‹ La fiole de Cagliostro vaudeville en un acteChapitre 4 sur 18 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

REGINALD, CHAMPRIGAUX.

CHAMPRIGAUX , cuurunt à lui. Arrêtez!

jeune imprudent !...

reginald. Ali ! enfin , voilà une créature vivante. ( Prenant Champrignua. par le bras.) Monsieur, je ne vous lâche pas , que vous ne m’ayez expliqué ce que tout cela signifie. , ’

CHAMPRIUAUX. Avec plaisir.

REGINALD. Eh bien! monsieur, parlez donc... qui ui'a fait veuir dans ce château gothique... où on ne déjeune pas ?... qui ut 'a écrit ce billot?,,, qui brûle du désir du m'embrasser?... qui m'enferme à double tour’... Voyons, monsieur, expliquez-vous, j'attends, je bous d'impatience.

CHamprigaux. Modérez - vous , mon jeune ami , soyez froid.

REGINALD. Etes-vous l’auteur du billet?

CHAMPRIGAUX , le prenant. Du tout....

je n’ai pas la moindre envie de vous embrasser.

REGINALD. C'est heureux .. mais enfin, la personne qui m’écrit încconnaildouc?...

elle m’a donc vu à la cour , à Versailles , à Paris?. .

CDAHPRIGAUX. La personne en question ne vous a jamais vu. (// prend une

prise de tabac, ri Keginald. ) En usez vous?...

REülYM.D. Allons donc !... Ce ne peutêtre un homme?

ciiampriuaux. Non.

REGINALD. C'est donc une femme?

CHAMPRIGAUX. Oui.

reginald. Elle est jeune, nVst-ce pas?

ciiampriuaux. D’un âge raisonnable.

REGINALD. Jolie?

ciiampriuaux. D’une beauté remarquable... il y a trente-cinq ou qw^eaJIK' ans.

REGINALD, 1 -erulant. Hein! comment! ...

j’aurais été enlevé par une vieille femme!... une vieille femme !.... qui veut in embrasser !... mais c’est un guet-àpens , un assassinat!... Monsieur, je ne resterai pas un instant de plus... qu’on attèle les chevaux à la chaise de poste.

CIIAMPRIUAUX. Impossible.

REGINALD. Voilà qui est plaisant!

CIIAMPRIUAUX. C’est assez original.

REGINALD. Monsieur, je vous décime que je n’aime p*s les mystificateurs, lus vieux mystificateurs... et si dans un quart d’heure je ne suis pas sut la route de Paris...

CIIAMPRIUAUX. Soyez froid, mon jeune ami... je vais d’un mot vous arrêter...

Vous ave* une lante.

REGINALD. Plaît— il ?... une Unie?... je crois qu’ouï... une tante que je n’ai jamais vue , la baronne de Murvilte, qtll habitait la Guadeloupe , la Mat unique , je ne Bais pas ait juste... Cc|»ciidaiit sa réputation est venue jusqu'à moi... Il paraît que c’était une beauté de premier ordre, qui mettait toute la colonie en feu. 1

cii.iMpniGAUX. 11 y a toujours trenlcciuq ou quaimite ans... j'en sais quelque chose, moi... Que d’esprit, monsieur! que de gaîté!... El des yeux grands comme ça... une bouche divine... un nez!...

reginald. Grec?

en a m pr ig au x . Non , américain.

REGINALD. Eh bien ! cette tante...

ciiampriuaux. Malgré son âge avancé, a quitté son pvys pour venir s'établii en France , pour vous voir, vous connaître , vous embrasser.

reginald , vivement. M’embrasser!

comment! l’auteur du billet mystérieux...

cil . a MPn ig AUX. C’est clic.

reginald. Ma tante de Murvillc!,...

mais pourquoi m'enlever , pourquoi cette ruse ?...

LA VIOLE DE CAOUOSTEu.

champrigaux. Il a bien fallu l'employer , après je ne sais combien de lettres restées sans réponse , et que probablement monsieur n’avait pas le tctns de lire...

Air : De sommeiller encor , ma chère.

Pour connatlre un neveu cju’cile aime,

Pour vous attirer en ces lieux,

11 nous fallait un stratagème,

Qui fût adroit, ingénieux;

Une rusa, en un mot, compléta...

