CHAMPRIGAUX , LA BARONNE DE MURVILLE
(Chxropngxox v» an devint d’elle et lui offre son bris.)
tS BARONNE.
Atli: Quand on est fille. (Du Cheval de Brome.)
Mon bris, du vitre Implore ici le recours;
El l’un de l’intre ,
Mon cher, soutenons les viens jours.
Où donc, he'lis! est le beiu teins,
Où je courlis dins les chimps,
Plus rapide que le vent?
A prisent,
Je veus courir, je ne puis pis,
Je chancelle à chaque pas ;
Alors j’enrage font bis.
Mais ce qui me fait grand plailtr,
Oui, je peus bien en convenir .
C’est que vous étiee jeune aussi.
Et que vous evex vieilli
Point de colère ;
Mon cher ami, tout comme moi,
Du terni sévère
Sans peine subisses la loi:
Si noua gardons au fond du coeur Le aouvenir enchanteur Des beaux jours Et des amours,
Si nous conservons lx gstlé,
L’appèlit et la santé.
Le bonheur nous est reste ;
Le tems n’a rien emporté 1
(Elle s'assied.)
Ah! j’avais besoin de mon grand fauteuil.
CHAMPRIGAUX. Vous aurez fait une trop
longue promenade , chère amie vous
avez ce matin oublié vos soixante-huit ans.
LA BARONNE , vivement. Mes soixantehuit ans!.... parlez donc de vos soixanteneuf, s’il vous plaît... Il est toujours là à me numéroter mon âge... je le sais mieux que personne , mon âge Vous êtes in-
supportable, Champrigaux.
CHAMPRIGAUX, à part. Bon ! voilà déjà..
( Haut .) Allons, ne vous fâchez pas, petite impatiente... je suis votre aine, c est vrai.. vous savez bien que je me donnerais 1 âge de Mathusalem pour vous faire plaisir.
LA BARONNE. Vous êtes un vilain... vous me contrariez toujours.
champrigaux. Faisons la paix..-. votre main, que j’y dépose tnon baiser d ami.
LA baronne. Vous n’aurez pas ma main laissez-moi, vous m’impatientez.
CKAMPniGAUX. Me refuser ma satisfaction habituelle, le baiser quotidien!.... Il y a vingt-neuf ans que je vous le donne tous les malins.
LA baronne. Raison de plus... c’est toujours la même chose.
CHAMPRIGAUX. Il est assez difficile de varier dans ce genre-là. .. Mais jamais vous n’avez pu me souffrir.... j’ai toujours été votre bête noire. ....je dirai mieux, votre
victime, votre souffre-douleurs et je
m'étonne , en y réfléchissant , d’avoir supporté si long-tems vos caprices...
LA baronne. Du dépit? de la colère?..
| (Elle lui {retente te main.*
LA nOLE DE
CH AMPRIG AUX, courant lui kaiser lu main .
Ab! si vous aviez voulu m’aimer...
LA baronne. J’y ai fait tout mou possible... fa n’est pas venu... Vous étiez un ami si dévoué , que je ne pouvais me séparer de vous , je vous avais sans cesse sous les yeuz... et c'est ce qui vous a fait du tort.
champrigaux. C’est flatteur.
LA baronne. La, entre nous, vous n’avez jamais été beau.... et vous n’avez pas changé en vieillissant... {Soupirant.) Moi,
c’est différent Champrigaux , j ai été
bien jolie, n’est-ce pas ?
CHAMPRIGAUX. Coquette ! à qui le
dites-vous?... J’ai toujours votre portrait, à l’âge de dix-huit ans... en petit costume créole... il ne me quitte pas.
la baronne. Oh ! ne me montrez jamais ce portrait-là , mon ami..
Air de Tcmers.
Lorsque j'arrive au bout rie ma carrière,
Ce souvenir doit m’ètrc défendu :
Je ne veua pas regarder en arrière,
Pour ne pas voir tout ce que j f ai perdu.
Je ne veux pas admirer tant de charmes,
Mes yeux surtout , qui vous dictaient des lois : Ceux d'aujourd'hui verseraient trop de larmes,
En revoyant ceux d'autrefois*
Soyons prudens , laissons cela, et parlezmoi vite de lui, de ce cher enfant.... que
je croyais trouver ici Où est-il? que
fait-il maintenant?...
champrigaux. Il déjeune.
la baronne. Eh bien ! vous l’avez vu., est-il joli garçon?
champrigaux. Pas trop mal.
