande, il finit par incliner au nord-ouest, où, s' abaissant de plus en plus, il disparaît à proximité du golfe de Bothnie, près dç la ville dé Biorneborg.
Les .différents rameaux dont se compose la chaîne dû Maanselsk partagent les eaux de la Finlande en
ciaq aystèmes. Le pretffier tsystèrae a sûn écou\çmiBn% dans l'océa^o Boréal ; le second et le t|*oisièpe â^m le gpIfQ de Bothnie, le quatrième dans le golfe dé Finlande ; le cinquième dans le Ladoga.
V Système de^ la Laponie bonéah. '
Le système de la Laponie boréale a pbijr limîtfs une çhaîae de hauteurs qui prennent \^\xv direction principale vers le sud. H s'écoule vers le nord. JL^e l^c Ën^rë, principal réservoir de ce système, déverse ses eau:( dans la rivière Patsiïoki, dans le gouvjernement d' Arkhangel et non loin des bords méridionaùic du golfe Waranger-Eiord. I^e Patsiïoki les porte consulte jusque dans la bftic 4e P^svigw Le cours d'eau le plus considérable de ce système débouehe dans le T^nft-Fiord m Norvège* .
/. T Système ostro-bothniefi.
Ce système, qui ennibrasse la presque totalité de 1^ Laponie, verse se^ eaux dans le golfe de Bothnie : la chaîne du Maan^elsk l'encaisse du côté du nord, du eoté de l'est et du côté du sud. Passons en revue les principaux cours d'eau qui lui servent d'artères, La Tornea est une rivière cqnsidérsible qui prend isa source dans lé Lappm^rk de Tdrpeo, appartenant a
la Suède ; quand elle a franchi la frontière des possessions suédoises e\h reçoit le Muonio, puis s'en va gagner le fond du golfe. La rivière Kemioki sort d'un petit lac placé au centre d'un nœud dé montagnes. L'UIéo est la plus importante des rivières du système sous le rapport commercial : dans le lac Uléo d'où elle sort viennent converger une infinité de petites artères^ ayant toutes leur point de départ dans la chaîne du Maanselsk. Le Kyroîoki est le plus considérable des cours d'eau de TOstro-Bodinie méridionale. Cette rivière coule dans la direction du nord-ouest, et va gagner le. golfe un peu au-dessus de Vaza.
3** Système du SatakUnda.
Les eaux du système de Satakunda^ autrement dit de Biorneborg j sont, comme celles du précédent, circonscrites dô trois côtés , — au nord , à Test et au sud, — par les exhaussements du Maanselsk. Le système a son point de départ par soixante-trois degrés cinquante minutes de latitude, dans le nord du Satakunda, à la limite de l'Ostro-Bothnie. Après avoir formé le vaste lac d'Etseri il traverse une multitude de. lacs moins importants, en partie par le moyen de rivières , en partie aussi par de simples canaux. De ces amas d'eaux , le plus digne d'attention est le lac
Toëvesi, qui, après avoir reçu vers le iiord*êst les eaux du lac Keûvauselka^ s'en va joindre le lac Ruovesi là où convergent les lignes de délimitation des provinces de Vaza, d'Abo et.de Tav-astheus. Plus loin le système reçoit de nouveaux tributs, que d'autres lacs lui fournissent : ainsi renforcées, ses eaux vont joindre le lac Nasiarvi. Ce dernier lac, après avoir formé une cataracte près de la ville de Tamerfôrs,^^ porte ses eaux dans le lac Pyaîavi ou lac sacré; il sert de réservoir central à tous les lacs et canaux qui sont dispersés aux environs. — Plus loin encore, les eaux du système de Biorneborg forment dans leur tnarche les lacs importants de Yanaïa, de Langelmavesi, de Roinê et de Malasvesi, et vont se réunir au grand lac de Raûtunselka. Â partir de tt point elleç continuent à s'écouler par.des artères sans nombre vers la limite des provinces d'Abo et de Tavastheus y et gagnent ainsi le lac Pujeïervi . par son extrémité sud.' Ce lac à son tour déverse ses eaux y considérablement accrues par divers affluents venant du nord, dans la rivière Kokieï qui se jette dans le lac Rulôvesi. C'est dans ce lac que le Kumo |>rend sa source ; cette importante rivière absorbe dans son cours les petites rivières latérales qui vont s'y réunir. En outre, cent soixante et onze lacs s'y écoulent. Après avoir décrit un arc de cercle et avoir franchi des rapides formidables et nombreux, le Kumo finit par gagner le
4M EXCimSIOtt AUX TRAVAUX
golfe, à ttne distance de trente ventes de Koraeborg*.