Et ce mnycn , maintenant -prouvé,

Je l'ai tant cherché dans ma tète,

Que votre tante lia fin l'a trouvé.

regimald. Cette chère tante ! vous lui direz bien des choses de ma paît... je m'en vais , je reviendrai la semaine prochaine.

champrigaux. Eh quoi! refuser de voir cette bonne parente , qui a quitté la Guadeloupe exprès pour vous, pour assurer votre bonheur !...

regimald. Comment ?

cuamprigaüx. Devinez ce qu’elle veut faire pour vous ?

regimald. Payer mes dettes?

champrigaux. D’abord... ensuite?

regimald. Me coucher sur son testament?

champrigaux. En toutes lettres

après?...

regimald. Datn ! je cherche... m’acheter un régiment , peut-être ?

Champrigaux. Pas précisément... mais vous enrôler dans un régiment très-nombreux... vous marier.

rrginald. Me marier!... non, non, merci, elle est trop boune... je préfère autre chose.

champrigaux. Comment! le mariage...

REGIMALD. Est uue combinaison sociale incompatible avec mon caractère...

Et puis, tenez, je vais vous parler franchement... vous êtes l’ami de ma tante, vous êtes presque de la famille...

champrigaux. Pas tout-à-fait... mais j’ai essayé d’en être... il y a encore trentecinq ou quarante ans.

regimald. Vous auriez aimé?...

champrigaux. Avec rage , avec transport, avec délire !... et j’aime encore...

mais avec sang-froid et en dedans.

RRGINALD. Alors , vous me comprendre!... Moi aussi, cher monsieur, j'aime avec transport, avec délire...

CHAMPRIGAUX. Vous?

regimald. Ah ! c’est que vous ignorez qu’elle réunit tout en elle, talent, esprit, beauté... En l’aimant, j'aime trois mai tresses, ayant chacune son mérite... son nom seul vous le prouvera...

champrigaux. Et ce nom, c’est?..

REGIMALD. Antoinette Gaussin.

champrigaux. Une comédienne?...

regimald. Une femme sublime!... Et, comme s’il ne suffisait pas de tous ses charmes pour me fixer, elle en a demandé un à la magie , A la sorcellerie. ..

Crédule et superstitieuse, elle m'ordonna , pour première condition, de partager avec elle un élixir , un philtre , qu’elle tenait d’un personnage fameux , le comte de Cagliostro.

champrigaux. Le comte de Cagliostro !... et cet élixir...

regimald. Avait la propriété de rendre les amans fidèles pendant deux ans... La fiole fut vidée.

champrigaux. Vous avez pris de cette drogue-là, imprudent!...

regimald. Elle le voulait... et puis, je l'avouerai , tout ce qui semble merveilleux , surnaturel , sourit à mon imagination... Je ne croyais pas à ce philtre , je n’y crois pas encore... et cependant, qui m’expliquera pourquoi mon amour est resté le même jusqu’au dernier jour?...

car c’est aujourd'hui, 12 mai 1785, qu’expirent les deux années.

champrigaux, joyeux. Vraiment?...

Eh bien ! vous pouvez vous marier demain.

regimald. Jamais!... jamais d’autre ue Gaussin!... qu’il ne soit plus questioc e mariage.

champrigaux. Mais votre avenir?...

regimald. Je me contente du présent.

champrigaux. Mais votre fortune ?

reginald. Je me contente de mes ap pointemens.

champrigaux. Mais vos créanciers?

regimald. Us se contenteront de l’espérance.

r.HAMPniGAUX. Allons, je suis à bout d’éloquence et de logique... votre tante seule pourra... >

REGIMALD. Ma tante?... je la respecte , ma tante, je 1a vénère... mais je ne l’écouterai pas. . .

champrigaux. Vous la verrez toul-ài*heure , après votée déjeuner.

regimald , vivement. Hein? que ditesvous?... mon déjeuner!...

champrigaux. Doit être servi.

regimald. Et vous ne m’en parlez pas?... la chose la plus intéressante...

quand je tombe d’inanition!...

CHAMPRIGAUX , tirant une clef de sa po-

LE MAGASIN 1IIEATRAL.

r.he et ouvrant la porte du fond. \ oilù votre prison ouverte.

Am : Désormais plus d*absrnce. (M*ri charmant.) ENSEMBLE.

RXGIVALD.

Quel bonheur! vite l table;

Hàlons-nou*.

U nrcpas confortable,

C’est ai doux!

ouvraifiAtn.

Aile* donc î vite* table,

Hitea-vous:

Un repas confortable,

C’est si doux.

Bientôt votre tante Va venir, vous la verre*

Aimable , charmante...

J'en suis sûr, vous l'aimercx.

RSGIHALD.

Ma tante chérie !

Oh ! oui, mon cœur t'est donne,

Pour toute ma vie...

A partir du déjeuné.

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