‹ La fleur merveilleuseChapitre 42 sur 125 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

FLORENT

Oh î pas d'histoire triste !

On l'invite à s'asseoir et le tavemier vient prendre la commande d'une nouTcUe tournée de pots de bière.

IU)MAIN, à gauche, à fîohelousse.

Qu'est-ce que celui-là.^

GOBELOUSSE, avec un peu de mépris.

Frans HalsP C'est un artiste.

Ln joyeux compagnon, huveur et turbulent, Mais qui fait le portrait pas mal, et ressemblant... Il vous campe un bonhomme en moins d'une journée I

WILLEM, à droite, voulant payer le tavernier.

Non ! non ! non ! c'est à moi !

FRA^S HALS, payant.

Mais non! C'est ma tournée^

FRANÇOIS

Ah I ffuel malheur, Frans Hais, quel énoDme malheur,

Que tu ne sentes pas la beauté de la fleur;

Quel dommage qu'au lieu d'un barbouilleur de types

Frans Hais n'ait pas été le peintre des tulipes !

Si tu peignais nos fleurs tu serais immortel

Comme David Van liecm, comme le vieux Breughel,

Mais qui diable vcux-lu plus tard ({ui s'intéresse

Au portrait d'un bourgeois, d'un gueux, d'une pauvresse,

D'un archer de Saint-Ceorge ou de Saint-Adrien:*

Mais de tout (;a, Frans Hais, il ne restera rien I

"So LA FLEUR MERVEILLEUSE.

FRA>'S IIALS, pensif.

Et moi j'aime à penser qu'ayant bien su le peindre

J'éternise un regard que la mort doit éteindre,

Et c'est encore un peu de quoi s'enorgueillir,

Ne pouvant pas créer, d'empêcher de mourir!...

Peindre la chair vivante et ï(in\ avec sa llamme,

Et se dire : « Frans Hais ! Cet homme et cette femme.

Parce que du néant tu les voulus sauver.

Continueront toujours de rire ou de rêver!

■Grâce à toi certains gueux à la sale guenille.

Quand les vers rongeront tous les rois de Castille

Et tous les grands du monde aux linceuls brodés d'or.

Dans leurs cadres de bois s'esclalTeront encor!... »

Commander à ce point à l'inerte matière

Qu'on lui fait exprimer une âme tout entière!...

Mais je peindrais plutôt des portraits de voleurs,

D'estropiés, de fous, que des portraits de fleurs!

Et surtout de tulipe! un éternel calice

Droit comme un portc-cicrge, et monotone, et lisse.

Figé comme un cyprès, comme un de ces ilambeaux

Qui ne semblent vivants qu'à côté des tombeaux i

Vos tulipes? c'est froid, c'est sec, c'est symétrique!

Et c'est béte comme un dessin géométrique!

Les buveurs, auxquels se sont mêlés quelques passants et quelques buveurs des tables voisines, laissent éclaler leur indignation.

FLORENT, furieux.

C'est bête, une tulipe? une a Belle d'été »?

WILLEM, mè me jeu.

Une (( Gloire du monde »?

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