V Système du Tavastland.
Le syfttèttie du Tavasdatid ^ mitremenl dit de la Finlande centrale^ a pour commuQ réceptade le grabd lac Paîjatië^ qui> avec les lagunes cpi'il forme, i»e déploie dâtis uue étendue de cent quatre-vingts verstes de longueur âur vingt-cinq verstes de largeur maximum : il est élevé de deoi cent cinquante-trois pieds au^iessus du niviëau de la mer. Cest du., nord -^ de la partie- du Javastland qui ' maintenant se trouve eoglobéiâ dans \e gouvernement de Yaza — que lui viennent ^ par plusieurs artères , les eaux qiii rapprovisionnent. Elles prennent leurs sources^ par sokante^trpis degrés ti*ent'e et utie minutes de latitude, dans un groupe montagneux situé à la limite du gouvernement d'Uléaborg. Au sortir de ce lac^^
^ U ecmvieBt d'tabserVer) comme réinâHpie gâiéi'àle, que les eaux qui « traversant l'Qstro-fiodmie , vont déboucher dans le golfe de Bothnie» forment plus ou moins des mières parfaiter ment distinctes les unçs dés autres. Au contraire , les eaux de la Finlande méridionale composent de vastes agglomérations , èfféchiai^t leur écoiilement vers le golfe de Finlande par Tentl^mise d'une succession de lacs de forme allongée réunis pal* des canaux.
DU CANAL DU SAMÀ. m
les eaux da système rencontrent sur leur «sbemin des vallées lafges et profondes qu'elles remplissent de manière à former de nouveaux lacs, dopt plusieurs sont très-grandst Parmi eux il convient de citer le lac Rolimajarvi, qui a trente verstes de long, et celui de Keitelê , qui en a près de quatre-vingts i le lac Keïteië est en communication avec le lac liivijarvî , situé à l'otièst du précédent, et qui lui-même a Gin*^ quante verstes de longueur. Les dévellsements de tous ces lacs, dont le produit se troUve continuelle* ment accru par de nombreux affluents latéraux ,' prennent leur cours vers le sud, où ils rencontrent, en le traversant, le lac Haapavesi pour gagner ensuite^ le lac Peïnë. Celui-ci^ ^qui sert de réservoir commun aux eaux du Lac Pusriavesii et de plusieurs wtres de dimensions moindres, ainsi, qu'à celles du lac Yesijarvi , situé, plus au sud ^ abandonne son excédant à la rivière Ralkisome , qui le porté ensuite au lac Ruotsalene. C'est dans ce derniei* lac que la rivière lirango prend' sa source; elle débouche après un cours peu étendu dans le lac Konnevesi : lès eaux qui en sortent vont se réunir au Kymmené. Ainsi grossie, cette importante rivière traverse, dans la direction de l'est, une foule de lacs de grandeurs variées. £n arrivant sur Jès confins dés gouvernements deNyland et de Viborg , elle tourne du côté du sud , et , après avoir franchi des ressauts formidables, parmi lescpiels
la icataracte d'Hogsfors tient le pnemier rang ^ , débouche, par cinq bras dansr le golfe de Finlande.