LA BARONNE. A-t-il les yeux bleus ?
champrigaux. Je crois qu’oui.. à moins cependant qu’il ne les ait noirs.
la baronne. Des moustaches?
champrigaux. Parbleu! un dragon.
LA BARONNE. Tant mieux ça sied à
une jolie figure vous devriez laisser
pousser les vôtres, Champrigaux.
Champrigaux. Laissez-moi donc tranquille.
la baronne. Il doit avoir l’air bien mauvais sujet... n'est-ce pas?
CHAMPRIGAUX. Un air très-scélérat.
la baronne. J’ai toujours beaucoup aimé ces petits airs-là.
champrigaux. Alors, vous serez contente de votre neveu..... sous le rapport des mœurs, j'en ai une idée effrayante.
la BARONNE. Je lui donnerai de bons
conseils, des conseils de grand’mère je
m’y entends... D’ailleurs, ces petits mauvais sujets, le mariage les change, les rend raisonnables.
CACLIOSTRO. 5
champrigaux. S’il n’y a que le mariage pour dianger celui-là...
LA baronne. Comment? que voulezvous dire ?
CHAMPRIGAUX. Il a refusé net.
la baronne. Ah ! mon Dieu ! et
pourquoi ?
CHAMPRIGAUX. Vous allez être indignée... parce qu’il a une maîtresse...
LA baronne. C’est pour cela?...
champrigaux. Et il veut lui rester fidèle quelle horreur! quel dérèglement! Comment! vous n’étes pas fu-
rieuse?...
la baronne. Furieuse?..... contre lui , ce pauvre enfant , parce qu’il est fidèle à sa maltresse?... c'est si beau, et si rare!... aujourd’hui, comme de mon tems... Mais enfin , cette maîtresse , quelle est-elle ?
champrigaux. Voilà le comble.... c’est une...
LA BARONNE. Une?...
champrigaux. Une comédienne.
la baronne. Oh!... c’est immoral... Si c'était une comtesse.. .
CHAMPRIGAUX. 11 en perd la tête.
la baronne. Une comédienne!... je ne puis pas souffrir ces créatures-là... . Savezvous qu'elles nous ont toujours fait beaucoup de tort... Vous souvenez-vous, Champrigaux, du voyage que je fis en France...
il y a vingt-cinq ans?
champrigaux. Avec moi.
labaronne. Oui, et M.deNangis... que
j'aimais ah! j’en étais folle Eh
bien ! il alla souper chez la Sophie Arnould , et cette drôlesse-là me vola comine dans un bois... Mais comment n’avez-vous pas fait comprendre à mon neveu...
champrigaux. Ah! bien oui.... parlez donc raison à cet enragé-là.
LA BARONNE , s'animant. Vous vous y serez mal pris.... vous êtes d’une gaucherie!...
champrigaux. Mais, chère amie...
LA baronne. Refuser de se marier!....
renverser tous mes projets , tous mes plans !... c’est abominable!... n’est-cc pas, Champrigaux?... mais dites-moi quelque
chose , consolez-moi donc ou plutôt
n’ouvrez pas la bouche , ne dites pas un
mot car c’est vous qui êtes cause de
tout cela Tenez, j’ai envie de vous
battre.
champrigaux. Allons! bon... quand je disais que tout retomberait sur moi..
LA baronne , avec colère. Oh ! mais j'y
mettrai de l'obstination je ferai son
bonheur malgré lui !
champrigaux. Vous avez raison.
6 LC MAGASIN
LA baronne. Je le marierai de force !
CHAMPRIGAUX. Vous ferez bien.
LA baronne. Et si je ne réussis pas...
( à Champrigaux. ) je ne vous le pardonnerai de ma vie !
champrigaux. Ah! c’est trop fort!
LA baronne. Je vais l’aller trouver !
CHAMPRIGAUX. Voilà mon bras.
LA baronne. Bah! pourquoi faire?... je
ne suis pas paralytique je marche, je
cours même, quand je veux.
(Elle veut faire quelques par.) champrigaux. Allez, allez...
la baronne. Aie! aie ! Champrigaux !..
Champrigaux!,..
champrigaux. Eh bien?
la baronne. Venez donc ici... donnezinoi donc la main.
CHAMPRIGAUX. Bah ! pourquoi faire ?
LA baronne. Vous savez bien que j’ai an rhumatisme.
champrigaux. Vous l’avez oublié , roua.
LA baronne. Vous devez toujours vous in souvenir vous êtes une vieille ga-
nache !...
«aaoaBooaoaoBas o aat in aoa i i Si BaoBOBanBaownBnno