5* Système de ht Finlande orientale.
Les eaux du système de la Finlande orientale, autrement dit du Sawlaks de Carélicj ont aussi leur •point de départ dans les repKs du Maanselsk, à Tendroit où la chaîne , sépare la Kaianie, c'est-à-dire la région orientale du gouvernement d'Uléaborg j du Savolaks et de là Carélie. Elles forment dès le début deux! grandes artères, l'une occidentale et Tautre orientale.
L'artère occidentale, après être partie du soixantequatrième degré quatre minutes ,de latitude , prend son cours du côté du sud à travers le Savolaks, en parsemant le pays d'un nombre prodigieux de lacs et de lagunes. Parmi ces lacs, plusieurs méritent par leurs proportions une mention particulière. Nous citerons TOrivesiqui a trente verstes de longueur; puis le. Maaniakavesi qui en a cinquante; puis enfin le Kallavési , au bord duquel se trouve l'importante ville de Kuopio. Le Kallavési , du côté du nord, i^eçoit les eaux surabondantes du lac lûrusvesi , et du côté du sud-est celles des lacs Suvasvesi
^ * Voyez plus haut, page 357, la description de cette chute.
^ WJ; CANAL DU SAIMA. i4l
et lûojarvi. A partir de là les eaux du système^ en continuant de couler du côté du sud^ s'en vont former de nouveaux lacs. Bientôt, renforcées par un grand nombre de tributaires, elles se précipitent vers l'étroit défilé de Verkaûs , en forcent Je passage, et y fprment une cataracte remarquable à tous égards \ La masse d'eau qui s'en échappe forme les lacs Âîmisvesi , Haapavesi et Haûkivesi , ainsi ~ que la rivière Haapavesi. Cette rivière, tout près de la ville dé Neuschlott, débouche dans le lac Pihlas** vesi- ^
L'artère orientale du système, qui elle aussi vient aboutir au lac Pihlasvesi , a son point de départ en Carélie par soixante-trois degrés cinquante-huit mr*nutes de latitude. Parmi les nombreux lacs qu'elle forme dans sa course, nous citerons le lac Pielisjarvi, dont la longueur, avec les lagunes qui s'y rattachent, dépasse cent verstes, et le lac Orivesi, qui s'étend en longueur dans un espace de soixante-dix verstes. Les masses d'eau qu'entraîne cette artère, constamment accrues par un grand nombre de tributaires latéraux, traversent là partie de la Carélie incluse dans le gouvernement de Kuopio , pour gagner en définitive le lac Pihlasvesi y déjà cité , qui s'étend en forme de ceinture autour de la ville de Neuschlott.
* Voyez tome-I*'',-page 2i3, ce qui concerne cette cataracte.
A partir dé cette Ville , ïei éanx du système continuent leur marche progressive vers le sud , presque toujours par Tentremise de lacs de forme très-allongée , rattachés entre eux par des canaUx sinueux j pour aller s'épandre dans Ife gouvernement de Viborg et y former le Saïma. Ce vaste âihas .d'eaux a éhvirbn cinquante vêtîtes de longueur; il prend vers lé sud le nom de lac Lappavesi, pour s'en aller baigner les remparts de la forteresse de Willmanstrand. Nous av<]^ns déjà eu occasion de dire ailleurs que le» eaux du Saîma avaient pour débouché lé cours tor-» renttieux de la Yuoksa. C'est à six veTstès dû point de départ de cette rivière que se trouve lé rèssaiit , devenu célèbre^ d'Itiiatra \ Au delà de la cittaracté, la Yuoksa continue de couler dans la direction du sud^est; puis elle tourne au nord, et ensuite à l'est. Ce n'est qu'après avoir tburni un trajet de cent soixante^ix verstes , toujours contrariée par deà ra* pides nombreux , qu'elle gagne par deux bras , unr peu au-dessous de Keksholm^ rimtnense réservoir du Ladoga *. . '
^ VeyM plus haut, pas^e 292» ia note V.
* La longueilr du Ladoga est d0 cent soixante-quinie vei'^ stes; sa largeur est de cent cinq verstes ;
DlMlANAf. DU SAIMA. 44S
Rwières qui ne se rattachent à aucun système ^eaux.
Les différents ^ystètnës d'eâlix que hous vetiôliâ d'éHUméret' etnbi'assent, comme on Ta pu Voif*, l*étehdùe éntil^re du Jpâys. Poui» complétet* cette Nomenclature, il ne reste plus qu^à hbmmer uti petit noitibi-è de rivières, dont le cours né se i^ttdcfie à aiicuti des systèmes susdits. L'Aui*aîoki débouche dans la Baltique auprès de là Ville d'Abd. Le Karîo dëboUche daihs une baie dé forme allongée que fortné le golfè de Finlande, non loin de la Vill« d'Ëkêtias. Là Yandà t'oûle auprès de rancieti Helsingfors. La fiorgisl prés de ta Ville dé ce tiom. Lé Kaîaioki ehfib, qui cbule & là limite occidentale du gbtivernemetit de Viboi'g , a ëetvî pehdant prèi de trois siècles — dé ^ 323 à 1 fiï t •-^ à sépai^er les possessions russes des possessions suédoises.
(Note ÈE, page 420.) feétlltà CÔMPLÉMfeffTAthfeS ftt]R tÊ tAîf AL DU SAÏMA.
Ainsi cpie nous TaTons' déjà ebsenrë ^ Je canal du Sfliîma, dans Tespaee qu'il traverse à partir d^ Willnumstrand jusqu'à Yiborg ) où il débouehe dans^le
444 EXCURSrON AUX TRAVAUX
golfe (le Finlande / rencontre un certain nombre de lacs. On a tiré parti de cette circonstance pour abréger d'autant Tétendue de parcours de la tranchée à pratiquer. Un seul de ces lacs , le Pallîaryi j qui se trouvait placé au-dessus du niveau que Iç canal devait avoir là, a dû être supprimé. Us partagent le canal entier en sept sections distinctes, qui sont entre elles de longueur très-variée.
La première section a une étendue de vingt verstes, et comprend onze écluses : elle commence au Saima et va aboutir au Jac Nujamaïarvi , en. descendant la pçnte que forme une succession de rochers gi^anitiques qui s*y trouvent échelonnés. I^ deuxième section part du laïc précédent, franchit Tendroit qu'occupait le Pallïarvi et va joindre le lac Litjarvi; celle-ci compte sept écluses, Un aussi grand nombre d'écluses, eu égard au peii d'étendue du parcours , donne une idée de l'excessive déclivité du sol. La troisième section part du Litjarvi, et gagne après un court trajet le lac Ratijarvi ; il y a là deux écluses. La quatrième section est très-courte; elle sert à réunir le lac Ratijarvi au Sarkijarvi, en coupant en travers une montagne de granit : les deux lacs étant presque au. même niveau, il n'a pas été nécessaire cette fois de recourir à un travail d'écluses. La cinquième section comprend quatre écluse;^; elle réunit le Sarkijarvi au Parvilaînen. De ce
dernier lac, une sixième section, munie de deux écluses, conduit le canal jusqu'à Tentrée d'une suite d'anses très-profondes , que le golfe projette là dans l'intérieur des terres. D'ici part la septième et dernière section. Elle est pratiquée à travers un cap allongé, dépendant dé l'une des anses susdites. Par elles les bateaux chargés de bois et de résines venant du Saïma pourront gagner Viborg et le golfe, sans qu'il leur faille doubler cette pointe.
Le nombre total. des écluses qui accompagnent les sept sections dont se compose le canal est de vingthuit. Trois cents pieds environ forment la différence de niveau entre le golfe et le Saïma.